‹ Les origines du schisme anglican, 1509-1571Chapitre 227 sur 253 · LA BULLE D'EXCOMMUNICATION CONTRE ELISABETH · texte numérisé non relu

LA BULLE D'EXCOMMUNICATION CONTRE ELISABETH

besoins d'argent de réunir un parlement qui, comme les précédents, avait été nommé sous l'influence directe de la couronne. A la Chambre Haute, la majorité des pairs sympathisait avec Norfolk, à ce moment à la Tour, mais tous les évêques faisaient bloc pour le gouvernement. Les puritains avaient beaucoup de sympathie aux Communes. Le parlement vota une loi confisquant au profit de l'État les biens des catholiques qui quittaient l'Angleterre sans permission. L'acte contre ceux qui apporteraient des bulles de l'évêque de Rome et celui qui allongeait la liste des crimes de haute trahison complétèrent le système de défense contre le Saint-Siège !.

Ces terribles pénalités frappaient désormais les prêtres qui se réconciliaient à Rome et ceux qui étaient réconciliés, de même que ceux qui portaient des croix bénites, des gravures, des « Agnus Dei » venus de Rome et ceux qui les faisaient circuler. La loi avait un effet rétroactif. Cependant ceux qui livraient ces objets à l'évêque du diocèse dans un délai déterminé, pouvaient être admis de nouveau dans l'Église officielle. Ces lois provoquèrent, dans les dernières années du règne d'Elisabeth, la mort violente de près de 200 catholiques, prêtres et fidèles. Aux yeux de l'Église catholique ce sont des martyrs; le gouvernement prétendait les punir seulement comme traîtres.

Le parlement ne prit pas des mesures violentes contre les dissidents puritains. L'assemblée du clergé les combattit en fixant avec plus de précision les doctrines de l'Église officielle. Elle revisa les XXXIX articles de religion auxquels fut ajouté l'article XXIX supprimé en 1563. La profession de foi de l'Église an-

1. Statutes of the realm, 13, Elizabeth, t. IV, part. I, chap. i, n, m, p. 526 à 531.

glicane reçut l'approbation de la reine. L'épiscopat essaya également de gagner les puritains en leur faisant de nouvelles concessions dans les questions de discipline. Il ne réussit qu'à lui donner plus de force et à retarder la lutte inévitable entre les deux grands partis de l'Eglise nouvelle.

Ainsi, à la fin de Tannée 1571, l'Église anglicane avec les XXXIX articles de religion et le Book of common prayer, tous deux imposés par la double autorité de la Convocation et de la couronne, avait conquis une autonomie doctrinale qui la rendait moins dépendante des opinions calvinistes de Genève et de Zurick. Elle avait définitivement rompu avec les dissidents de droite, ces catholiques anglais attachés à Rome, qu'elle persécutera avec un acharnement inouï, pendant deux cent cinquante ans. La rupture entre la nouvelle Eglise officielle et les dissidents de gauche, ces puritains qui cherchaient leur inspiration à Genève, n'était pas encore accomplie. L'Eglise anglicane luttera péniblemement contre ce dernier parti, qui, avant de se séparer définitivement d'elle, réussira parfois à la dominer. Le récit de ces luttes intérieures de môme que celui du développement de la doctrine et de la discipline ne rentre pas dans le plan du présent ouvrage. Nous avons choisi de raconter l'histoire des origines du schisme anglican. En 1571, cette Église anglicane, séparée de Rome, a tous ses organes essentiels. Notre tache est achevée.

Lord Macaulay écrivait en 1832 ' : « L'histoire de la Réforme en Angleterre est remplie d'étranges problèmes. Le phénomène le plus remarquable et le plus extraordinaire qu'elle nous présente, c'est la gigantesque force du gouvernement en contraste avec la faiblesse des partis religieux. Pendant les douze ou treize années qui suivirent la mort de Henri VIII, la religion de l'Etat changea trois fois. Edouard établit le protestantisme; Marie restaura le catholicisme; Elisabeth rétablit le protestantisme. La foi de la nation semblait dépendre des préférences personnelles du souverain. Une Eglise officielle était naturellement, à cette époque, une Eglise persécutrice. Edouard persécuta les catholiques ; Marie persécuta les protestants ; Elisabeth persécuta de nouveau les catholiques. Le père de ces trois souverains s'était offert le plaisir de persécuter à la fois les deux sectes ; il avait envoyé à la mort, sur la même claie, l'hérétique qui niait la présence réelle et le traître qui niait la suprématie royale (sur l'Église). Il n'y eut, en Angleterre, rien qui puisse être comparé à cette iière et sanglante opposition que, en France, chacun des partis religieux offrit,

X.Edinburgh Review, Durîeigh and fus lime , t. LV. p. 279. avril 183-2.

