L OPPOSITION
L'ouvrage portait sur la couverture : « imprimé à Rouen en octobre 1553 » et le traducteur se nommait MicliH Wood. Ses indications étaient fausses. Le traducteur était un réformateur extrême, du nom de John Baie, autrefois prieur des religieux carmes, à Ipswich. Au moment de la destruction des monastères, il avait jeté le Troc, s'était marié et placé sous la protection de Cromwell. Réfugié sur le continent après la chute de son patron, il obtint une cure, sous le règne d'Edouard VI. Au mois d'août 1552, il vint à Southampton pour voir passer le jeune prince qui, à son grand ébahissement, le nomma, séance tenante, évêque d'Ossory, en Irlande.
Sa carrière dans ce pays ne fut pas longue. A l'arrivée de Marie au trône il fut obligé de s'enfuir en Hollande, d'où il inondait l'Angleterre de ses pamphlets.
Un homme de la plus haute valeur morale se trouva en opposition avec la reine. Ce fut le grand juge, sir James Haies, le seul personnage qui avait refusé d'apposer sa signature au bas de l'acte qui privait Marie de son trône. Comme il présidait les assises du comté de Kent, il eut à juger plusieurs prêtres accusés d'avoir célébré la messe latine. Les lois d'Edouard VI qui punissaient cet acte comme un délit n'avaient pas encore été abrogées par le parlement. Haies fit condamner les prêtres par le jury. Cette conduite blessa la reine qui avait espéré que le culte catholique serait largement toléré jusqu'au jour, tout proche, où les Lords et les Communes interviendraient. Cependant Haies fut de nouveau nommé juge en octobre 1554, mais Gardiner refusa de lui faire prêter le serment. Mis en prison pour quelques opinions calvinistes, Tévêque Day le ramena au catholicisme. Mais il était triste et découragé et se donna la mort quelques mois après.
Le 8 avril 1554, au matin, un chat mort habillé de vêtements sacerdotaux et tenant entre ses Dattes une
hostie en papier fut trouvé pendu à une potence, non loin de Saint-Paul, On le porta à l'évêque de Londres qui le fît exposer dans la cathédrale de Saint-Paul, pendant le sermon. Ce fait produisit dans la capitale une émotion qui n'était pas encore entièrement calmée quand le jury acquitta sir Nicolas Thorgmorton accusé — et à juste titre, semble-t-il — de complicité avec Wyatt, lors de la révolte de ce dernier. La reine en fut malade, l'accusé fut mis en prison avec les membres du jury. Quatre avouèrent avoir mal agi ; les huit autres furent soumis à une forte amende.
Le 10 juin, un coup de fusil fut tiré sur le prédicateur qui occupait la chaire de Saint-Paul ; il fut impossible de découvrir l'auteur de l'attentat.
Le 1er janvier 1555, la police, sur la dénonciation d'un faux frère, fit irruption dans un local où une trentaine de personnes s'assemblaient, la nuit, pour célébrer le service anglais. Toutes furent arrêtées. Le chef de cette petite église, Thomas Rose, avait, avec des amis, brûlé en 1533 le jubé d'une église d'Esscx. Ses complices avaient été pendus pendant que lui-même réussissait à s'enfuir. Il avait obtenu, sous Edouard VI, l'autorisation de prêcher. Depuis le commencement du nouveau règne, Rose organisait des offices secrets dans les différents quartiers de Londres. Parmi les prières qu'il faisait réciter aux assistants se trouvait la suivante : « Seigneur, détournez de l'idolâtrie le cœur de la reine Marie, sinon, abrégez ses jours ». Un acte du parlement assimila ces formules de prières aux crimes de trahison.