LA RECONCILIATION DU ROYAUME A ROME
qui venait de s'accomplir et rétracta, pour son compte. les erreurs dans lesquelles il était tombé. Un passage de sa harangue est très intéressant au point de vue historique. Il y affirma qu'à deux reprises, Henri VIII avait été sur le point de se réconcilier avec Rome, particulièrement au moment de la révolte du nord i . L'affirmation d'un prélat qui avait été un des hommes de confiance d'Henri VIII a une valeur exceptionnelle et il y a, dans les papiers diplomatiques, des indices qui montrent que le roi a été sur le point d'envoyer Gardiner auprès de l'empereur pour le prier de servir de médiateur entre l'Angleterre et le Saint-Siège.
Le parlement, après avoir nommé un comité mixte de lords et de députés chargés de préparer l'abrogation des lois contre Rome, discuta leur projet dès le 20 décembre. La discussion fut longue et ardente parce qu'il fallait régler la situation légale des biens ecclésiastiques. La loi fut votée le 3 janvier 1555 2. Personne ne faisait d'objection sérieuse à la restauration religieuse, pourvu que les possesseurs de biens d'Église fussent parfaitement assurés que leurs titres de propriété étaient admis comme indiscutables. Un acte interdit aux prêtres mariés d'enseigner, de tester ; ils furent privés, en fait, d'une partie de leurs droits civils.
L'assemblée du clergé, sous la présidence de Bonner, avait obtenu du légat, le 6 décembre, une absolution spéciale pour les fautes et les hérésies commises par l'ordre ecclésiastique sous les deux derniers règnes. Le lendemain, les délégués du clergé signèrent une pétition à la reine où ils la suppliaient de rétablir l'ancienne juridiction de l'Église. Ils faisaient abandon des biens qui lui avaient été volés parce qu'ils estimaient
1. Papiers d'État de Granvellc, t. IV, p. 3ïC>: Noailles, Ambassades, t. IV, p. 38.
2. Statutes of the realm, 1, Philip and Mary, chap. vin, pp. 216-51.
difficile et dangereux d'en exiger la restitution. Le clergé inférieur demanda la destruction des livres liturgiques du règne dernier et de l'ouvrage de Cranmer sur l'Eucharistie, l'abolition des premiers fruits, la mise en vigueur des vieilles lois de la dynastie des Lancastre contre l'hérésie, une définition plus précise des statuts de prœmunire. 11 émit le vœu que les prêtres mariés fussent forcés de quitter leur femme et les religieuses mariées, leur époux, que les ecclésiastiques qui avaient dégradé les églises fussent contraints de les réparer à leurs frais '.
Le parlement fut prorogé le 16 janvier 1555. Deux jours après, les prisonniers politiques, et parmi eux quatre fils du duc de Northumberland, quittèrent la Tour. Les prédicateurs réformés du dernier règne restèrent seuls en prison; une rétractation entière de leurs erreurs pouvait seule leur rendre la liberté.