à son tour, au gouvernement. Nous n'avons eu ni amiral de Coligny ni duc de Mayenne, ni bataille de Moncontour, ni combat d'Ivry. Nulle cité anglaise ne brava le fer et la famine avec le courage de La Rochelle, pour la défense des doctrines réformées ou avec l'ardeur de Paris pour la défense des doctrines catholiques. »

Il est bien vrai que la persécution brutale de Henri VIII, l'oppression odieuse et habile qu'Edouard VI et Elisabeth firent peser sur les catholiques, la persécution violente et maladroite de la reine Marie contre les réformés, ne provoquèrent pas la formation d'une de ces oppositions spontanées dont l'irrésistible puissance brise les desseins des gouvernements les plus forts. Catholiques et réformés plièrent en masse devant la tyrannie. Il faut noter, de plus, que les détenteurs des biens des monastères et de l'Eglise d'Angleterre livrèrent, avec une facilité déplorable, le dépôt dont ils avaient la garde. Mais sur ce dernier point, leur conduite n'est malheureusement pas un fait isolé. L'histoire de l'Eglise de France suffit à prouver que les détenteurs des biens de cette espèce ne les défendent pas contre les convoitises des politiciens avec l'acharnement qu'ils mettraient à protéger leurs propriétés privées.

Cela dit, il faut rendre hommage, du côté des catholiques, aux hommes d'élite qui voulurent, par leur mort volontaire, affirmer les droits sacrés de la conscience : ce sont quelques moines, en particulier, les chartreux de Londres, deux hommes de science et de caractère, Fisher et More, tous les évoques de la reine Marie. Fortifiés par les épreuves, ces derniers osèrent faire une opposition ouverte, dans le parlement et dans leurs diocèses respectifs, aux lois hérétiques des ministres d'Elisabeth; tous, sauf un, forcèrent le gouvernement à les déposer et à les jeter en prison. Ils méritent

aussi de n'être pas oubliés, ces admirables paysans des comtés de l'ouest, qui se levèrent pour la défense de leur foi, au commencement du règne d'Edouard, et ceux des comtés du nord qui, victimes une première fois de représailles sanglantes après leur soulèvement de 1537, essayèrent de nouveau, en 1569, de conquérir le droit de rester catholiques. Du côté des réformés, il n'y eut pas de soulèvement dans un but religieux ouvertement avoué, mais nous avons signalé, au cours du récit, l'attitude courageuse de quelques hommes dont la bonne foi a été admise par leurs juges eux-mêmes. La période comprise dans les limites de ce travail, laisse une triste impression de brutalité et d'égoïsme. L'aristocratie et la bourgeoisie se partagent les immenses dépouilles de l'Église et des monastères pendant qu'Henri VIII et Elisabeth ne songent qu'à pressurer leurs sujets afin de s'offrir des fêtes luxueuses. Les princes du continent, qui sont nécessairement mêlés aux conflits religieux dont souffre l'Angleterre, adoptent tous vis-à-vis de leur voisine, qu'ils s'appellent Charles- Quint, Philippe II, François Ier ou Henri II, une politique exclusivement guidée par leurs intérêts personnels. Quand une mesure plus particulièrement odieuse du tyran qui règne à Londres, l'exécution de Fisher, de More ou de la vieille comtesse de Salisbury, provoque un cri d'horreur à travers l'Europe, le pape élève la voix pour supplier les souverains, au nom de la vieille solidarité des nations chrétiennes, de prendre la défense des catholiques anglais. Les princes du continent, tout entiers à leurs rivalités, refusent de répondre à l'appel du Saint-Siège qui n'est plus l'arbitre accepté par toutes les puissances catholiques : leur neutralité bienveillante envers les souverains anglais et. parfois, les alliances contractées avec eux ont seules rendu possible la constitution de l'Église anglicane.

