Acts ofthe Privy Council, t. VII, p
2. Statutes of the realm, 8, Elizabcth, t. IVr chap. iv, p. 150.
Cette oppression des consciences, moins maladroite, moins ouvertement brutale, mais plus inquisitoriale et plus gênante que celle organisée par le gouvernement de Marie, amena les résultats suivants : un certain nombre de catholiques, particulièrement parmi les riches, las de supporter une tyrannie arbitraire, se réfugièrent sur le continent; la masse ignorante des fidèles attachés à Rome, ruinés par lesamendes, souvent jetés en prison, se mirent à assister, de temps à autre, aux offices anglicans. Après de longues années, ils finirent par glisser dans le schisme et l'hérésie. Enfin, un certain nombre de catholiques instruits et fermes dans leur foi se faisaient peu à peu à l'idée de résister jusqu'au bout.
A Londres, les dissidents catholiques se groupaient autour de l'ambassadeur espagnol, Guzman de Silva qui avait remplacé Quadra, et les aidait discrètement de tout son pouvoir. Un certain nombre venaient recevoir les sacrements à l'ambassade, d'autres s'échappèrent grâce à la connivence de Silva. Oxford comptait aussi beaucoup de dissidents catholiques très résolus. Dans le cours de l'année 156G, Horne et Parker, visitant quelques-uns de ses collèges, n'épargnèrent pas les mesures vexatoires qu'ils avaient tant reprochées aux évêques de Marie. Des fellows coupables d'avoir, dans leur bibliothèque, des livres de controverse écrits par des partisans de Rome, furent chassés.
Les catholiques, réfugiés sur le continent, s'étaient réunis dans quelques villes où leur iniluence devait être durable. Ils vinrent d'abord à Louvain qui recueillit en particulier des professeurs et des étudiants de Cambridge et surtout d'Oxford. C'est de là que Ilarding, Smith, Sanders, Slapleton, répondaient aux écrits de Jewel et de ses amis. Anvers reçut les docteurs Marshall, Dorman, Story et quelques autres.
Mais la petite ville de Douai allait devenir pendant des siècles le grand centre des catholiques anglais sur le continent. Allen y fonda, en 1568, le collège anglais. 11 devait former une foule de prêtres courageux qui bravèrent et souvent subirent une mort horrible pour aller prêcher la vieille religion à leurs compatriotes.
L'élection au trône pontifical du cardinal Ghislieri, saint Pie V, le 7 janvier 1566, allait accentuer la rupture entre le gouvernement anglais et les dissidents catholiques. Philippe II avait réussi à empêcher ses deux prédécesseurs de prendre des mesures hostiles contre l'Angleterre. Pie V déclara en plein consistoire que le service anglais qui avait remplacé la messe était schismatique et digne de réprobation ; il accorda à deux réfugiés, Harding et Sanders, le pouvoir de réconcilier à l'Eglise ceux qui étaient tombés dans le schisme en assistant à ce service. Cette décision gêna beaucoup ceux des catholiques anglais qui tenaient pour indifférente la présence matérielle aux offices institués par le Book of commonprayer.
Au mois de décembre 1567, un certain nombre de gentilshommes du comté de Lancastre s'engagèrent par serment à ne pas assister au service anglais, à ne pas recevoir la communion durant le règne de Sa Majesté. Le gouvernement, averti, en fit emprisonner quelques-uns. A ce moment, Marie Stuart se réfugiait en Angleterre. Sa présence donna du courage aux catholiques et tout le nord fut bientôt très agité. Les grands seigneurs de la province, en particulier les comtes de Northumberland et de Westmoreland, voulaient marier la reine d'Ecosse au duc de Norfolk, qui était favorable aux catholiques, bien qu'il eût personnellement adhéré à la religion officielle.
La révolte ouverte éclata au milieu de novembre; on rétablit un peu partout la messe latine. Les
deux comtes firent un appel aux armes. Mais les catholiques y répondirent mollement, peut-être parce que les chefs n'inspiraient pas confiance à cause de leur peu de capacités militaires. Au mois de janvier, les insurgés, mal commandés, se dispersèrent sans combat à l'approche de l'armée de Sussex et Warwick. Westmoreland, le moins estimable des deux chefs, passa dans les Pays-Bas ; Northumberland, réfugié en Ecosse, fut vendu 2.000 livres sterling au gouvernement anglais et décapité. Sans talent militaire mais très honorable et sincèrement catholique, il a été considéra comme un martyr et béatifié récemment. Le duc de Norfolk, qui devait en cas de succès recueillir les fruits de l'entreprise, ne fit rien. 11 s'était retiré dans un de ses manoirs d'où il fut envoyé à la Tour. Philippe II avait chargé le duc d'Alva, gouverneur des Pays-Bas, d'intervenir si l'occasion se présentait. Alva ne bougea pas. Mais l'échec du mouvement est dû surtout aux catholiques anglais qui ne se levèrent pas à l'appel de leur chef. Le pape avait envoyé 12.000 couronnes et le clergé de Paris avait offert de payer, pendant huit mois, la solde des troupes levées contre l'Angleterre protestante.
La répression fut terrible et ne peut être comparée, à cette époque, qu'aux exécutions sanglantes qui ont fait que le nom d'Elisabeth sera à tout jamais exécré en Irlande. Sussex condamna à mort trente pour cent de ceux qui avaient pris les armes; les gibets se dressèrent partout et terrifièrent les populations. De lourdes amendes furent infligées à ceux dont la vie était épargnée. La révolte de Léonard Dacre, dans le comté de Cumberland, en février 1570, fut punie moins sévèrement.
