‹ Les origines du schisme anglican, 1509-1571Chapitre 223 sur 253 · Ibid., chap. i, p. io · texte numérisé non relu

Ibid., chap. i, p. io

haute trahison et puni de la mort des traîtres. L<; juge qui ne signalait pas les délinquants était frappé d'une amende de 100 livres sterling. Le serment exigé de tout ecclésiastique, de tout député et fonctionnaire, mais non des gentilshommes possesseurs d'un titre, nobiliaire supérieur à celui de baron, était celui de la première année d'Elisabeth. Celui qui le refusait deux fois était coupable de haute trahison. Mais le serment ne devait être déféré une seconde fois qu'aux ecclésiastiques, à ceux qui refusaient d'accepter le service anglais, qui diraient la messe romaine ou y assisteraient. Cette loi draconienne fut vivement combattue à la Chambre Haute par lord Montagu. Il est à noter que les 25 nouveaux évêques, tous de la religion nouvelle, qui avaient tant protesté contre l'intolérance de la reine Marie^ la votèrent unanimement après une violente intervention de Cécil.

Le parlement se mit aussi à légiférer au sujet de l'abstinence. Une loi, destinée à « encourager la marine et non pas à conserver une superstition quelconque dans le choix des aliments », imposa comme jours maigres, durant le carême, les mercredis, vendredis et samedis. Les délinquants étaient punis de l'amende, de la prison et du pilori. La doctrine de la nouvelle église était que le jeûne consiste à s'abstenir de viande et à ne faire qu'un seul repas par jour, et ce dernier point était considéré comme plus important.

5. — Le gouvernement et les évêques contre les dissidents catholiques.

Au mois d'avril 1560, des quinze évêques déposés, cinq étaient morts. Goldwell avait réussi à gagner le continent. Les neuf qui restaient furent tous mis en pri-

son à cette époque, à l'exception de Poole, laissé dans une demi-liberté jusqu'à sa mort arrivée en 1568. Les huit prélats furent enfermés dans la prison de Fleet street et à la Tour.

Les écrivains protestants ont assuré que leur prison fut douce ; les écrivains catholiques ont soutenu le contraire. La vérité semble être qu'ils furent traités tantôt avec certains égards et tantôt soumis à une réclusion sévère et étroite, suivant le cours des événements politiques. On essaya de les amener à prêter le serment de suprématie en rendant leur vie aussi intenable qu'il était possible. Au commencement de leur captivité, ils avaient la permission de prendre leurs repas en commun. Une année après, nous les trouvons enfermés chacun dans une cellule et pratiquement au secret. L'argent que le pape et leurs amis envoyaient afin d'améliorer leur situation matérielle, qui était misérable, n'arrivait pas jusqu'à eux. On les menaçait de mort s'ils continuaient de refuser le serment.

A cette date, 1562, la masse des catholiques anglais n'avait pas encore pris parti d'une manière définitive contre la religion nouvelle qui n'était pas encore formellement condamnée par le Saint-Siège. Deux tendances se faisaient jour parmi eux : le plus grand nombre admettaient qu'il leur était impossible de prendre part au service qui avait remplacé la messe latine, mais ils pensaient qu'une assistance matérielle à la lecture des psaumes et des leçons et aux prédications pouvait être tolérée. Une ardente minorité, conduite par Allen, ancien principal du collège de Sainte-Marie d'Oxford, était d'avis que toute participation au nouveau culte était interdite. Les représentants du premier groupe envoyèrent au pape et au concile une pétition qui, en demandant une solution précise, l'espérait conciliatrice.

L'évêque Quadra, ambassadeur d'Espagne, l'avait fait accompagner d'une lettre où il disait que le nouvel office anglais, étant tiré de l'Ecriture, ne contenait ni impiété ni erreur, bien qu'on eût omis certains actes de la liturgie catholique.

Le pape et le concile déclarèrent que les catholiques anglais ne pouvaient pas assister aux offices anglicans. L'ambassadeur espagnol reçut, par bref, le pouvoir d'absoudre ceux qui avaient encouru de ce chef les censures ecclésiastiques.

Dès l'origine, le gouvernement avait fait une guerre acharnée à la messe. Le 8 septembre 1560, un prêtre, sir Havard, surpris comme il la célébrait dans une maison particulière, fut traîné à travers Londres, revêtu de ses ornements sacerdotaux, jusqu'à la prison, avec la famille qui lui avait donné l'hospitalité. Le 2 février i , plusieurs prêtres et un certain nombre de personnes qui assistaient à leur messe avaient été emprisonnés. A la même date, un agent de la police avait fait arrêter tous les Anglais qui se trouvaient à la chapelle de l'ambassade française pendant qu'un autre policier prenait, à l'église espagnole, les noms de tous les assistants2. Cette dernière fut même fermée quelques années plus tard.

Le gouvernement prenait des mesures contre les dissidents catholiques eux-mêmes. En 1562, il en fit établir, par les évêques, une liste générale : les ministres soupçonnés d'attachement aux doctrines romaines, furent placés dans des cantons désignés à cet effet et étroitement surveillés.

A cette époque prit naissance une controverse entre catholiques et partisans de la nouvelle religion. Elle devait durer de longues années. On y vit prendre part,

[>. 152 et 173.

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