‹ Les origines du schisme anglican, 1509-1571Chapitre 64 sur 253 · SENTENCE DEFINITIVE DU PAPE · texte numérisé non relu

SENTENCE DEFINITIVE DU PAPE

ner les anciennes lois ecclésiastiques. Les appels des archevêques, des abbés ou supérieurs de monastères seraient à l'avenir portés devant la chancellerie royale. Cotte dernière loi créa une grande incertitude. La commission des trente-deux n'ayant jamais été nommée, les évêques ne savaient quels canons ecclésiastiques il leur était permis d'appliquer. Pratiquement, ils demandèrent au roi la permission de remplir leurs fonctions.

Le 30 mars, après dîner, Henri VIII donna son approbation à toutes les lois que nous venons d'indiquer, à l'exception de celle qui défendit l'envoi du dernier de Saint-Pierre, qu'il signa plus tard. A la lin de cette journée, on peut dire que le schisme était accompli.

Pendant ce temps Rome avait pris, elle aussi, des mesures graves. Le consistoire qui examinait l'affaire du divorce s'était ouvert le 23 mars à dix heures du matin. Du Bellay, de plus en plus optimiste, n'attendait pas, ce jour-là, un résultat définitif. A partir de midi, la curiosité, puis l'émotion, s'emparèrent de tous ceux qui suivaient cette grave affaire. Les cardinaux avaient laissé passer l'heure du déjeuner et continuaient leur délibération dans le huis clos le plus strict. A cinq heures, les portes s'ouvrirent et on apprit qu'ils avaient rendu la sentence. Le cardinal Trivulzio, ami de la France, avait proposé, au début, que le prononcé du jugement fût ajourné. Les cardinaux Pisani et Ridolfi avaient seuls voté sa motion qui avait été repoussée par dix-neuf suffrages. On avait discuté sur le fond delà question, et les vingtdeux éminences présentes avaient déclaré valide l'union de Catherine et d'Henri VIII.

Ce résultat imprévu plongea Du Bellay dans la plus profonde stupéfaction. Il se demanda vainement qui l'avait trahi, et, dans l'impossibilité où il se trouvait

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de comprendre l'attitude des cardinaux amis de la France, il finit par s'imaginer que le jugement avait été rendu avec l'assentiment de son maître, et que ïrivulzio avait obéi à des instructions inconnues de lui.

L'explication était plus simple, mais le négociateur ne pouvait la soupçonner à cette date. Quand les cardinaux avaient rendu, le 11 juillet, la sentence d'excommunication contre Henri, Anne et Cranmer, ils avaient examiné si le pape pouvait permettre le mariage avec la veuve d'un frère défunt. La question avait été résolue affirmativement. Et c'était là le point capital dans l'affaire du divorce. Cette solution ne laissait aucun fondement à la thèse du roi d'Angleterre. Le secret de cette décision, rigoureusement gardé, avait été communiqué à Henri VIII et à Charles-Quint seulement : la sentence du 23 mars en était la promulgation officielle et publique. Cela expliquait toute la conduite du pape et celle du roi. Celui-ci, parce qu'il savait qu'une décision en sa faveur était impossible, refusait de reconnaître, en ces matières, l'autorité du Saint-Siège. S'il faisait pour la forme des concessions et des promesses à Du Bellay, c'était dans le seul dessein de ménager la France, dont l'alliance lui était plus que jamais nécessaire, en raison de la coalition possible contre lui de Charles-Quint et de Clément VIL Le pape n'était pas davantage libre, et s'il avait paru s'intéresser vivement aux projets de conciliation do l'évêque de Paris, c'était parce qu'il avait besoin de l'amitié de François Ier.

En somme, Du Bellay avait été trompé par les deux partis. Il ignorait le vote de juillet 1533. Pourtant, si sa confiance en lui-même avait été moins grande, il aurait pu soupçonner, à de certaines attitudes, ce que la situation avait d'insolite. Le Sacré-Collège comptait huit cardinaux français. Or, aucun d'eux ne se trouva

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