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loi limitant la lecture de la Bible •. 11 était interdit aux femmes, aux ouvriers, apprentis et journaliers de lire les Ecritures sous peine d'un mois de prison. Les prètres qui auraient parlé contre des doctrines proposées par le roi devaient être brûlés à la troisième offense ; les laïques étaient, pour une faute pareille, condamnés à la prison perpétuelle. Des lois avaient étendu les peines terribles réservées aux crimes de haute trahison, aux fous qui s'étaient rendus coupables de ce délit pendant qu'ils étaient sains d'esprit et aux sorciers 2. Ces derniers pullulaient depuis dix ans : le pillage des immenses dépouilles des monastères avait excité toutes les cupidités ; on croyait que des trésors étaient cachés dans les cimetières, sous les croix, et que la sorcellerie permettait de les découvrir.
Cependant les formulaires de foi ne suffisaient pas à réprimer les hérétiques qui ne pouvaient se faire à l'idée que le roi les pourchassait pour de bon après les avoir encouragés entre les années 1530 et 1536. Foxe a raconté l'amusante histoire de la nouvelle reine, Catherine Parr, dont la vie fut en danger parce qu'elle s'était permis de contredire la théologie de son mari.
A ce moment sévissait la troisième persécution provoquée par les « six articles ». Quatre personnes de Windsor furent accusées d'hérésie. John Marbeck, organiste de la chapelle royale, avait transcrit des passages de Calvin avant la promulgation de la terrible loi : il obtint son pardon. Robert Testwood, attaché à la même chapelle, prenait plaisir, en chantant les antiennes, à leur donner un sens grotesque ou hérétique, en supprimant certains mots pour leur en substituer d'autres. 11 se moquait des offices en l'honneur des reliques et avait briséle nez d'une statue de la Vierge. Pearson,
1. Statutes of the realm, 34 et 35, Henry VIII, chap. i, pp. 894-9". 3. Ibid., 33, Henry VIII, chap. xx, p. 855-6.
prêtre, avait nié la réalité des sacrements et Filmer, tailleur, faisait des plaisanteries grossières sur l'Eucharistie.
Le mépris des choses religieuses et l'hérésie avaient gagné la cour où Gardiner essayait vainement de rétablir un peu de ce respect de l'autorité ecclésiastique qui avait presque disparu sous Cromwell. Un certain nombre de gentilshommes furent accusés d'hérésie. Henri VIII leur offrit son pardon royal pour éviter des complications désagréables et aussi parce qu'il n'aimait pas qu'on touchât à son entourage immédiat. Il laissait frapper les petites gens, mais sauvait les nobles. C'est ainsi qu'il épargna plus tard George Blage, un de ceux à qui il daignait prodiguer une appellation familière ] qu'on éprouve quelque difficulté à traduire en français.
Il agit de même à l'égard de Cranmer. Les chanoines de Cantorbéry et les juges de paix du comté avaient signé une pétition dénonçant au roi le primat comme hérétique. Henri donna le document à son fidèle archevêque qui nomma lui-même ses juges. Un inquisiteur expérimenté se mit à son service, dans la personne deLegh, l'ennemi des instituts religieux. Ce dernier fit fouiller, à la même heure, toutes les maisons des signataires de l'adresse. La commission, composée des familiers et fonctionnaires de l'archevêque, déclara, bien entendu, que toutes les accusations étaient sans fondements.
Ces accusations portées contre les nobles de l'entourage immédiat du roi et contre Cranmer luimême décidèrent Henri à modifier les six articles qui les autorisaient. En janvier 1544, le parlement vota une loi2 qui ordonnait que toute accusation d'hé-
i. Wriotheslet, chroniclc, p. 109.