‹ Les origines du schisme anglican, 1509-1571Chapitre 31 sur 253 · Ibid.. nos · texte numérisé non relu

Ibid.. nos

mer. Ne recevant pas de réponse, elle demanda que son procès fût jugé à Rome par le pape suivant l'usage consacré dans les causes entre prinoes et en appela formellement au Saint-Siège. Les légats, sans tenir compte delaprotestation delareine. se déclarèrent compétents. Le 28, Fisher ] confesseur de Catherine fit, en faveur de la légitimité de l'union royale, un discours qui produisit une impression profonde. Il avait étudié la question pendant deux années et se déclara prêt à donner sa vie pour son opinion. Il ne croyait pas faire une prophétie, mais, à partir de ce jour, la haine du roi ne cessa de le poursuivre ainsi que Standish, évêque de Saint- Asaphet le Dr Ligham, doyen du tribunal des Arches, qui avaient appuyé sa thèse.

Le légat montra la décrétale à Henri et à Wolsey, mais sans consentir à s'en séparer ni même à en communiquer la substance au conseil royal. Un document destiné à rester secret n'avait pas grande valeur et le pape pouvait ne pas se croire engagé par une pièce de ce genre. Henri fit demander par Casale la remise de la décrétale. Cette fois, Clément VII refusa obtinément et renouvela l'ordre à Campeggio de supprimer aussitôt un document aussi compromettant. Il donnerait, disait-il, un doigt de sa main pour ne l'avoir pas signé.

Campeggio était à bout de ressources ; le roi brusquait l'affaire et le représentant du pape ne trouvait plus de prétexte légal pour arrêter la marche du procès. Le cardinal ne savait plus où donner de la tête 3. Il avait bien essayé d'une maladie à moitié diplomatique : il est étendu dans son lit « avec sept points de goutte », mais quinze docteurs, armés d'énormes volumes, crient,

1. Letten (nul papers, Henry Y III, t- IV, n° :>7;>-2. i. Burket, CoHeetaneOt lri partie, liv. H, n° xvin. 3. Letters and paper»% Henry VIIL t. iv (Introduction), appendix, l>. dclxx, dépêche chiffrée du -2\ juin, à salviati.

gesticulent autour de lui, cherchant à le convaincre de la nullité du mariage : « Je comprends bien, ajoutet — il, que Sa Sainteté désire que nous ne prononcions pas la sentence et que je fasse traîner l'affaire le plus longtemps possible, mais on ne m'accorde plus les délais que je demande quand ils ne sont pas évidemment exigés par la cause. »

Campeggio, enfin convaincu de la justice de la cause de Catherine, avait écrit le 13 juillet : « Quand je prononcerai la sentence j'aurai devant mes yeux Dieu et l'honneur du Saint-Siège. » Mais il saisit la première occasion qui se présenta pour suspendre le procès j. L'époque était venue où, toutes les affaires cessant, les membres des congrégations romaines fuient la Ville Éternelle et son soleil de feu ; le cardinal déclara qu'il voulait prendre ses vacances comme à Rome. Le tribunal fut prorogé, le 23 juillet 1529.

Personne ne pensait qu'il se réunirait de nouveau. Le procès était vraiment perdu pour le roi, depuis le jour où Catherine avait présenté aux deux légats une copie certifiéeconforme,dubrefadresséàsamèreparJulesII2. Ce bref accordé, on s'en souvient, dans l'hypothèse d'un mariage consommé entre Arthur et Catherine, enlevait réellement toute objection sérieuse contre cette union. Henri le sentit bien; après avoir essayé de nier l'authenticité du bref, sans parvenir à convaincre Campeggio, il demanda au pape de déclarer que le document n'était pas authentique. Sur le refus de Clément VII, il tenta de s'en emparer afin de le détruire. Sa femme fut contrainte de demander à l'empereur de lui expédier cette pièce. Heureusement, le courrier porteur de la lettre, dès qu'il fut sur une terre espagnole, avertit l'em-

1, Lettcrs and papers, Henry VIII, t. IV, n° 5775.

2. L'original est aux archives de Vienne, P. E. 228, IV, n° 1.

pereur que les intentions de sa maîtresse étaient toutes différentes. Le 13 juillet 1529, Clément VII, qui regrettait amèrement les concessions excessives consenties au roi d'Angleterre, annula la commission octroyée aux légats et décida que le procès serait instruit à Rome.

Pendant tout le temps que le tribunal des légats avait siégé à Londres, le peuple avait été très favorable à Catherine; elle était acclamée dès qu'elle paraissait dans les rues; Campeggio était sifflé parce qu'on croyait qu'il était venu dans le dessein de commettre une injustice au détriment de la reine. Celle-ci était dans une détresse profonde qui aurait suffi à abattre une femme moins énergique. Elle était visitée à chaque instant par des délégations de la cour qui venaient lui reprocher de s'opposer aux vœux de son mari. Henri la traitait d'une façon indigne et la faisait surveiller de très près par ses espions.

2. — Chute de Wolsey; entrée en scène de Cranmer et de Cromwell.

L'entourage du roi accueillit avec un véritable soulagement la conclusion de l'instruction confiée aux deux légats ; tout le monde espérait que cette terrible affaire était finie; le roi paraissait avoir renoncé à son divorce et se préoccupait d'arrêter, par l'intermédiaire de Campeggio, les effets de l'appel à Rome, fait par la reine. Mais, au mois d'août, Henri accompagné de Gardiner et de Foxe, ses plus ardents défenseurs dans l'affaire du divorce, s'arrêta au cours d'un voyage à l'abbaye de Waltham. Les deux chapelains royaux furent logés dans la môme maison qu'un certain Thomas Cranmer, prêtre répétiteur à l'université de Cambridge; la peste F avait chassé de cette ville et il s'était réfugié dans la famille de deux de ses élèves. Foxe et

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