6. — Le gouvernement et les évêques contre les calvinistes ou puritains.
A la fin de Tannée 1569, la rupture était bien près d'être accomplie entre le gouvernement anglais et le Saint-Siège d'une part, les catholiques anglais et l'Église anglicane d'autre part. Les réformes d'extrême gauche se séparaient aussi de plus en plus de la nouvelle église officielle. Le désaccord avait commencé sur la question des vêtements ecclésiastiques. Les exilés qui avaient séjourné à Francfort, à Baie, à Genève avaient perdu l'habitude d'employer même le surplis dans les cérémonies religieuses, et la loi les obligeait à accepter la chasuble, la chape. Hors de l'Eglise, le deuxième Book of common prayer d'Edouard YI qui était le rituel officiel leur imposait de porter la soutane, le manteau et le bonnet carré.
Ils firent une opposition si énergique qu'il fut impossible d'appliquer entièrement la loi. Le paragraphe relatif aux ornements sacerdotaux tomba de lui-même en désuétude quand les commissaires métropolitains de 1560 eurent brûlé chasubles, tuniques, aubes et chapes.
Les nouveaux évêques cherchaient un compromis. Le 8 septembre 1559, au service solennel célébré en l'honneur du roi de France, Parker et les deux évêques qui raccompagnaient officièrent en soutane, camail et bonnet carré. Pendant le carême, les prélats prêchèrent en rochet et camail qu'on avait considérés jusque-là comme faisant partie du costume de ville et non comme des vêtements liturgiques.
Les puritains protestaient contre le surplis et la chape qui restaient imposés, mais ils n'étaient pas d'accord entre eux. Plusieurs prélats ne demandaient qu'à sacrifier même le surplis. Pierre Martyr consulté avait conseillé de se plier à la nécessité sans cesser de
prêcher contre tous les ornements. Calvin, répondant à une consultation sur l'Eucharistie, approuvait quelques-unes des pratiques en usage dans l'Église anglicane. Il conseillait la communion mensuelle, favorisait l'administration de l'Eucharistie aux malades, à condition qu'elle fût transportée sans aucun signe d'adoration. Cette coutume fut remplacée bientôt par celle de consacrer dans la maison même du malade.
Quelques mois avant la Convocation de 1563, les puritains propageaient en Angleterre des livres qui expliquaient la liturgie en usage à Genève et la représentaient comme un idéal vers lequel l'Église anglicane devait tendre. Leurs amis se partageaient, entre temps, les ornements sacerdotaux; les tuyaux des orgues étaient transformés en plats par leur femme et les caisses, en bois de lits. Cela se passait à la cathédrale de Worcester dont l'évêque et le doyen étaient d'anciens exilés. Des prédicateurs officiels dénonçaient les quelques vêtements sacerdotaux qui subsistaient encore. Les puritains présentèrent à l'assemblée du clergé de 1563 une série de réformes qui, si elles avaient été adoptées, auraient introduit en Angleterre ces offices nus et tristes qu'ils admiraient à Genève. Ils furent battus d'une voix seulement.*
Ce résultat alarma le gouvernement. Les exilés avaient jusque-là joui de la plus grande liberté. Ils devenaient dangereux et on commença de sévir, très doucement, contre ceux qui formaient l'extrême gauche du parti. Ils avaient pour chefs lesévèques Pilkington. Grindal et Parkhurst. Ces deux derniers favorisaient ouvertement les partisans de Genève. Parkhurst. évoque de Norwich, ne pouvait pas tolérer le surplis. Le culte pour eux et ces amis devait céder la place à la prédication beaucoup plus essentielle. En septembre 1563, Ilumphrey, président de Magdalcn Collège, à
Oxford, demanda à Bullinger, alors à Zurich, si le bonnet carré et le surplis, si intimement liés aux superstitions romaines, pouvaient être conservés. Bullinger avait déjà répondu négativement à la même question. L'année suivante, Humphrey et un autre exilé, Sampson, doyen de Christ Church, eurent une longue discussion à ce sujet avec les évoques. Ils ajoutèrent aux raisons déjà exposées par eux qu'il n'était pas bon que le clergé se distinguât des laïques par les vêtements. Le porle-parole des évêques, Guest, en arriva à recommander la robe et le manteau parce que les avocats les portent aussi, le bonnet parce que les personnes en deuil en ont de semblables, et le surplis parce que les concierges en font aussi usage. La conférence n'aboutit à rien1, mais elle avait mis en évidence deux principes fondamentaux des puritains : tout ce qui touche au culte public doit avoir un fondement dans l'Écriture; les ornements et vêtements ecclésiastiques, parce qu'ils sont employés par l'Église romaine, sont superstitieux, idolâtriquesr antichrétiens.
Le 25 janvier 1565 parut une ordonnance œuvre célèbre de Cécil et Parker. La reine s'y plaignit des évêques qui ne veillaient pas à l'unité du culte et de la doctrine ; elle leur ordonnait de faire une enquête sur ces divergences, d'en punir les auteurs et de n'admettre désormais aux ordres que des hommes sûrs. L'enquête prescrite était achevée en février. Elle révéla une grande diversité dans les rites et cérémonies du nouveau culte. Le service anglican était accompli tantôt dans le chœur, parfois en chaire et ailleurs, au pupitre, avec ou sans surplis. Pour la communion on employait la chape ou le surplis, et quelquefois ni