‹ Les origines du schisme anglican, 1509-1571Chapitre 26 sur 253 · cité par James (Iaikdneu, The Engliàh church, p. ai · texte numérisé non relu

cité par James (Iaikdneu, The Engliàh church, p. ai

pris au hasard, ils sont si malicieusement disposés en faveur de l'hérésie qu'ils blâmeront et condamneront n'importe quel clerc, fût-il aussi innocent qu'Abel ».

Cesparoles signalent un état d'esprit hostile à l'Église, mais il faut se rappeler qu'elles furent écrites dans un moment où l'opinion publique était très excitée ; d'ailleurs le diocèse de Londres était de beaucoup le plus étendu et on avait déjà noté, parmi les commerçants, la tendance à déclamer contre les institutions religieuses et ecclésiastiques surtout quand ils étaient obligés de leur consentir quelques sacrifices d'argent. Les cas d'hérésie formelle sont très rares. Nous pouvons nous en rapporter, sur ce point, à Foxe, le panégyriste des martyrs protestants. Il a parcouru les registres épiscopaux, spécialement ceux des diocèses de Londres, de Cantorbéry et de Lincoln avec la préoccupation de trouver le plus de martyrs possible puisque son but avoué était de prouver que la religion du « vrai évangile » remontait loin dans le passé.

Or, dans l'espace de douze ans, de 1510 à 1522, on peut compter, en s'appuyant sur les recherches de Foxe, trente-neuf cas d'hérésie dans le diocèse de Londres. Aucun de ces accusés n'a persisté dans les erreurs qui lui étaient reprochées. Un seul était un homme supérieur, John Colet, l'ami de More et d'Erasme; les autres paraissent avoir été de petites gens, sans éducation et sans influence sociale. Deux furent brûlés. Le premier, James Brewster, était un charpentier de Colchester. En 1505, il avait été absous du crime d'hérésie par l'archevêque Warham et condamné à porter, sa vie durant, un fagot brodé sur la manche de sa veste. Il avait lu des livres défendus qui circulaient en manuscrits et parlé d'une façon inconvenante des pèlerinages, du culte des saints, des images et du sacrement de l'autel. Il fut saisi de nouveau en 1511. Le registre épiscopal

ne dit pas pourquoi. William Sweeting, son ami, avait fait tous les métiers : donneur d'eau bénite, gardien des troupeaux de la ville de Chelsea, et domestique du prieur du couvent de Saint-Osyth qu'il gagna à ses idées. On lui reprochait les mêmes erreurs qu'à Brewster ; il niait, de plus, la transsubstantiation. Absous une première fois et condamné à la môme peine que son ami, il fut, comme lui, saisi en 1511. Avant de monter sur le même bûcher, le 18 octobre de cette année, ils demandèrent à être réconciliés à l'Eglise.

Parmilestrente-septquifurentrenvoyésabsous après avoir rétracté leurs opinions et accepté une pénitence publique, Jeanne Baker était accusée d'avoir refusé d'honorer le crucifix, d'avoir dit que le pape n'avait pas le pouvoir de pardonner les péchés. William Pottier avait soutenu qu'il y avait six dieux et avait accompagné cette assertion de quelques remarques irrévérencieuses. D'autres avaient nié la transsubstantiation, le culte des images; l'un d'eux avait dit que l'église de Saint- Paul était une caverne de voleurs parce qu'on n'y était pas large pour les pauvres ; un autre avait trouvé que le clergé était trop riche; plusieurs estimaient qu'il y avait trop de fêtes.

Les gens arrêtés comme hérétiques, dans les autres diocèses, avaient répandu à peu près les mêmes opinions : Quelques hommes avaient mangé de la viande en carême, parlé contre le purgatoire, la prière pour les morts; d'autres avaient favorisé les Lollards et fait lire des écrits de Wyclyfî. Quelques-uns avaient parlé grossièrement de la sainte Vierge. Chose très remarquable, les attaques contre le pape étaient peu nombreuses : un ou deux seulement avaient soutenu que le pouvoir donné à saint Pierre n'a pas été transmis à ses successeurs.

En résumé, aux environs de l'année 1525, les héréti-

ques avoués formaient une quantité négligeable. C'étaient de petites gens, en qui persistait l'esprit des Lollards persécutés et traqués, qui s'incarnera plus tard dans les Puritains et les partisans du protecteur Cromwell.

