Persécutions contre la princesse Marie
Le Book of common prayer eut ses martyrs comme les six articles. Le 2 mai 1550, une femme, Jeanne Bocher, fut brûlée à Smithfield. Elle professait, contrairement à la doctrine officielle du moment, que le corps du Christ ne devait rien à la Sainte Vierge, née dans le péché comme toutes les créatures, bien que le Verbe se fût fait chair dans son sein, en vertu de son consentement. La commission avait obtenu la rétractation de plusieurs anabaptistes ; elle fut impuissante à changer la conviction de Jeanne Bocher.
Le Book of common prayer causa à la princesse Marie de longs ennuis qui devinrent parfois des affaires diplomatiques de première importance. Au milieu de l'été 1549, le conseil essaya d'amener la jeune fille à se conformer à la liturgie nouvelle. Elle s'y refusa nettement sous le prétexte qu'on avait violé les intentions de son père. Pour la punir de son cou* rage, on essaya vainement de la compromettre dans le grand soulèvement de l'ouest. Enfin, le roi, son frère, lui permit, par une dispense très spéciale, de garder la messe latine.
Après la chute de Somerset, les nouveaux ministres poussèrent Edouard VI à envoyer à sa sœur l'ordre de se soumettre. On lui expédia vainement message sur message, et on la priva de ses chapelains. En avril 1550, l'ambassadeur de l'empereur demanda que la messe latine lui fût permise par lettres patentes. Il essuya un refus. Quelques semaines après, une tentative des amis de la princesse, qui désiraient la transporter en Hol-
lande, fut découverte. Les tracasseries mesquines en devinrent plus nombreuses, et, à la fin de l'année, deux de ses chapelains étaient poursuivis pour avoir célébré la messe.
En mars 1551, le conseil l'appela à Londres où elle fit son entrée le 15 au milieu des acclamations de la foule ; chacune de ses femmes portait d'une façon ostensible un crucifix et un rosaire. Son frère1 la reçut avec les marques d'une amitié toute protocolaire et donna un banquet en son honneur; puis Marie parut devant le conseil. Les ministres lui représentèrent que le roi avait été très patient à son égard, mais qu'il lui était impossible de tolérer plus longtemps la messe chez sa sœur. Marie répondit que son âme était à Dieu, qu'elle ne changerait pas sa foi, mais mourrait plutôt que d'obéir. On la renvoya le lendemain à Newhall dans le Sussex.
Ce même jour, l'ambassadeur impérial2 se présenta à la cour et déclara que son maître attaquerait immédiatement l'Angleterre, si on ne laissait pas à sa parente sa messe et ses chapelains. L'émoi fut grand à la cour : Cranmer, Ridley et Ponet, consultés, déclarèrent que le fait d'autoriser une chose mauvaise constituait un péché, mais que, sous la pression des circonstances, on pouvait fermer les yeux pendant quelque temps. Quand l'ambassadeur vint chercher la réponse à son ultimatum , le conseil lui répondit qu'un envoyé anglais allait se rendre auprès de Charles-Quint pour lui expliquer l'état de la question.
L'empereur avait une guerre sur les bras en Allemagne. Il n'insista pas. Quatre jours après la comparution de Marie, plusieurs personnes qui avaient entendu
i. Nichols, Literary remains of Edvard VI. journal) 18, -i\ 23 mars -2 Cal of State papers, Foreign, t. I, pp. 137, 138.