‹ Les origines du schisme anglican, 1509-1571Chapitre 17 sur 253 · LE POUVOIR ROYAL SOUS HENRI VIII · texte numérisé non relu

LE POUVOIR ROYAL SOUS HENRI VIII

résister aux caprices du souverain à qui elle devait tout, de qui elle attendait tout. Henri VIII pourra impunément dépouiller l'Eglise, imposer un jour à ses sujets l'obligation de croire à la légitimité d'un mariage, et, quelques jours après, celle de croire que ce même mariage était illégal, les parvenus qui l'entourent ne feront entendre aucune protestation. Le roi, du reste, les récompensa de leur servilité et en fit les meilleurs soutiens de la révolution religieuse qu'il accomplissait 'en leur abandonnant une partie considérable des immenses dépouilles des monastères.

Cette nouvelle aristocratie, commerciale et financière, comprenait le sentiment religieux à sa manière. Elle voulait un christianisme moral, raisonnable et utilitaire, accommodé aux besoins d'hommes très occupés par les affaires. Tout ce qui dans l'Église romaine est émotion, sentiment et imagination était au-dessus de sa portée; elle ne comprenait rien à l'enthousiasme religieux, aux splendides cérémonies de l'Eglise; les monastères lui semblaient inutiles. Ils avaient été fondés par les barons du Moyen Age qui avaient au cœur, malgré la brutalité de leurs mœurs, un grand fond d'idéalisme chrétien et aimaient à venir chercher la paix de l'âme sous les voûtes qui abritaient les cendres de leurs ancêtres. Les nobles des nouvelles couches étaient exclusivement gens pratiques : ils étaient pauvres, l'Église était riche, les monastères, très riches; le roi seul pouvait leur donner ces biens qu'ils convoitaient ; ils approuveront les injustices les plus énormes. Quand ils auront les mains pleines, ils soutiendront le nouvel état de choses avec le même acharnement que les acquéreurs de biens nationaux ont soutenu, dans notre pays, les régimes les plus divers à la seule condition de n'être pas forcés de rendre gorge.

La petite noblesse de province, qu'on appelle en Angleterre, la « gentry », avait été également très éprouvée par la guerre des Deux-Roses. La dépréciation des terres, amenée par les calamités publiques, et les heureux débuts de l'industrie l'avaient considérablement appauvrie, et, en plusieurs comtés, totalement ruinée. Beaucoup de tenanciers devenaient propriétaires et constituaient la classe moyenne des campagnes, aussi avide, aussi positive que les nobles parvenus qui entouraient le roi. Comme eux, ils soutiendront le roi parce qu'ils attendent beaucoup de lui et qu'ils comprennent la religion de la même manière que l'entourage du souverain. Cela est si vrai qu'ils sont jusqu'à nos jours, avec les classes moyennes dont nous parlions tout à l'heure, les admirateurs, les défenseurs, la force vraie de TEglise d'Angleterre qui est leur œuvre et répond à leur idéal.

Le parlement n'avait plus l'indépendance d'autrefois : la chambre des Lords avait beaucoup perdu de ses membres et de son prestige pendant la guerre civile. Les élections à la chambre des Communes n'étaient pas libres; souvent, les candidats étaient désignés par les ministres et le speaker ou président de l'Assemblée fut toujours nommé par le roi. Les Communes ne ménageront pas leur concours à un souverain qui s'appuiera sur les classes moyennes à laquelle appartiennent ses membres. Par deux fois, le parlement poussera la servilité jusqu'à dispenser Henri de l'obligation de rembourser des emprunts forcés, et à lui laisser altérer les monnaies. Le seul corps capable d'opposer quelque résistance aux caprices royaux était l'assemblée du clergé, qui sous le nom de Convocation et divisée elle-même en Chambre Haute et Chambre Basse, se réunissait en même temps que le parlement. Un des pre-

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