LE COURONNEMENT DE LA REINE
Scory, évêque déposé de Chichester, vit le manifeste chez le primat : il prit une copie qui lui servit à en répandre une multitude d'autres. Appelé devant le Conseil, le 3 septembre, Cranmcr se reconnut l'auteur de la proclamation en ajoutant que son intention était de l'afficher aux portes de la cathédrale de Saint-Paul. Le primat s'était déjà rendu coupable de haute trahison en mettant son nom en bas du document qui dépouillait du trône la princesse Marie : cet écrit aggravait sa situation. Le conseil l'envoya à la Tour.
2. — Le couronnement de la reine ; réunion du parlement et de l'assemblée du clergé.
La cérémonie du couronnement était essentiellement religieuse et ne pouvait pas être accomplie pendant qu'une sentence d'excommunication pesait sur le royaume. La reine demanda au pape la permission d'être couronnée par Gardiner avant que l'Angleterre ne fût officiellement réconciliée à Rome. La cérémonie eut lieu le 1er octobre à Westminster et fut splendide. Marie avait examiné avec un grand soin le serment qu'elle devait prononcer. Elle promit de maintenir avec un égal zèle les libertés du royaume et les droits du Saint-Siège. Comme don de joyeux avènement, elle accorda une amnistie générale dont les évêques et les prédicateurs hérétiques, prisonniers à la Tour et à Fleet street, furent seuls exclus.
Le parlement se réunit le 4 octobre. 11 ne comptait que quarante membres ayant fait partie de la dernière assemblée du roi Edouard. Cette dernière n'avait eu dans son sein aucun représentant des comtés papistes de Devon, Dorset, Hereford, Monmouth, Somerset et Northumberland. Le parlement qui venait de se réunir ne comptait aucun député de Londres. La session s'ou-
vrit parla messe romaine du Saint-Esprit, puis le chancelier Gardiner parla de la nécessité de se réconcilier avec Rome, avouant qu'il était lui-même tombé dans le schisme. Un message royal permit à tous de discuter librement le titre de « chef suprême de l'Eglise d'Angleterre ».
Le premier soin du parlement fut d'abolir toutes les lois créant de nouveaux crimes de haute trahison et de félonie qui avaient été votées depuis le commencement du règne de Henri VIII. Les statuts du prœmuîiire furent restreints et précisés. Le 24 octobre, on déclara Marie fille légitime d'Henri et de Catherine dont le mariage était tenu pour valide *. Puis, toute la législation du dernier règne concernantles sacrements, les images, le Book of common prayer, le culte public et le mariage des prêtres furent rapportés en bloc. Le service anglais était toléré jusqu'au 20 décembre. Une loi punit de la prison ceux qui troubleraient les offices ou manqueraient de respect à l'hostie consacrée. Tout marguillier et tout agent de police pouvait s'assurer du délinquant et le conduire à n'importe quel juge de paix qui était autorisé à le condamner à trois mois de prison. Tout cela s'était accompli sans qu'il eût été question du pape. Le parlement ne montrait pas de hâte à se réconcilier avec lui. Marie prorogea l'assemblée dès le 6 décembre.
Le dernier acte du parlement approuva la sentence de mort, pour crime de haute trahison, prononcée contre lady Jane, Cranmer, Lord Guildford, Dudley el ses deux frères. Le gouvernement se contenta d'emprisonner les condamnés laïques et de déclarer vacant le siège de Cantorbéry.
I. Statutes of the rr/iim. l,Afary,chap. i. p. 197; chap. i, p.200;chap. u
et m, p. 202, etc.