Celte Eglise, en dépit des opinions hérétiques que nous avons signalées dans son sein aux xivG et xve siècles, ne sort pas des entrailles de la nation. Elle doit son origine, non pas à des desseins longuement médités, mais au caprice d'Henri VIII pour une jeune fille irlandaise. Son organisation essentielle est surtout l'œuvre du parlement, des ministres d'Edouard VI, de Cécil, l'homme de confiance d'Elisabeth, et d'une poignée d'évêques choisis par ce dernier à cause de la haine qu'ils avaient vouée au Saint-Siège. L'Église d'Angleterre est avant tout une institution d'Etat. Que deviendra-t-elle quand le gouvernement anglais, rompant des liens qui paraissent peu naturels à bien des radicaux, lui aura enlevé ce caractère officiel dont elle tire de si nombreux avantages ?

Les XXXIX articles, acceptés en 1563, par le clergé et le parlement, comme un compromis entre les différentes tendances réformistes, ont cessé depuis longtemps d'être l'expression vraie de la doctrine de l'Eglise anglicane. Celle-ci ne conserve guère, au commencement du xxe siècle, de cette déclaration célèbre, qu'un certain nombre de principes qui sont la base commune à toutes les philosophies spiritualistes. Or la philosophie spiritualiste s'est montrée impuissante à satisfaire les âmes profondément religieuses pour lesquelles la foi surnaturelle est un besoin. L'Eglise d'Angleterre compte, avec beaucoup de nobles esprits et de dévouements désintéressés, un grand nombre de ces âmes; nous souhaitons qu'elles se souviennent, quand l'Etat aura retiré son patronage à leur Eglise, que Henri VIII et Elisabeth ont fondé le schisme contre la volonté de la majorité de la nation. Puisse ce souvenir les engagera étudier avec sympathie les doctrines, la vie et les œuvres catholiques, chez leurs amis du continent, ou, mieux encore, auprès de leurs compatriotes,

restés attachés au Saint-Siège et qui voient grandir chaque jour leur nombre et leur iniluence. Aucune nation n'a pris la place que leurs ancêtres ont occupée avec tant d'éclat dans la grande famille religieuse dont le centre est à Rome. L'Eglise catholique a besoin de l'esprit raisonnable et pratique, des fortes qualités morales de la race anglaise.

Articles adoptés d'un commun accord par les archevêques et évêques des deux provinces et tout le clergé, dans l'assemblée tenue à Londres en Tannée 1562, pour mettre fin aux divergences d'opinions et établir l'accord en ce qui concerne la vraie religion.

Déclaration de Sa Majesté (la reine Elisabeth).

Étant, par la volonté de Dieu, conformément à Notre titre même, Défenseur de la foi et Chef suprême de VÉglise dans les limites de nos États, Nous jugeons très conforme à Notre fonction royale et à Notre zèle religieux de conserver et de maintenir l'Église confiée à Notre charge dans l'unité de la vraie religion et le lien de la paix, de ne pas souffrir qu'il s'élève des discussions, des altercations et des débats inutiles, qui peuvent entretenir la discorde dans l'Église et dans l'État. Nous avons donc, après mûre délibération et après avoir pris l'avis d'un aussi grand nombre d'évêques qu'il a été possible d'en réunir, jugé convenable de faire la déclaration suivante :

Que les articles d'Angleterre (qui ont été approuvés et autorisés avant Nous et auxquels Notre clergé à, en général, souscrit) contiennent la vraie doctrine de l'Église d'Angleterre conforme à la parole de Dieu; c'est pourquoi Nous les ratifions et les confirmons, en demandant à Nos bien-aimés sujets de continuer de professer uniformément cette doctrine et en prohibant la moindre divergence d'avec les dits articles. A cette fin, Nous ordonnons de les réimprimer en y joignant la présente déclaration;

