‹ Les origines du schisme anglican, 1509-1571Chapitre 47 sur 253 · Wilkins, Concilia, t. III. i». 717 et suiv · texte numérisé non relu

Wilkins, Concilia, t. III. i». 717 et suiv

HENRI VIII CHEF SUPREME Diï L'ÉGLISE. 77

formation contre tout le clergé anglais, coupable d'avoir, contrairement à une vieille loi tombée en désuétude, accepté comme légitime l'autorité du légat du pape, Wolsey. L'accusation était très grave et entraînait la confiscation de tous les biens de l'Église d'Angleterre. Elle était d'une injustice vraiment monstrueuse. Personne ne comprenait rien à ce vieux document; le roi l'amplifiait et le commentait à son gré. y faisait entrer tout ce qu'il lui plaisait. D'ailleurs tous les Anglais ayant reconnu l'autorité du légat, le roi lui-même tombait avec tous ses sujets sous les statuts du « preemunire », puisqu'il avait officiellement accepté la mission de Wolsey, en lui ordonnant d'examiner, en qualité de légat, son mariage avec Catherine ; et, cependant, les ecclésiastiques seuls étaient poursuivis.

Le clergé avait, sur le terrain de la légalité, d'excellents moyens de se défendre, mais, obéissant à des suggestions venues de la cour, il offrit de payer une amende énorme pour la faute qu'il n'avait pas commise. Il s'imposa de 40.000 livres sterling. Le roi en exigea 100.000 *. Cette somme fut votée sous la forme d'un subside ; il n'était pas fait la moindre allusion à la véritable raison de ce « don gracieux ». Dans l'adresse qui accompagnait le don, les députés trahissaient leur faiblesse en épuisant à l'égard du roi le langage de la flatterie.

Henri ne leur en sut aucun gré. L'adresse avait été votée le 21 janvier 15'>2 ; le 7 février, un membre du conseil privé vint signifier aux deux chambres ecclésiastiques que le don serait accepté et le pardon accordé après que le clergé aurait signé les cinq articles dont voici la substance :

1, Rymer, Fœdera, t. VI, part. II, p. 163, donne en entier l'ordonnance royale qui règle le paiement de cette énorme contribution.

1° Le roi sera déclaré « seul protecteur et chef suprême de l'Église et du clergé d'Angleterre »;

2° Le soin des âmes sera confié à Sa Majesté:

3° Le roi défendra uniquement les privilèges et les libertés de l'Eglise qui ne dérogent pas à son royal pouvoir et aux lois du royaume;

4° Le pardon général des délits, accordé à tous les Anglais au commencement de la session du parlement, sera étendu au clergé (celui-ci avait voulu éviter de reconnaître qu'il avait manqué aux statuts dupnemunire):

5° Les laïques qui allaient, durant les cinq ans que devait durer la perception du don en question, prendre l'administration des biens ecclésiastiques, supporteraient leur part de cette charge.

Le clergé était affolé par ces attaques brutales. Une dépêche que Chappuys, ambassadeur d'Espagne, envoyait à son souverain, à la date du 23 janvier \ nous donne à ce sujet de curieux détails. Il avait été convenu entre l'ambassadeur et le nonce du Pape que celui-ci se rendrait à l'assemblée ecclésiastique, pour « l'exhorter à soutenir l'honneur, les immunités et l'autorité de l'Eglise... Quand le nonce entra dans la salle où les ecclésiastiques étaient rassemblés, ils furent si étonnés et si déconcertés, que sans lui donner le temps de faire sa commission, ils le prièrent et le supplièrent, pour l'amour de Dieu, de les laisser en paix : car ils n'avaient pas la permission du roi de communiquer avec lui ». Ils étaient persuadés que le prélat venait promulguer la sentence déclarant valide le mariage du roi et de Catherine.

Le clergé accepta sans discussion l'article 5; les envoyés du roi refusèrent de tenir compte de ce vote avant que l'article 1er, le plus important de tous, n'eu!

l. Cal* of v t, Spanish, t. IV, part. II, n° 613.

été admis. La délibération sur ce point prit trois séances. En présence des répugnances des prélats, le roi proposa d'ajouter à la rédaction primitive : le roi sera déclaré « chef suprême de l'Église d'Angleterre », les mots : « après Dieu » ; et déclara que le texte présenté par lui était définitif. La discussion, pourtant, reprit, au sein de l'assemblée. Fischer présenta à ses collègues une nouvelle formule : « Nous reconnaissons que Sa Majesté est le protecteur particulier, le seul et suprême seigneur; et, autant que la loi du Christ le permet, le chef suprême de l'Église et du clergé d'Angleterre ». Le 11 février, Warham lut ce texte à ses collègues et sollicita leur avis. Tous les députés gardèrent le silence. L'archevêque, après quelques minutes d'attente, dit ces seuls mots : « Qui ne dit rien consent. » — « Alors, dit une voix, nous sommes tous silencieux. »

Les articles 2 et 5 furent adoptés sans changement notable; l'article 3 fut profondément modifié. Le roi avait obtenu l'essentiel et il permit au clergé d'exprimer sa confiance que « le Défenseur de la foi manifesterait son zèle contre toutes les attaques dirigées contre l'Eglise * ». Dans l'article 4, il n'était plus fait allusion à la précédente session du parlement; les laïques restaientexposés auxconséquences pénales ànprœmunire. Grand émoi parmi les Lords et les députés des Communes, qui vinrent très humblement supplier le roi de pardonnera ses fidèles sujets d'avoir reconnu l'autorité du légat.

