PREMIERE SENTENCE DU PAPE
d'Avignon. Après son départ, l'ambassadeur de France auprès d'Henri VIII envoyait la dépêche suivante : « Quand Monsieur de Paris a quitté l'Angleterre, l'arrangement que le roi a conclu avec lui était que si le pape kii accordait ses demandes avant Pâques, sans aucun autre procès, il ne rejetterait pas l'obédience du siège de Rome, mais que s'il n'avait pas ladite sentence avant l'expiration de ce terme, il se déclarerait ouvertement. Maintenant, par votre médiation, il est heureux d'envoyer un excusateur (sorte de représentant officieux, sans pouvoirs précis) sans vouloir l'accréditer officiellement par crainte de paraître se lier à la juridiction du pape et renoncer à celle de Cantorbéry dans laquelle est placée toute leur espérance, car c'est sous cette juridiction que le mariage a eu lieu. Cependant, il fera siéger le parlement jusqu'à Pâques afin de retarder la publication de ladite séparation, et il pense qu'il a fait de grandes concessions par égard pour vous... Je ne crois pas qu'il soit possible de l'amener à d'autres propositions, et je conseillerais au pape, s'il ne veut pas perdre l'Angleterre, d'adopter quelque autre expédient. J'écris franchement afin que vous puissiez montrer au pape que les choses sont ici dans un état très dangereux ; je ne vois aucune espérance, à moins que le pape n'use, en cette affaire, de miséricorde plutôt que de justice. C'est le seul moyen de ressaisir un roi et un pays qui sont sur le point d'être perdus et de devenir ses adversaires pour toujours ' . »
Du Bellay arriva à Rome le 2 février 1534 et représenta fortement au pape et au consistoire les dangers que le schisme de l'Angleterre allait faire courir à la chrétienté. Il proposa à Clément de remettre l'affaire du divorce à des délégués qui se réuniraient à Cambrai.
1. Bibliothèque nationale, manuscrits français, 5199, f. 197. Castillon à François Ier, 16 mars 1534, Nous citons le texte modernisé.
Le pontife parut bien disposé et demanda le temps de réfléchir. Le 8 février, l'évêque, écrivant à François Ier, se montrait plein d'espérance ; il priait qu'on préparât tout en vue du procès qui allait s'ouvrir à Cambrai. Il demanda à Castillon ' , qui avait remplacé Dinteville à Londres, de faire prolonger le délai accordé par Henri. Du Bellay était enchanté ; toute sa correspondance des mois de février et de mars montre qu'il n'avait aucun doute sur le succès de ses négociations.
3. — Les dernières lois qui ont créé le schisme et la sentence définitive du pape.
A cette époque, où la diplomatie n'était guère que mensonges et fourberies, Henri VIII ne tint pas la promesse faite au négociateur français de ne rien entreprendre contre le Saint-Siège pendant que Du Bellay négocierait à Rome. C'était l'affaire du pape d'annuler la sentence du 11 juillet et d'approuver les actes de Cranmer; quant à lui, il prépara tout en vue dune rupture définitive.
Le parlement se réunit le 15 janvier 1534. Pendant toute la session, des prédicateurs en renom prêchaient chaque dimanche à Saint-Paul contre l'autorité du pape. A la Chambre Haute le tiers seulement des lords spirituels étaient présents : 14 abbés sur 26, 7 évoques sur 22. Chappuys a caractérisé l'état d'esprit de l'opposition dans un rapporta l'empereur, du 29 janvier 1534 2.
« Beaucoup des membres du parlement, écrit-il, m'ont dit qu'ils résisteraient si l'empereur les soutenait, et ils seraient suivis par les bons chrétiens... Le roi a prié les opposants de rester chez eux ; parmi eux, les évoques de Durham, Rochester et beaucoup d'autres. » 11 ajoutait le 7 mars : « Beaucoup du parti con-