‹ Les origines du schisme anglican, 1509-1571Chapitre 226 sur 253 · R. W. H. Frère, The English Church..., p · texte numérisé non relu

R. W. H. Frère, The English Church..., p

l'un ni l'autre. Le pain eucharistique était sans levain ou avec levain ; on le recevait à genoux, debout ou assis.

L'archevêque et quelques-uns de ses collègues, à la suite de cette enquête, rédigèrent quelques articles qu'ils demandèrent à la reine d'autoriser. Elle s'y refusa; Humphrey et Sampson reçurent une simple réprimande du conseil. Parker sévit contre eux de sa propre autorité. 11 menaça de les révoquer s'ils ne consentaient à porter la soutane et le bonnet carré hors de l'Église, le surplis et le camail à l'intérieur, et s'ils ne communiaient à genoux. Les champions des puritains refusèrent et furent révoqués. Gualter et Bullinger leur avaient conseillé la soumission.

Grindal réunit son clergé le 1er février 1566 et lui proposa de souscrire à une proposition moins exigente que celle de Parker; huit ecclésiastiques sur cent neuf refusèrent. Le primat insista vainement auprès de la reine pour obtenir une autorisation formelle pour ses articles. Il les transforma alors en un petit opuscule intitulé : Avertissements, et les présenta au clergé de la province de Cantorbéry. Le 26 mars, en présence d'une centaine de prêtres, un de ses amis, vêtu d'une soutane, d'un manteau et coiffé d'un chapeau carré à quatre cornes, se plaça sur une estrade, comme aurait fait un mannequin. Chaque ecclésiastique devait promettre de s'habiller ainsi et d'y ajouter, à l'église, un surplis, sous peine de suspense et de révocation au bout de trois mois. Trente-sept ministres refusèrent de souscrire, mais presque tous cédèrent quand ils virent que les évêques leur donnaient des successeurs. L'archevêque envoya à chacun de ses suffragants un exemplaire des Avertissements avec un récit de ce qui s'était passé à la réunion du 1er février. Puis, le petit volume, qui devait acquérir dans la suite une

autorité officielle fictive, fut publié. Le conseil, appuyant le primat, emprisonnait les ministres qui ne portaient pas le bonnet carré. Grindal lui-même obligeait ses chanoines à prendre le surplis et le eamail, parce qu'un de ses prébendes venait de provoquer un scandale en paraissant à la cour en veston et chapeau de fantaisie. La publication de plusieurs libelles écrits par des puritains poussa le conseil à agir plus énergiquement. Bullinger et Gualter engageaient de nouveau leurs amis à se soumettre plutôt que de s'exposer à être révoqués.

La question, au fond, était très grave; il ne s'agissait pas seulement de vêtements ou ornements sacerdotaux, mais d'une divergence fondamentale dans la conception du ministère ecclésiastique. Les puritains attachaient une importance très grande à la prédication, au détriment de la prière publique et du culte. Beaucoup parmi eux admettaient lui reconnaître un fondement dans l'existence de l'épiscopat dans l'Écriture. Ils voulaient rester dans l'Église d'Angleterre mais en travaillant à abolir l'épiscopat. Ils cherchaient à organiser d'une manière très différente les fonctions de ministre, et à installer un culte qui n'était pas celui institué par le Book of common prayer. Ces hommes restaient dans l'Église d'Angleterre, parce qu'il ne leur était pas encore possible de fonder un groupement indépendant. Mais, en fait, la séparation était commencée.

Les forces gouvernementales étaient tournées contre eux. Ils ne pouvaient pas adorer Dieu à leur manière, répandre leurs idées par la plume ou la parole. Vers le milieu de 1565, toutes les permissions de prêcher délivrées au nom de l'archevêque furent retirées. Les seuls prêtres qui soutenaient les doctrines religieuses officielles en eurent de nouvelles. C'était un coup

terrible pour les puritains aux yeux de qui la prédication était le centre même du culte. Ils recommencèrent, comme aux jours de la reine Marie, à se réunir en secret pour assister à des offices suivant le rite de Genève. Mais le gouvernement veillait. Le 19 juin 1567, une centaine de puritains furent surpris dans une salle qu'ils avaient louée sous un prétexte mensonger. On en retint une vingtaine ; quelques-uns furent rendus à la liberté, d'autres demeurèrent en prison. Au bout d'une année, Grindal obtint leur liberté, mais il fut obligé d'en faire arrêter de nouveau deux qui avaient recommencé à tenir des assemblées secrètes. Un homme de talent et de caractère, Thomas Cartwright, allait donner une importance plus grande encore au groupe des puritains.

7. — La bulle d'excommunication contre Elisabeth et la réponse du parlement anglais.

Pendant que les puritains croissaient en nombre et en influence, se préparant ainsi à quitter l'église officielle, la rupture définitive avec Rome se produisait en 1570. Pie V, avant même d'avoir appris l'échec de la révolte du nord, avait pris des mesures décisives. Le 5 février il fit ouvrir une information contre la reine Elisabeth. Le 12, une sentence papale excommunia la reine, délia ses sujets du serment de fidélité, condamna le Book of common praijer et le serment de suprématie. Le 25, la bulle Regnans Dei communiqua la sentence au monde chrétien. Elle fut apportée en Angleterre par un prêtre espagnol ; un gentilhomme catholique, Felton, 1'aflicha à la porte du palais de l'évêque de Londres. Dédaignant de s'échapper, il fut saisi et condamné à mort.

Au mois d'avril 1571 la reine fut obligée par ses

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