L'ambassadeur d'Espagne va nous apprendre ce qu'on pensait, à Londres, de ces résolutions. Le 14 février 1531, il écrit à son souverain2 : « L'affaire qui vient d'être traitée au détriment du pape est que le

1. Statutes of the realm, 2-2, Henry VIII, cliap. xv, pp. 335-38. . Cal. of State papers, Spanish, t. IV, part. II, n° 635.

clergé a été obligé d'accepter le roi comme chef de l'Église : ce qui, en fait, est la même chose que s'il avait été déclaré pape de l'Angleterre. 11 est vrai que le clergé a ajouté à cette déclaration qu'il acceptait ce titre dans la mesure seulement où la loi de Dieu le permettait. Mais, en ce qui concerne le roi, cela est exactement comme s'il n'avait fait aucune réserve, car personne n'osera désormais contester avec le roi sur l'étendue decette réserve... La reineest très étonnée de ce que le roi ne recule pas devant de pareilles énormités.» Le 21 février, Chappuys écrit à Charles-Quint1 : « Anne Boleyn et son père sont la principale cause de laproclamation de la souveraineté du roi sur l'Eglise. Ce dernier, parlant de cette affaire à l'évêque de liochester, est allé jusqu'à dire qu'il se faisait fort de prouver, par l'autorité des Écritures, que, quand Dieu a quitté ce monde, il n'a laissé ni successeur, ni vicaire.. . Il n'y a personne qui ne blâme cette usurpation, excepté ceux qui en ont été les promoteurs. Le chancelier (Thomas More) en est si mortifié, qu'il désire par-dessus tout, donner sa démission. L'évêque de Rochester en est très malade de désappointement. Il a résisté autant qu'il a pu; mais, comme on a menacé de le jeter dans le fleuve, lui et ses adhérents, il a été forcé de consentir à la volonté du roi. Et on peut tenir pour certain, puisque les prélats n'ont pas osé résister à la volonté royale, et ont ainsi détruit l'autorité du pape , que si on leur ordonne de poursuivre l'affaire du divorce, ils feront ce qui leur sera ordonné. Ils sont nombreux ceux qui désapprouvent cette affaire, non par zèle pour l'Église, mais simplement parce qu'ils craignent que le pape ne déclare le roi schismatique et ne le prive du royaume qui es( tributaire du Saint-Siège. »

\. Cal, "/ State papers, Spanish,t. iv. part II, n- 6

HENRI VIII CHEF SUPRÊME l)K L'ÉGLISE. 81

L'assemblée de la province d'York avait voté 18.840 livres. Cependant plusieurs évoques du nord avaient publiquement protesté contre l'article 1er. Henri se montra très conciliant et leur expliqua qu'il ne voulait pas s'ingérer dans les fonctions sacerdotales. Au nonce, il déclarait que « cette nouvelle papauté » , pour employer les expressions de l'envoyé espagnol, ne visait pas à diminuer l'autorité du pape, « pourvu que Sa Sainteté traitât le roi convenablement », c'est-à-dire prononçât le divorce en sa faveur. C'étaient là de vaines paroles ; deux faits rapportés par Chappuys nous montrent les secrets desseins de cette âme tortueuse. Un prêtre, soupçonné d'être partisan de Luther, en avait appelé de l'archevêque de Cantorbéry au roi. Celui-ci prit le papier qui contenait la liste des hérésies dont cet ecclésiastique était accusé. On y lisait, en particulier : « Le pape n'est pas le chef de l'Eglise chrétienne. » Cet article, dit Henri, ne doit pas être compté parmi les hérésies, il est tout à fait certain et vrai. Et il fit acquitter l'accusé.

Le 29 avril 3, le même ambassadeur signale un autre fait très caractéristique : « Comme confirmation de ce que je vous ai écrit que le roi réclame la souveraineté sur son clergé, je puis mentionner qu'un bon prêtre, prêchant devant le roi et faisant allusion à l'histoire de Constantin qui refusa de juger une dispute entre deux évêques parce que cela n'appartient pas à un prince séculier, le roi perdit patience et, ouvrant la fenêtre de son oratoire, dit au prédicateur de continuer et de ne pas raconter des mensonges. » Le prêtre lui ayant respectueusement représenté que ce qu'il disait était la vérité, « le roi lui tourna le dos et s'en alla vexé ».

A Rome, on était très inquiet. Un agent de Charles-

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