LES DÉBUTS DU RÈGNE
en bons termes, mais qu'elle s'accommode avec toute douceur se conformant aux définitions du parlement sans rien faire toutefois de sa personne qui soit contre sa conscience et la religion, ayant seullement la messe à part dans sa chambre sans autre démonstration, dissimulant au surplus sans que, pour maintenant, elle fasse constitutions contraires à celles qui sont pour le présent audit royaume et sans se laisser à ce, pour le commencement, induire et persuader par aulcuns particuliers; ains qu'elle attende jusques elle aye opportunité de rassembler le parlement, gaignant ce qu'elle pourra la volonté de ceux qui y entreviennent pour, avec la participation dudit parlement, pourvoir ce que l'état du royaume pourra comporter; réduisant peu à peu les choses aux meilleurs termes qu'elle pourra pour le bénéfice d'icelluv et que, non seulement elle tienne cette fin principale du bien du royaulme, mais qu'elle fasse de sorte que tous ceulx de par de là entendent qu'elle n'a d'aultre fin. Et que, sur toutes choses, elle soit comme elle doibt être, bonne anglaise, et comme dessus est touché, ils ne puissent juger qu'elle veuille faire les choses de soy-mesmes mais avec la participation et adveu des principaux dudit royaulme, et en ce qui semblera estre requis, du même parlement. »
L'exemple de l'intolérance ne fut pas donné par la reine. Le 13 août, l'archiprêtreBourne prêchant à Saint- Paul fit allusion au sermon que Bonner avait fait quatre ans auparavant, de la même chaire, et qui lui avait valu un long emprisonnement. Des murmures et des cris s'élevèrent dans l'assistance ; un homme jeta un poignard dans la direction du prédicateur, d'autres et, parmi eux, des chanoines de la cathédrale, l'arrachèrent de la chaire. Le conseil, réuni le jour même, fit comparaître le lord maire et les conseillers
municipaux pour les informer que la reine ne voulait violenter la conscience d'aucun de ses sujets et leur ordonner de veiller à ce que les enfants et les apprentis fussent désormais tranquilles. Le 18 août, une proclamation royale exhortait les Anglais à vivre dans la charité chrétienne, à éviter les épithètes d'hérétiques et de papistes. Une fois de plus, la reine donnait les assurances les plus formelles que la liberté de conscience serait respectée en même temps que les perturbateurs de la paix publique étaient menacés de sévères châtiments1. La prédication était interdite à tout prêtre qui n'aurait pas une autorisation de la reine; les farces et interludes étaient partout prohibés.
Les traîtres qui avaient essayé, les armes à la main, d'écarter l'héritière légitime furent jugés le 18 août. Leur chef, Northumberland, s'avoua coupable, fut comdamné à mort et exécuté le 21. Avant de mourir, il demanda à assister à la messe, se confessa à l'archevêque Ileath. Tous les contemporains sont d'accord pour dire qu'il déclara vouloir mourir dans la foi catholique romaine. Il exprima sa croyance en la présence réelle, regrettant vivement d'avoir été trompé pendant seize ans par des prédicateurs d'erreurs2. Sir John Gates et sir Thomas Palmer furent décapités avec lui .Marie pardonna aux autres traîtres, refusa énergiquement de laisser exécuter Jane Grey, malgré les instances de l'ambassadeur espagnol. Elle traita très doucement sa sœur Elisabeth, se bornant à la prier d'accepter l'ancien rituel.
Les évêques Bonner et Tunstall dont la déposition avait été illégale et inconstitutionnelle furent rétablis sur leurs sièges par un acte royal. Gardiner, Heath et Day reprirent, sans aucune forme de jugement, le gouvernement de leur diocèse. Veysey rentra à Exeter
i. Wilkins, Concilia, t. IV, p. 86.
~2. Strype, Mémorial* ofCranmer^ Anpcndi\73.