‹ Les origines du schisme anglican, 1509-1571Chapitre 183 sur 253 · Cranmer, Recantacyons, p · texte numérisé non relu

Cranmer, Recantacyons, p

le docteur Cole, qui devait prêcher devant le bûcher, fit une visite au condamné. Cranmer l'assura qu'il appartenait à l'Eglise catholique. Le matin mùme de l'exécution il fît demandera quelques collèges dOxford des prières pour son àme quand tout serait fini. La matinée étant froide, Cole prêcha dans l'église Sainte- Marie où Cranmer se rendit entouré des deux moines espagnols, Soto et Garcia, qui chantaient le « Nunc dimittis », Pendant le sermon, il donna les marques du plus vif repentir; un témoin ] oculaire dit qu'il était « l'image du chagrin ». La prédication achevée, Texarchevêque se leva et se mit à lire ce qui devait être sa septième rétractation. Il commença par une prière à la sainte Trinité, composée par lui et qui est très belle : « 0 Père du Ciel, dit-il, ô Fils de Dieu, Rédempteur du monde, ô Esprit procédant des deux autres, trois personnes en un seul Dieu, ayez pitié de moi, misérable, le plus misérable des pécheurs. J'ai offensé tout à la fois le ciel et la terre plus que ma langue ne peut l'exprimer. Où puis-je aller, où puis-je m'enfuir pour trouver du secours? J'ai honte de lever les yeux vers le ciel, et sur la terre je ne trouve ni appui ni refuge. Que faire? M'abandonnerai-je au désespoir? Dieu le défend. O Dieu, tu es miséricordieux et ne repousses aucune des créatures qui viennent vers toi implorer du secours. C'est pourquoi j'accours vers toi; je m'humilie devant toi en disant: O Seigneur! mes péchés sont grands, cependant aie pitié de moi à cause de ta grande miséricorde. Dieu ne s'est pas fait homme pour nos petites offenses. Tu n'as pas livré ton Fils à la mort seulement pour nos fautes de peu d'importance mais pour tous les péchés du monde même les plus grands, pourvu que le pécheur revienne

1. Strtpe, Cranmer. livre III, char», xvi, récit signé J. A. et écrit le 23 mars.

à toi dans son cœur comme je le fais à présent. C'est pourquoi, aie pitié de moi, ô Seigneur, car bien que mes péchés soient grands, ta miséricorde est plus grande. Je ne demande rien au nom de mes mérites mais pour l'honneur de ton nom afin qu'il soit béni icibas et pour l'amour de ton cher fils Jésus-Christ ]. »

Cranmer se mit à genoux, récita le Pater, puis il lut, debout, une exhortation à l'obéissance envers le roi et la reine, à la charité à l'égard des pauvres. Avant de mourir, ajouta-t-il, il voulait proclamer ouvertement sa foi. parce que rien ne l'avait tant troublé, dans sa vie, que les écrits publiés par lui contre la vérité.

Tout cela avait été arrangé entre lui et ses conseillers, et la scène se déroulait dans Tordre arrêté auparavant. Mais, brusquement, à partir de ce passage, le condamné se mit à dire le contraire de ce qu'il avait écrit sur le papier qu'il tenait à la main. Les ouvrages, contraires à la vérité, n'étaient pas ceux qu'il avait écrits contre l'Eucharistie mais toutes les rétractations qu'il avait composées ou signées depuis sa dégradation. Il les avait composées ou signées contre sa croyance, par crainte de la mort et pour sauver sa vie si elle pouvait l'être. « Puisque ma main, dit-il. a failli en écrivant des choses contraires à ma pensée, ma main sera punie la première ». et il se dirigea vers le bûcher, au milieu de la surprise des assistants. Le maire d'Oxford, les moines espagnols, lui rappelaient ses précédentes rétractations. Cranmer répondit à un de ces derniers : « Si le pape avait sauvé ma vie, j'aurais obéi à ses lois. » Cette remarque singulière est une indication nouvelle sur le caractère de l'ex-primat. Cependant, il mourut d'une manière ferme. Comme la flamme montait, il (tendit sa main droite, qui fut brûlée la première. Ses

Page 1