‹ Les origines du schisme anglican, 1509-1571Chapitre 28 sur 253 · Cal. of State papers, Spanish, t. III, part. II, n · texte numérisé non relu

Cal. of State papers, Spanish, t. III, part. II, n

liers envers le Saint-Siège. Le cardinal réussit à le dissuader de faire présenter une requête aussi saugrenue.

Alors Henri expédia à Rome un de ses agents, Knight, à l'insu de Wolsey. Le diplomate devait demander pour son maître la permission de se marier sans délai, quels que fussent les liens d'affinité qui l'unissaient à la femme de son choix, à la seule condition qu'elle ne fut pas déjà épouse d'un autre. Cette permission, le pape devait l'accorder avant l'annulation du mariage d'Henri avec Catherine. Si Knight ne réussissait pas à obtenir cette faveur, il devait exiger du pontife l'autorisation pour le roi de contracter un second mariage immédiatement après la dissolution du premier. Knight solliciterait encore une bulle par laquelle Clément VII déléguerait au cardinal Wolsey le pouvoir de prononcer une sentence définitive sur la validité du mariage des souverains anglais, sans être obligé d'en référer à Rome. Ces trois documents avaient été rédigés en Angleterre. Il n'y manquait que la signature du pape.

A son arrivée à Rome, l'envoyé anglais trouva le pontife assiégé dans le château Saint-Ange par les troupes espagnoles. Clément VII réussit à s'enfuir à Orvieto ; Knight l'y suivit et présenta les deux derniers documents dont il était porteur, de nouvelles instructions lui ayant prescrit d'abandonner le premier projet. Le pape pria le cardinal Pucci, canoniste éminent, de les examiner. Celui-ci en modifia habilement la rédaction afin de réserver au Saint-Siège le droit souverain de réformer la sentence que Wolsey était autorisé à porter. Knight ne s'aperçut pas que ces modifications enlevaient toute leur valeur aux documents.

Le roi au contraire se rendit compte que Knight n'avait rien obtenu et il fallut bien avouer au cardinal la

négociation menée à son insu1. Wolsey envoya des instructions à sir Gregory Casale, ambassadeur du roi à Rome. 11 devait demander une commission spéciale qui autoriserait le cardinal d'York à dissoudre, sans appel au Saint-Siège, le mariage d'Henri et de Catherine et une dispense qui lèverait tous les obstacles à l'union du roi et d'Anne Boleyn. La commission rédigée en Angleterre, comme la dispense, faisait dire au pape : Le roi ayant épousé la veuve de son frère en vertu d'une dispense accordée pour des motifs erronés, et la dispense obtenue d'une manière subreptice étant elle-même remplie d'erreurs, « nous désignons notre cher fils, le cardinal d'York... pour exercer notre autorité à notre place dans le jugement de cette cause. Nous désignons comme assesseur... N... en ordonnant que la sentence portée par Tun de vous, en l'absence de l'autre sera valide. Vous devrez procéder sommairement, en omettant la publicité et les formes ordinaires de la justice, à une enquête sur la validité de la dite dispense. Si séparément ou de concert, vous êtes convaincus de son invalidité, vous devrez prononcer que le mariage entre Henri et Catherine est nul, permettre aux parties de se séparer et de contracter une nouvelle union en repoussant toute récusation des juges et tout appel. De même, par notre autorité, nous vous autorisons à annuler tous défauts canoniques, à déclarer légitimes, si vous le jugez bon, les enfants du premier mariage. Tout ce qui sera fait par vous, dans cette affaire avec ou sans les formes juridiques, nous le ratifions et le confirmons de la façon la plus complète, en nous interdisant de révoquer vos actes ».

Le Saint-Siège n'avait probablement jamais reçu

1. Consulter sur la mission Knight, Lettcrs and papers, Henry VIII, t. IV, nos 3140, 3604, 3749, 3918..., elc. -2. Le t ter s and papers, Henry VIII, t. IV, n° 3694.

une requête aussi extravagante et aussi injurieuse. En affirmant la non-validité de la dispense accordée par Jules II, elle préjugeait la cause que Wolsey était autorisé à juger. Or ce dernier, sujet du principal intéressé, le roi d'Angleterre, n'était ni libre ni impartial. Comme ministre il avait déjà vivement sollicité Clément VII de prononcer une sentence favorable à son maître. Le cardinal Pucci* n'exagérait pas quand il représentait au pape que le fait de signer un pareil document serait une honte éternelle pour le Saint- Siège et le roi d'Angleterre. Au moyen de quelques retouches habiles, il fit subir au document des modifications analogues à celles qu'il avait opérées dans le texte confié à Knight. Clément VII signa la bulle, les larmes aux yeux, le 3 décembre 1527. Quelques jours après, il apposa sa signature au bas de la dispense que Casale avait demandée en même temps que la commission.

Quand la commission arriva en Angleterre, le roi et son ministre envisageaient la question du divorce à un point de vue nouveau : ils désiraient qu'un légat du pape eût le premier rôle dans cette affaire afin de donner à la sentence une autorité qu'elle n'aurait pas, aux yeux de la foule, si cette sentence était prononcée par Wolsey seul.

En février 1528 Wolsey expédia de nouveaux agents, Gardiner et Foxe, deux futurs évêques, auprès de Clément VII qui se trouvait toujours à Orvieto. Les instructions2 dont ils étaient porteurs leur ordonnaient de demander au pape une bulle ou décrétale, qui, dans l'affaire du divorce, établirait la question de droit dans an sens favorable aux prétentions d'Henri VIII. Les légats qui viendraient en Angleterre n'auraient qu'à

i. Ou de Sanii nuattro. boo titre cardinalice.

Page 1