Cet esprit avait traversé tout le xve siècle sous la forme d'une philosophie populaire très simple. Les Lollards pensaient que la Bible est l'unique source de toute la vérité nécessaire et ils étaient amenés à nier ou à détruire tout ce qu'ils ne croyaient pas trouver dans les Écritures dont le sens vrai est révélé aux humbles. Ainsi l'Église avec ses évêques et ses prêtres, spécialement formés à enseigner les fidèles, le culte des saints, celui de la Vierge devaient disparaître parce qu'ils n'en trouvaient pas trace, disaient-ils, dans la Bible.

Ce fut en 1526 que l'autorité ecclésiastique découvrit les premiers indices d'une propagande luthérienne en Angleterre. Il se forma, entre les années 1523 et 1525, deux petits noyaux de partisans de Luther aux universités d'Oxford et de Cambridge. Dans cette dernière ville, l'auberge du Cheval-Blanc avait reçu le surnom d'Allemagne, parce que cette maison, située sur les derrières de trois collèges, servait de centre de réunions clandestines à des jeunes gens gagnés aux idées du réformateur allemand. Le dimanche 24 décembre 1525, le docteur Barnes, prieur des frères augustins de Cambridge, qui prenait part à ces réunions, prêchait à Saint-André contre la fête de Noël du lendemain. Cet homme de trente ans appartenant au même ordre que Luther, avait étudié à Louvain et était depuis deux ans à l'université. Examiné par Wolsey, Gardiner et Fox, il fut sauvé de la Tour par la douceur des ces évêques. Vaincu dans une discussion théologique qu'il avait provoquée, il abjura

ses erreurs à Saint-Paul en compagnie de quatre marchands allemands.

La même année, les évêques apprirent qu'une traduction anglaise de la Bible, à tendances luthériennes, circulait secrètement dans le royaume. Elle était l'œuvre d'un prêtre, Guillaume Tyndale, ancien élève d'Oxford et de Cambridge, admirateur enthousiaste de Luther à qui il avait rendu visite à Wittemberg en 1524, accompagné de son secrétaire, Guillaume Roye, moine défroqué. Ces deux hommes, travaillant de concert, commencèrent l'impression de leur traduction, à Cologne. Chassés de cette ville, ils achevèrent d'imprimer à Worms deux éditions, tirées, chacune, à 3.000 exemplaires. Au mois de mai de l'année 1526, l'archevêque Warham avait fait acheter pour la somme de 1.670 francs tous les exemplaires qu'on put découvrir sur le sol anglais Un autre évêque, Tunstall, qui se trouvait en mission diplomatique à Anvers, agissait de même. Tous les exemplaires saisis furent jetés au feu. Le résultat ne fut pas celui qu'on espérait : l'auteur put faire paraître de nouvelles éditions avec l'argent provenant de ces achats faits au nom des autorités ecclésiastiques.

Les évêques n'étaient pas hostiles, par principe, à une traduction anglaise de la Bible. Ils avaient salué avec plaisir la version latine d'Érasme parce quelle était faite sans parti pris et accessible aux seuls savants. Il n'en était pas ainsi de l'œuvre de Tyndale dont le but évident était de déprécier, aux yeux du peuple, le sacerdoce et l'organisation de l'Eglise catholique. Par exemple les mots du texte sacré qui, en français, signifient « prêtres », « charité », « église », « faire pénitence » étaient remplacés par les mots « anciens », « amour », congrégation », « se repentir ».

En février 1528, un prêtre nommé Garret fut arrêté à Oxford sur un mandat secret de Wolsey. Il parvint à s'échapper sous un déguisement, mais fut saisi près de Bristol. 11 était arrivé à Noël de Tannée précédente et avait, depuis, vendu des livres luthériens. Il avait gagné quelques-uns des membres du Nouveau Collège fondé par Wolsey; les autorités en eurent la preuve par ce fait que plusieurs étudiants demandèrent, à Pâques, à être relevés de l'excommunication encourue. Garret avait vendu près de soixante ouvrages au prieur du monastère de Reading et il avait des complices à Londres, à Oxford, à Bury où un moine avait, dans un sermon prononcé le quatrième dimanche de carême, prodigué des encouragements aux hérétiques.

Garret rétracta ses erreurs et fut absous par son évêque. Nous ne connaissons pas, en 1528, d'autres infiltrations des doctrines luthériennes en Angleterre.

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