RENOUVELLEMENT DES LOIS CONTRE L'HÉRÉSIE
palais épiscopal. John Bradford avait été chapelain d'Edouard VI. Courtisan, puis trésorier payeur aux armées, il avait, suivant l'usage de ce temps-là, largement puisé pour ses besoins personnels dans la caisse qui lui était confiée. Un sermon de Latimer l'ayant vivement ému, il rendit tout l'argent qu'il avait détourné, reçut le diaconat de liidley et se mit à prêcher. Amis et ennemis se plaisaient à reconnaître sa parfaite loyauté. La commission l'avait condamné dès le 30 janvier, mais on désirait tant ramener aux doctrines romaines et épargner un homme aussi honnête et aussi convaincu, qu'on le laissa en prison. 11 y reçut les visites amicales de plusieurs évêques et membres du conseil, d'ecclésiastiques éminents qui essayèrent de le gagner. Tout fut inutile et il périt sur le bûcher le 1er juillet.
Le 10 juin, sept condamnés furent expédiés dans les comtés d'Essex et de Suffolk pour y être brûlés. L'un d'eux, Thomas Hawkes, était en prison depuis une année. Le comte d'Oxford l'avait signalé à l'évêque de Londres parce qu'il refusait de faire administrer le « baptême papiste » à un enfant qui lui était né. Bonner le garda plus d'une semaine dans sa propre maison, le mettant en rapport avec des hommes remarquables pour essayer de le gagner. 11 fallut bien le livrer au shériff. Il avait promis à des amis de lever les bras au milieu des flammes en signe que la douleur n'était pas intolérable. Il tint parole, et, avant qu'il n'expirât, on le vit rapprocher par trois fois ses mains l'une de l'autre.
Il arrivait, parfois, que des condamnés à mort pour crimes de droit commun, cherchaient à se donner l'auréole du martyre. Le 26 avril, on pendait trois hommes qui avaient été surpris dans l'abbaye de Westminster, en train de voler des Espagnols. Avant de mourir, l'un d'eux avoua qu'il avait volé par cupidité « tout comme
le pape vendait les messes par amour de l'argent », et il se mit à répéter de toutes ses forces l'invocation des litanies anglaises de Henri VIII : « de la tyrannie et des détestables énormités de l'évêque de Rome, de la fausse doctrine, de l'hérésie et du mépris de votre parole et de vos commandements, délivrez-nous, Seigneur ». Le conseil, informé de l'incident, écrivit à l'évêque de Londres d'ouvrir une enquête ; les commissaires ordonnèrent que le corps du supplicié serait brûlé sur le bûcher.
Cette première persécution dirigée contre les hérétiques n'atteignit qu'une faible partie du royaume. Les évêques n'étaient pas partisans des mesures extrêmes. Aussi plusieurs diocèses ne furent pas touchés, d'autres le furent à peine. Les poursuites s'exercèrent avec activité dans trois ou quatre diocèses seulement. Les laïques instruits pensaient comme les évêques ; le peuple était indifférent ou très attaché à la vieille religion. Un très grand nombre de partisans des nouvelles doctrines, plus de quatre-vingt-dix pour cent, a dit un de leurs martyrs, acceptèrent la messe latine et l'autorité du pape. Au mois de juin, on s'aperçut que quatre paroisses du comté d'Essex célébraient encore le service anglais. Une proclamation ' ordonna la destruction de tous les livres liturgiques du règne d'Edouard et interdit l'entrée dans le royaume d'un bon nombre d'ouvrages écrits par des hérétiques anglais ou étrangers.