‹ Les origines du schisme anglican, 1509-1571Chapitre 18 sur 253 · LE POUVOIR ROYAL SOIS HENRI VIII · texte numérisé non relu

LE POUVOIR ROYAL SOIS HENRI VIII

miers soucis d'Henri sera de briser cette résistance.

Le souverain était entouré de hauts dignitaires ecclésiastiques qui détenaient les plus hautes charges de la couronne. Les hommes d'Eglise recevaient une instruction bien supérieure à celle qui était donnée aux fils des familles de la grande noblesse : ce qui les conduisait à de très hautes situations. Les uns étaient ministres d'Etat, les autres, ambassadeurs, conseillers légaux ou orateurs d'Etat. Le roi avait volontiers recours à leurs services parce qu'ils lui étaient tout dévoués et qu'il pouvait les récompenser, sans qu'il en coûtât rien à son trésor, en les nommant à un évêché ou à quelque riche abbaye.

Les meilleurs, parmi ces grands clercs, ne pouvaient s'empêcher de souffrir de cette situation qui les entraînait vers la politique au détriment de leurs fonctions spirituelles. De ce nombre étaient Warham, qui donna sa démission de grand chancelier en 1514, et Fox, qui rendit le sceau privé, vers la même date. C'est à contre-cœur qu'ils avaient accepté les plus hautes dignités de la couronne et tous deux désiraient consacrer les restes de leur vie à leurs diocèses respectifs de Cantorbéry et de Winchester que leur charge les avait obligés à négliger pendant de longues années.

Wolsey, à qui Henri confia le grand sceau la veille de Noël 1514, était d'une autre trempe. C'était un de ces ecclésiastiques de tendances et d'aptitudes séculières, admirablement doués pour la politique et la diplomatie, qui ont souvent tenu les premiers rôles dans les royaumes chrétiens de la fin du moyen âge et dont la puissance a presque toujours été funeste à l'Eglise. Fils d'un riche négociant de Lincoln, Wolsey, à la suite de plusieurs missions diplomatiques sur le continent, avait été nommé doyen de sa ville natale. Henri

le distingua très vite; au mois d'août 1511, il signait des documents comme membre du Conseil privé. C'est lui qui prépara la guerre contre la France pendant l'été de 1513. Après la prise de Tournay, il se fit donner l'évèché de cette ville qu'il abandonna pour une pension de 1.200 livres. Il venait d'être nommé chancelier quand, envoyé de Venise, Gustinian commença son ambassade; après avoir quitté Londres, en 1519, ce diplomate écrivit le rapport suivant f :

« Wolsey avait à peu près quarante-six ans ; il était très beau, instruit, extrêmement éloquent, d'une grande habileté et infatigable. Il administrait seul les affaires qui, à Venise, occupent les magistrats, bureaux et conseils civils et criminels. Toutes les affaires de l'Etat étaient traitées par lui, quelle qu'en fût la nature... Il était réfléchi et avait la réputation d'être très juste. Il favorisait beaucoup le peuple et particulièrement les pauvres, entendant leurs procès et cherchant à les expédier sur-le-champ. Il faisait plaider les avocats gratuitement pour les pauvres. Il était en très haute estime, sept fois plus que s'il était pape... Le cardinal d'York gouvernait tout à la fois, le roi et le royaume en entier. A l'arrivée de Gustinian en Angleterre, il avait l'habitude de lui dire : « Sa Majesté fera ceci et cela ». Dans la suite, par degrés, il s'oublia et commença à dire : « Nous ferons ceci et cela ». Il avait atteint un tel point qu'il avait l'habitude de dire : « Je ferai ceci et cela. »

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