DIFFICULTÉS RENCONTREES PAU LA HEINE
commandation aux évoques qui s'y prêtaient à contrecœur*. Elle les invitait aies recevoir dans leur maison, à converser avec eux, afin d'arriver à les gagner. Donner seul fit pleinement son devoir. 11 visita les prisonniers et, dans bien des cas, imagina de leur faire peur afin de les sauver du bûcher.
La reine attendait un enfant. Déçue dans ses espérances, elle eut, de plus, le chagrin de se séparer de son mari qu'elle aimait profondément sans être complètement payée de retour. Philippe allait prendre, au nom de son père, le gouvernement des Pays-Bas.
L'ambassadeur vénitien a noté { quelques détails caractéristiques de ce départ. Le cortège traversa Londres le 26 août 1555, au milieu d'une affluence énorme. La foule manifestait beaucoup de sympathie pour la reine et riait quand le légat faisait le geste de la bénir. Beaucoup ne se découvraient pas sur le passage de ce dernier. Pendant que son mari fut sur le sol anglais, Marie lui expédia d'heure en heure des courriers.
Philippe absent ne devait pas se désintéresser des affaires d'Angleterre. Le conseil lui expédiait le double de ses délibérations. Le prince les renvoyait annotées de sa main et il avait prié les ministres de ne rien faire d'important sans en référer à Pôle qui refusa de s'ingérer dans les questions purement civiles. Le cardinal n'avait pas réussi, dans des conférences tenues à Calais, à amener la conclusion de la paix entre la France et l'Espagne.
La reine chercha à se consoler de l'absence de son mari, dont elle souffrait cruellement, en complétantla restauration religieuse. Par ses soins, les franciscains rentrèrent dans leur monastère de Greenwich. Les Londoniens n'étaient plus habitués aux robes grises
*. Cal. of State papcrs, Venctian, t. VI, n° 200.
des fils de Saint-François et. la première fois que les frères Peto et Elstow, qui avaient eu sous Henri VIII une heure de courage héroïque , traversèrent la capitale, ils reçurent des pierres. Les chartreux reprirent possession de Sheen, et les brigittains, de Sion. Des bénédictins, sous la conduite de Feckenham, remplacèrent, à Westminster, le doyen et les prébendes. Les chevaliers de Saint- Jean de Jérusalem revenaient dans quelques-unes de leurs commanderies.
Gardiner ouvrit, le 21 octobre, la session du parlement par un discours très remarquable qu'il termina par la demande d'un subside, parce que la reine avait à payer les dettes de son père et de son frère. Les députés des Communes le votèrent après de laborieux pourparlers ; le gouvernement, pour gagner leur bienveillance et mettre un terme à tous les bruits fâcheux, fit lire la bulle du pape qui confirmait aux acquéreurs de bi'ens d'Eglise leurs titres de propriété.
On n'avait pas vu depuis longtemps un parlement aussi intraitable *. Les Communes rejetèrent un projet de loi qui obligeait les hérétiques réfugiés à l'étranger à rentrer dans leur pays natal. Les Lords, à leur tour, ne voulurent pas sanctionner un acte frappant d'incapacités diverses les juges et autres fonctionnaires qui n'agissaient pas contre les hérétiques. L'opposition se montra particulièrement énergique contre le projet do loi qui donnait au Saint-Siège les premiers fruits et certaines dîmes. Les Lords remplacèrent ce projet par un autre qui accordait ces redevances aux laïques. La reine exposa personnellement ses intentions à une cinquantaine de membres du parlement appelés par elle au palais royal. Le projet de la Chambre Haute, pro-
i. Voir pour l'opposition du Parlement, Cal, of State papers^ Vtnetian, t. vi. a**», Stt3, «4, 28*, 189, 297.