‹ Les origines du schisme anglican, 1509-1571Chapitre 174 sur 253 · RENOUVELLEMENT DES LOIS CONTRE L'HÉRÉSIE · texte numérisé non relu

RENOUVELLEMENT DES LOIS CONTRE L'HÉRÉSIE

contraint, par les menaces les plus directes, à abolir la primauté du pape, tandis que le parlement de la reine Marie avait, unanimement et librement, accepté la réconciliation avec le Saint-Siège.

En interrogeant Roland Taylor, curé dans le comté de SulTolk, marié et père de neuf enfants, Gardiner fit sa propre confession. Il avait accepté la suprématie royale parce que Henri VIII en avait pris sur lui toute la responsabilité, mais les procédés injustes et arbitraires d'Edouard VI l'avaient convaincu que la constitution de l'Eglise et de l'État avait été bouleversée, et il pensait que l'Angleterre venait de se relever d'une chute profonde. Taylor considérait comme parfaite la religion établie sous le dernier roi. Tous les prisonniers, à l'exception d'un seul qui fut libéré après avoir promis d'être un honnête homme comme son père, furent renvoyés à une autre audience.

Le tribunal se réunit de nouveau, le 28 janvier. Deux des accusés, John Taylor, surnommé Cardmaker, et l'évêque Barlow se rétractèrent partiellement et furent renvoyés en prison. Le 29, Hooper et Rogers furent condamnés à être dégradés de la prêtrise. Le lendemain John Bradford, Roland Taylor et Laurent Saunders eurent le même sort. La justice séculière prit possession des condamnés. Lesévèques, et particulièrement Bonner, mirent tout en œuvre pour vaincre l'obstination de ces prédicateurs : ils ne furent pas cruels à leur égard comme Foxe et les historiens de son école les en accusent. Bonner, évêque de Londres, avait sous sa juridiction les prisons de la capitale. C'estlui qui eut le triste devoir de dégrader les évêques et les prêtres condamnés à mort dans son diocèse. Cette circonstance lui a valu le surnom de « sanguinaire » .

Ces cinq premières victimes des lois d'hérésie furent brûlées, dans différentes localités, au commencement

de février, ainsi que six hérétiques, moins connus, du comté d'Essex.

Cette hécatombe eut des résultats divers. Tout d'abord, elle poussa les hérétiques à redoubler de violence. Le 14 mars, une statue de saint Thomas de Cantorbéry, récemment placée sur le portail de la chapelle des merciers, fut mutilée pendant la nuit. Le jour de Pâques, 14 avril, un ancien moine, Brand ou Flower, porta, avec un morceau de bois, un grand coup sur la tête du prêtre qui célébrait la messe dans la chapelle Sainte-Marguerite de Westminster *, Le sang du prêtre tomba sur le calice et l'hostie consacrée. Le coupable avait longtemps prémédité son crime. Bonner le traita doucement et parvint à lui faire avouer qu'il avait mal agi. Cet homme, que Foxe appelle « un fidèle serviteur de Dieu », fut brûlé le 24 avril après qu'on lui eut coupé la main qui avait frappé le prêtre.

D'autre part, les catholiques n'étaient pas tous partisans des mesures extrêmes contre les hérétiques. Le gouvernement lui-même ne les appliquait qu'à regret. Le cardinal, au mois de janvier, avait exhorté les évêques à employer la douceur. Le 10 février, Alphonse de Castro, franciscain espagnol, confesseur du roi, prêchant en présence de la cour, blâma la persécution. L'ambassadeur impérial, Renard 2, représentait fortement à Philippe le danger des exécutions. Mais les hérétiques mettaient en péril le trône et le gouvernement était obligé de sévir.

Au mois de mars, la commission examina Ferrar, ancien moine augustin d'Oxford, marié et promu par Somerset à l'évêché de Saint-David. Il refusa d'accepter le pape et l'Eucharistie et fut brûlé, le 30, près de son

i. Cal. of State paper$i Venetian, t. \\ û°57. 2. Papiers d'État de Granvelle, t. IV, pp. 393-397.

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