‹ Les origines du schisme anglican, 1509-1571Chapitre 38 sur 253 · HENRI VIII PROTEGE LES HÉRÉTIQUES · texte numérisé non relu

HENRI VIII PROTEGE LES HÉRÉTIQUES

du roi à son égard. Le mourant lui répondit l : « Bien, bien, maître Kingston, je vois ce qu'on a machiné contre moi; mais si j'avais servi Dieu avec autant de zèle que le roi, Il ne m'aurait pas, Lui, abandonné dans ma vieillesse. »

3. — Henri VIII fait recueillir, dans les universités, les opinions favorables à son divorce et protège secrètement les hérétiques.

La disgrâce de Wolsey modifia complètement et très vite la politique du roi. Le cardinal était un homme d'État de premier ordre qui avait longtemps imposé ses idées à son souverain. Les ministres qui lui succéderont seront aussi puissants qu'il l'avait été, mais l'unique manière de plaire au roi sera de montrer la plus abjecte servilité avec un manque complet de scrupules dans le choix des moyens à employer pour atteindre le but proposé. Le duc de Norfolk, qui fut un instant tout-puissant après la chute du cardinal, était suffisamment servile, mais Cromwell l'était encore davantage et c'est lui qui devint l'instrument du roi. Il semble que les grandes lignes de la politique nouvelle furent arrêtées dès les derniers jours de l'année 1529. Elle consista à retarder par tous les moyens, la sentence du pape dans l'affaire du divorce jusqu'au moment où, après avoir séparé en fait, par une série de mesures législatives, l'Eglise d'Angleterre du Saint-Siège, il fut possible au roi de renvoyer sa femme et d'épouser publiquement Anne, en se passant du pape et sans s'exposer à une guerre avec Charles-Quint, neveu de Catherine.

Le premier moyen qu'on employa pour faire retarder la sentence du pape, fut d'acheter les opinions des universités en faveur du divorce. L'opération commença au début de 1530 et on la fit traîner jusqu'à la

•1. Cavendisii, ibid., p. 320.

fin de l'année. Gardiner et Foxe, anciens élèves de Cambridge, se chargèrent de l'affaire dans cette université. Le premier, aidé du vice-chancelier, fit jeter à la porte de la salle où les docteurs étaient réunis les deux opposants les plus énergiques; ceux qui restaient donnèrent un avis favorable au roi. Oxford suivit cet exemple après quelques menaces faites au nom du souverain.

En Allemagne, catholiques et Luthériens tenaient pour la validité du mariage. En France, la Sorbonne, consultée, s'était abstenue d'émettre une opinion, mais les facultés de théologie de Poitiers { et d'Angers en avaient reconnu la validité. Si les autres universités françaises suivaient cet exemple, la cause de Henri était discréditée. Le gouvernement anglais devint subitement très aimable à l'égard de la France ; François Ier répondit à ses avances. Les théologiens de Sorbonne, rudement malmenés par ses ministres, déclarèrent, irrégulièrement d'ailleurs, la nullité du mariage de Catherine. Quarante-trois docteurs avaient protesté contre cette déclaration, mais elle ne put être retirée, les registres ayant été emportés 3; les facultés d'Orléans, d'Angers, de Bourges, de Toulouse, stimulées par les mômes moyens, donnèrent des consultations semblables. Les agents de la France en Italie avaient reçu Tordre d'appuyer les démarches qu'un envoyé

1. Opinion de Poitiers, 23 avril 1530; Arch. Vienne, P. C. 2, f. -2:;.

-2. Voir sur cette question intéressant la France :

1° Rtmer, Fœdera : opinion de la faculté de théologie de Pan'*, t. VI, pp. 156, 156L 157, et de plusieurs autres facultés, entre autres, Bourges et Toulouse.

2" Noms des docteurs favorables à la reine. Arch. Vienne, I». C. 22<; -2, f. 28.

3° Letters and papers, Henry VIII, t. IV, p. 2903, Lettre de François i(r au président de Paris, 17 juin 1530.

\° Guillaume du Bellay à A» de Montmorency, 12 juin, s juillet, 15 et IX août 1530: Bibl. Nationale, Man. français, 3020, f. 113:3080, f. 153; 3019, f. 91 et 99.

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