Strtpe, Annals. Appendice
partisans de ce livre parlent tant, il n1y a ni consécration ni sacrifice ni communion. Il n'y a pas de consécration, car, par l'ordre de ce livre, le prêtre ne prend pas le pain dans sa main, il ne le bénit pas, il ne le rompt pas. Quand il répète les paroles du Christ : « Ceci est mon corps », par lesquelles le pain est consacré, il n'a ni attention ni respect pour le pain, mais il répète ces paroles comme s'il racontait une histoire. Il n'y a pas de sacrifice ou oblation du corps et du sang de Notre Sauveur à Dieu le Père, car, bien que les mots que le Christ a prononcés soient les mêmes que ceux que le prêtre prononce et qu'ainsi. le sacrifice soit le même et bien que les Pères affirment manifestement que le Christ est offert chaque jour d'une manière non sanglante, cependant, les auteurs de ce livre enlèvent volontairement l'oblation ou le sacrifice offert à Dieu, père de la messe. Si ces hommes comprenaient les conséquences de leur affirmation, je pense qu'ils abandonneraient leur hardiesse et reviendraient à la vérité. Car, si ce qu'ils disent est vrai, qu'il n'y a pas de sacrifice extérieur dans le Nouveau Testament, alors il suit qu'il n'y a pas, sous ce Nouveau Testament, de sacerdoce, dont le rôle soit d'offrir les dons et les sacrifices pour le péché, comme dit saint Paul. Et, s'il n'y a pas de sacerdoce, il n'y a pas de religion dans le Nouveau Testament.
« Enfin, dans ce livre, il n'y a pas de communion. La communion est sainte, en paroles seulement, non en fait, car ce qui devrait la faire sainte n'est pas là; je veux dire, le corps et le sang du Christ. Il y a, dans la messe catholique, certaines prières à dire avant la consécration, et, dans ces prières, se trouvent les mots « afin qu'ils soient faits, pour nous, le corps et le sang de Notre-Seigneur Jésus-Christ », qui proclament l'intention de l'Eglise et du prêtre qui dit la messe. Dans
le nouveau livre, il n'y a rien pour manifester une semblable intention, mais plutôt le contraire, comme il apparaît par ces mots : « ... Afin que recevant tes créatures ici présentes du pain et du vin » qui ne proclament aucune consécration. Qu'ils se glorifient de leur communion autant qu'ils le veulent, cela ne mène à rien, puisque le corps du Christ qui est la matière delà communion n'est pas là... »
Cette critique précise fit probablement impression sur les Lords puisque neuf joignirent leur vote contre le projet à celui des neuf évoques. La loi passa à trois voix de majorité. Les Communes paraissent l'avoir adoptée sans grand débat. L'acte d'uniformité porte la date du 28 avril 1559; l'acte de suprématie, celle du 29. Le 8 mai, Elisabeth vint clore en personne la session du parlement.
L'acte de suprématie était immédiatement exécutoire; l'acte d'uniformité devait être appliqué le 24 juin 1559, fête de saint Jean-Baptiste. En fait, le changement de rituel, commencé depuis janvier, continué avec prudence, pendant les discussions parlementaires, fut poussé activement avant la date fixée. Les habitants de Londres virent, le 7 avril, un étrange cortège funèbre; il n'y avait pas de prêtres en habits sacerdotaux, mais des ministres du nouveau culte, en vêtements civils, qui accomplirent le service anglais et chantèrent des psaumes à la mode de Genève. Des bandes, excitées par des pamphlets grossiers et blasphématoires, dégradèrent les autels, brisèrent crucifix et images, et interrompirent, par la violence, les offices religieux dans beaucoup d'églises de la capitale. Les processions de
la Fête-Dieu furent supprimées et on travailla partout ce jour-là 4. Le jour de saint Georges, patron des chevaliers de la Jarretière, la croix ne fut pas portée en tête de la procession; les membres de l'Ordre assistèrent à une messe, sans élévation de l'hostie consacrée.
Le gouvernement encourageait officiellement ces changements anticipés. Le jour de la Pentecôte, l'hérétique Grindal prêcha à Saint-Paul, devant tout le conseil, et proclama la restauration du livre d'Edouard VI. A la chapelle royale, le Saint-Sacrement avait été enlevé le lendemain même du vote de la loi et la messe latine supprimée 2. Dans la première partie du mois de juin, la plupart des paroisses de Londres avaient imité cet exemple. A la cathédrale de Londres, l'énergique Bonner, appuyé par les chanoines, maintint l'office catholique jusqu'au jour de sa déposition, malgré les efforts du conseil. L'Angleterre suivit le mouvement donné par Londres et l'office d'Edouard VI était repris un peu partout, avant le 24 juin. Beaucoup de fidèles étaient indifférents à ces changements; les prêtres y étaient généralement opposés.
Les anciens exilés qui, depuis leur retour, avaient prêché à la cour, protestèrent, dans une pétition à la reine3, contre l'accusation d'hérésie dont ils avaient été l'objet au parlement. Ils prétendaient qu'ils restaient catholiques, puisqu'ils condamnaient les anciennes hérésies et acceptaient les quatre premiers conciles généraux. Un des plus remarquables parmi eux, Jewel, dans sa « Défense de l'apologie », définira, plus tard, l'hérésie : « Le fait de s'éloigner du salut, de renoncer à
i. Cal. of State paperi) Yenetian,\..X\\, n° H-2. C'tl.. Spanish,\.l, n° 39.
± Cal. of State papcrs, Spanish, t. I, n° 61.
.*{. Ibid.) n° :>ï. Qoadra à Philippe [I, 13 août 1559.
la grâce de Dieu, de se séparer du corps et de l'âme du Christ ». Quand on accepte une définition aussi large, il n'est pas facile de réussir à se faire classer parmi les hérétiques.
Il avait été réglé que tout titulaire d'un bénéfice ecclésiastique, tout fonctionnaire delà couronne seraient obligés, dans le présent et dans l'avenir, de prêter le serment d'observer l'Acte de suprématie. Le refus du serment entraînait pour tous la révocation immédiate. Ceux qui faisaient de l'opposition à la loi étaient soumis à une série de peines très graves, qui aboutissaient, à la troisième offense, par une accusation de haute trahison. Une commission1 de dix-huit membres, appartenant presque tous au conseil, fut chargée d'exiger le serment. Elle commença par les évoques, à qui le gouvernement avait interdit de quitter Londres.
Tous opposèrent un refus ; le conseil et la commission, devinant toute la force que cette attitude courageuse allait donner au mouvement de résistance, résolurent de procéder par des exécutions isolées. Le 30 mai, Bonner, qui faisait échec, dans sa cathédrale de Saint- Paul, à l'introduction du nouveau culte, fut déposé et se réfugia dans le sanctuaire de Westminster. Le 21 juin, 5 évêqucs, parmi lesquels Scott et Oglethorpe, eurent le même sort; le 26, ce fut le tour des deux prélats emprisonnés depuis le débat du 31 mars, AYhite et Watson.
Les évêques déposés durent s'engager, sur caution, à ne pas quitter Londres avant la fin de septembre et la commission les avertit que toute parole ou tout écrit, émanés d'eux et contraires à la loi, seraient punis de la prison à perpétuité 2.