‹ Les origines du schisme anglican, 1509-1571Chapitre 189 sur 253 · PAUL IV, LA REINE KT LE CARDINAL POLE · texte numérisé non relu

PAUL IV, LA REINE KT LE CARDINAL POLE

pari, nourrissait contre Philippe une animosité d'il*' qu'on eut beaucoup de peine à l'empêcher de le priver de ses royaumes. Il résolut, du moins, de retirer tous les agents qu'il entretenait dans ses états. 11 annula ainsi les pouvoirs de Pôle comme légat extraordinaire et ordinaire. Pourtant, sur les représentations pressantes de l'envoyé anglais à Rome, le pape laissa au cardinal le titre de légat né, qui appartenait de droit à son archevêché de Cantorbéry.

Le roi et la reine tirent savoir à Paul IV que la présence du légat était absolument nécessaire au rétablissement complet de la religion; les évêques, beaucoup de membres du clergé écrivirent à Rome dans le même sens. Pôle lui-même, sur le désir des membres du conseil, qui lui rendirent visite pour l'en prier, écrivit à Paul IV dans le même sens, ajoutant noblement que le nom du titulaire le touchait peu, pourvu que la fonction fût maintenue.

Le pape nomma alors le vieux moine franciscain Peto, qu'il éleva au cardinalat, contre l'attente de tous les membres du Sacré-Collège, dans le consistoire du 14 juin 1557. Le courrier qui portait cette nomination à la reine, avec, pour Pôle, l'ordre de rentrer à Rome, fut devancé à Douvres par le messager de l'ambassadeur anglais près le Saint-Siège. Marie, informée des actes du pape, fit arrêter l'envoyé du Saint-Siège à Calais afin que le cardinal ne fût pas atteint par l'ordre de regagner Rome. Pôle apprit ce qui s'était passé et, malgré les instances de la souveraine et du conseil, il refusa absolument de continuer à remplir ses fonctions de légat. Mais il écrivit une très longue lettre * à Paul IV. qui était allé jusqu'à insinuer que son légat était hérétique. Pôle mettait en relief, avec une véritable élo-

l. Quirini,Po£» epistolse, t. Y. p. 31.

quence, l'injustice que le Souverain Pontife commettait à l'égard d'un homme dont la vie entière avait été consacrée au bien de l'Eglise, et le tort immense qu'il faisait à la cause catholique en Angleterre, en désavouant celui que les hérétiques considéraient comme leur plus grand ennemi.

Pôle avait raison ; la politique de Paul IV avait été injuste et désastreuse. Quand la lettre du cardinal lui fut remise, le 4 septembre, la situation était bien changée. Philippe avait gagné contre Henri II la bataille décisive de Saint-Quentin ; le petit corps d'armée français, qui essayait, en Italie, de soustraire la papauté à l'influence espagnole, battit en retraite et le pape dut accepter les conditions, d'ailleurs modérées, du duc d'Alva, commandant de l'armée espagnole sous Rome. Ces événements adoucirent l'attitude du nontife envers Pôle. D'ailleurs, Peto, que la nouvelle de son élévation au cardinalat avait surpris dans son vieux couvent de Greenwich, était incapable, à cause de ses infirmités, de remplir les fonctions de légat. Sa haute dignité ne fit que l'exposer aux insultes de la populace de Londres. Quand il mourut, en avril 1558, le bruit courut qu'une pierre lancée, par un gamin, en lui brisant une côte, avait entraîné sa mort.

Dans l'automne de 1557. alors que Philippe avait de nouveau laisséla reine seule, les Écossais lui déclarèrent la guerre. Le 1er janvier 1558, les Français, désireux de se' venger de leur défaite de Saint-Quentin, mirent le siège devant Calais et l'emportèrent, le G, sous le commandement du duc de Guise. Marie en fut très affectéeet résolut de reprendre la ville coûte que coûte. Mais les finances étaient dans un état désespéré. Afin de se procurer de l'argent, le gouvernement loua à un particulier les îles de Scilly et retira, par mesure d'économie, son ambassadeur à Venise. Il eut recours aussi à l'cm-

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