Que Nous sommes Chef suprême de l'Église d'Angleterre et que, si quelques différends s'élèvent sur la discipline extérieure en ce qui concerne les Injonctions, les Canons et autres Constitutions de quelque nature qui s'y rapportent, le clergé, dans

son assemblée, doit les régler el les arranger, après en avoir préalablement obtenu la permission sous le seing de Notre grand sceau; on veillera à ce qu'il ne se fasse rien de contraire aux lois et coutumes du pays ;

Que c'est avec Notre sollicitude royale que les ecclésiastiques peuvent accomplir leur œuvre; les évêques et le clergé, assemblés de temps à autre sur leur humble demande, auront la permission, sous Notre grand sceau, de délibérer et de faire toutes choses, qui, éclairées par eux et approuvées par Nous, intéressent la conservation de la doctrine et de la discipline de l'Église d'Angleterre actuellement établie; Nous ne supporterons pas qu'on s'éloigne ou qu'on s'écarte de ces articles, même au plus petit degré ;

Que présentement, bien que quelques divergences se soient malheureusement élevées, Nous Nous consolons en pensant que tous les ecclésiastiques de Notre royaume ont toujours souscrit très volontiers aux articles établis, ce qui est, pour Nous, une preuve qu'ils sont tous d'accord sur le sens vrai, ordinaire et littéral des dits articles, et que, même au sujet de ces points difficiles sur lesquels portent les difficultés présentes, des hommes de tous les partis interprètent les articles de l'Église d'Angleterre en leur faveur, ce qui Nous prouve encore qu'aucun d'eux n'entend abandonner en aucune façon les articles établis;

Que, par conséquent, en ce qui concerne ces divergences à la fois délicates et malheureuses, qui ont, depuis tant de siècles, en divers temps comme en divers lieux, éprouvé l'Église du Christ, Nous voulons que toute recherche subtile soit laissée de côté, et que ces discussions soient renfermées dan- Les promesses de Dieu, telles qu'elles sont expliquées dans les Saintes Écritures et par le sens général des articles de l'Église d'Angleterre conforme à ces promesses. Et qu'aucun homme désormais n'imprime ou ne prêche pour détourner l'article de son sens, mais que chacun se soumette à son sens clair et entier et qu'il ne prétende pas que son propre sens ou son commentaire soit le sens de l'article, mais il doit le prendre dans sa signification littérale et grammaticale ;

Que si quelque lecteur public, dans l'une ou l'autre de Nos universités, quelque directeur ou maître d'un collège ou quelque autre personne dans l'une ou l'autre de ces Universités attribue un sens nouveau à quelque article, explique publiquement, détermine ou soutient une discussion publique ou souffre que quelque chose de semblable se passe dans l'une ou l'autre de ces universités ou dans les collèges respectifs, ou si quelque théologien des universités prêche ou imprime quelque chose qui diffère de ce qui a déjà été établi dans

LES XXXIX ARTICLES DE RELIGION. m

l'Assemblée avec Noire royal consentement; ce ou ces coupables encourront Notre disgrâce et les censures de l'Église dans Notre Commission ecclésiastique, aussi bien que toute autre peine, et Nous veillerons à ce qu'ils subissent les peines qu'ils auront encourues.

/. De la foi en la sainte Trinité.

Il n'y a qu'un Dieu vivant et véritable, éternel, sans corps ni parties, sans passion, d'une puissance, d'une sagesse, d'une bonté infinies, Créateur et Conservateur de toutes choses visibles. Et dans l'unité de cette divinité il y a trois personnes d'une seule et môme substance, puissance et éternité : le Père, le Fils et le Saint-Esprit.

IL Du Verbe ou Fils de Dieu qui est devenu vrai homme.

Le Fils, qui est le Verbe du Père, engendré de toute éternité du Père, le Dieu vrai et éternel, et de la même substance que le Père, a pris la nature humaine dans le sein de la bienheureuse Vierge, et de sa substance même; de sorte que deux natures entières et parfaites, c'est-à-dire la divinité et l'humanité, furent jointes ensemble en une seule personne pour ne plus jamais se séparer; de là un seul Christ, vrai Dieu et vrai homme, qui a réellement souffert, a été crucifié, est mort, a été enseveli pour réconcilier son Père avec nous et être un sacrifice non seulement pour le péché originel, mais aussi pour les péchés actuels des hommes.

Page 1