DERNIÈRES VICTIMES PARMI LES HÉRÉTIQUES
de reposer en terre consacnV, furent exhumés et brûlés avec leurs écrits sur la place du marché, à Cambridge. A Oxford, les visiteurs jetaient sur un tas de fumier le corps de la femme de Pierre Martyr, une ancienne religieuse, morte depuis plusieurs années.
Les derniers hérétiques condamnés à mort sous la reine Marie, périrent à Cantorbéry, le 10 novembre 1558. Le chiffre total des réformés brûlés pendant le règne est à peu près de trois cents. C'est beaucoup trop, sans doute, mais, avant de crierau scandale et à l'intolérance, il est bon de rappeler que le nombre des anglais qui, sous Henri VIII. souffrirent la mort sur Féchafaud ou dans les prisons, moururent de faim ou perdirent leurs biens, pour leurs croyances religieuses, est beaucoup plus considérable. Il faut rappeler aussi les lois faites sous Elisabeth, aggravées par ses successeurs et qui, jusqu'au commencement du xixe siècle, ont envoyé à une mort atroce des centaines de prêtres catholiques et de fidèles qu'un système très savant d'amendes progressives avait préalablement réduits à la mendicité. Pour le gouvernement de Marie comme pour celui de Henri VIII et d'Elisabeth, la question religieuse se posait dans des termes identiques. Quelle religion l'Etat soutiendrait-il de tout le poids de son autorité, en s'efforçant de faire disparaître par les moyens violents les autres formes religieuses ?
Un certain nombre d'hérétiques parvenait à échapper aux rigueurs de la loi, en changeant sans cesse de domicile. Comme les poursuites n'eurent jamais lieu sur toute l'étendue du territoire en même temps, il leur était assez facile de se dissimuler. Près de 800 d'entre eux quittèrent l'Angleterre. Ils eurent beaucoup de peine à trouver un refuge. La France leur était fermée; les protestants d'Allemagne les détestaient à cause de leurs doctrines sur l'Eucharistie. Deux ou trois villes
impériales libres, Strasbourg, "NVesel, et surtout Francfort, consentirent à les recevoir. Pierre Martyr en attira quelques-uns dans la première de ces villes et Mélanchton ouvrit les portes de Wesel à d'autres. Un Français, Valérand Poulain, établit la colonie de Glastonbury à Francfort, qui devint le centre des réfugiés, en Allemagne. Knox avait trouvé un refuge à Genève, auprès de son maître, Calvin; Tévêque d'Ossory,Bale, était en Suisse. Enfin, beaucoup de prêtres mariés s'étaient établis un peu partout sur le continent.
Les exilés ne s'entendaient pas entre eux sur certains points de doctrine. La colonie de Francfort, composée de protestants français et anglais venus de Glastonbury, modifia profondément la liturgie d'Edouard VI, surtout en ce qui concernait l'administration des sacrements. Comme elle n'avait pas de ministre, elle fit appel à Knox. Les divergences d'opinions sur le Book of common prayer en devinrent plus considérables. Calvin, consulté, déclara, qu'en mettant les choses au pire, on ne pouvait reprocher à ce livre que des « inepties tolérables ». Knox organisa le culte à sa manière; Cox, ancien vice-chancelier d'Oxford, réfugié dans la môme villa que Knox, demanda à suivre laliturgie anglaise d'Edouard VI. La discussion devint ardente. Knox fut obligé de quitter Francfort et les magistrats de la cité ordonnèrent aux réfugiés de suivre la liturgie des protestants français. Calvin se plaignait du traitement infligé à son ami Knox. Les réfugiés lui répondirent1 : « Nous pouvons vous assurer que ce libelle outrageux de Knox, il s'agissait d'un petit écrit contre Charles-Quint, son fils et la «méchante Marie », a ajouté beaucoup d'huile sur la flamme de la persécution en Angleterre. Car avant la publication de
i. j. Gairdned, History of the Church, p. 39-2.