‹ Les origines du schisme anglican, 1509-1571Chapitre 68 sur 253 · Ibid., p. 19-2, formule du serment des religieux · texte numérisé non relu

Ibid., p. 19-2, formule du serment des religieux

3. Letters and papers, Henry VIII, t. VII, n° 587, pouvoirs des visiteurs; n° 98-2, manière dont ils t'ont les visites.

du dogme de l'infaillibilité du pape a fait pénétrer dans toutes les consciences catholiques la notion très claire de son autorité souveraine avec toutes les conséquences logiques qu'elle entraîne. De sorte que nos contemporains, s'ils étaient mis en demeure de choisir entre l'autorité du pape et les lois capricieuses d'un tyran, verraient très vite où est le devoir et l'honneur. Les catholiques anglais du temps de Henri VIII n'ont pas pu le voir avec la même clarté. Le prestige de la papauté et son autorité morale dans le monde d'alors avaient beaucoup souffert des scandales du grand schisme d'Occident et des exemples donnés par un pape indigne, comme Alexandre VI, ou un pontife mondain comme Léon X. Luther venait d'enlever une partie notable de l'Europe à l'obédience de Rome ; la juridiction du Saint-Siège était passionnément discutée et battue en brèche. Beaucoup d'Anglais ont prêté le serment en maudissant le roi ; d'autres, comme la fille de More, en ajoutant « autant que la loi de Dieu le permet ». Enfin des âmes, d'ailleurs droites et sincères, ont pu se laisser prendre aux formules habiles qui leur étaient présentées par les commissaires royaux. Parmi les sous-ordres de Ililsey et de Brown se trouvaient souvent des évèques. La seule présence de ces hauts dignitaires ecclésiastiques pouvait rassurer des consciences troublées et expliquait bien des défaillances f.

Trois ordres religieux firent une belle résistance : les franciscains de la stricte observance, les moines de l'abbaye augustine de Sion. et ceux de Chatierhouse, à Londres.

Les franciscains qui. par leurs règles, étaient spécialement soumis au pape, avaient une maison à Rich-

i. Letton an<i ;^/y>rr.9, Henry VI IL t. VIII, voir d°" 77, 887, entre autres, la manière dont on interprétait le serinent.

mond et une autre à Greenwich, près de Londres. Ils étaient aussi établis à Southampton, Newcastle, Nework, Cantorbéry. Ils avaient un septième couvent qui n'a pas encore été identifié. Ces moines jouissaient, grâce à quelques prédicateurs de talent, tels que Elstow, Peto, Forest, d'une influence considérable. Leur chapelle de Greenwich avait souvent reçu la visite du roi et sa fille Elisabeth y avait été baptisée.

Le couvent de Richmond reçut, vers le milieu de juin, les visiteurs royaux, Bedyll, de sinistre mémoire, et Roland Lee, évêque de Lichfield. Tous les moines de la maison, réunis en assemblée générale, refusèrent de prêter le serment. Mais sur les instances des visiteurs, ils finirent par confier à quatre des plus anciens religieux le soin d'étudier la question et de prendre, au nom de tous, une décision définitive. Les quatre délégués souscrivirent la formule proposée.

Forts de cette victoire, les commissaires se présentèrent à la maison de Greenwich et voulurent imposer la même méthode. Sur le refus de la communauté, chaque moine fut interrogé à part; tous refusèrent de prêter le serment. Le couvent et tout l'ordre furent très durement frappés : le gouvernement ferma les sept monastères et dispersa les deux cents moines qui y vivaient. Les plus obstinés furent envoyés à la Tour ; d'autres se rendirent en Ecosse et en France ] ; les autres, enfermés dans les couvents des franciscains non réformés, y furent, sur l'ordre du roi, chargés de chaînes et traités avec une grande sévérité. Cinquante périrent en prison.

Lee et Bedyll avaient « visité » quelques semaines auparavant les chartreux de la Présentation de la

4. Cromwell favorisa leur passage en France. Voir Letters and papers, Henry VIII, t. VII, n° 49.

Sainte-Vierge, à Chatterhouse1. Ces religieux avaient une réputation méritée de vie grave et austère et s'étaient toujours tenus en dehors des affaires politiques. Le prieur, John Houghton, répondit aux questions de l'évêque de Lichfield qu^il n'appartenait ni à lui ni à aucun de ceux qui vivaient sous sa direction de se mêler des affaires du roi. Ses frères et lui n'avaient pas à se demander qui il plaisait au roi de répudier ou d'épouser. Il refusa de jurer, en ajoutant, d'ailleurs, qu'il ne comprenait pas bien pourquoi le premier mariage était nul.

Houghton et Humphrey Middlemore, procureur du monastère, furent envoyés à la Tour. Ils en sortirent au bout d'un mois; Edouard Lee, archevêque d'York, et Stokesley, évêque de Londres, étaient parvenus à leur faire prêter le serment 2 avec la restriction : « autant que le permet la loi de Dieu ». Les visiteurs se présentèrent de nouveau à la Chartreuse le 29 mai. Houghton et Middlemore prêtèrent le serment conditionnel, comme ils l'avaient fait à la Tour ; les hôtes et les serviteurs les imitèrent, mais tous les religieux, à l'exception de six, refusèrent. Le P. Houghton leur donna de nouvelles explications sur la nature du serment conditionnel et finit par les ranger à son sentiment. Le 6 juin, tous jurèrent et la communauté reprit sa vie habituelle.

Il n'est pas téméraire de penser que Houghton avait été trompé par les réticences des visiteurs et les habiletés de Lee et de Stokesley. Nous raconterons bientôt avec quelle admirable énergie il marcha à une mort terrible, ainsi que plusieurs de ses frères, quand

L. Consulter Binrdriks, The London chatterhoute, ifs monk* martyre, Londres. 1889, 8 , -2. îiYMi !.. Fob levai t. \ î, part. [I, p. 194,

on le mit clairement dans l'alternative de renier l'autorité du pape ou de mourir.

La résistance des religieux augustins de Sion fut moins prolongée. Visités par Bedyll et l'évêque de Londres, ils eurent l'honneur peu enviable de recevoir, àplusieurs reprises, Cromwelllui-même. Le grand destructeur des monastères anglais parvint à rallier la majorité à ses vues et dispersa les moines réfractaires.

Le parlement reprit ses séances le 3 novembre. Une loi. rendue exécutoire par un ordre du Conseil en date du 15 janvier, annexa à la couronne royale le titre de chef suprême de l'Église d'Angleterre. Elle ordonnait que1 « le roi fût accepté, regardé, reconnu comme unique et suprême chef, sur la terre de l'église d'Angleterre, et qu'à sa couronne fussent joints et unis, pour les posséder et en jouir avec ce titre et cette qualité, tout pouvoir d'examiner, répudier, redresser, réformer et amender telles erreurs, hérésies, abus, offenses et irrégularités qui doivent ou peuvent être réformés légalement par autorité ou juridiction spirituelle... » Cette déclaration avait surtout pour but de permettre au roi de s'emparer légalement des biens des monastères et ne tenait aucun compte des restrictions que le clergé avait apportées à l'acceptation du titre de « chef suprême ».

Une autre loi2 donna à la couronne le droit de nommer et de déposer les évêques, en dehors de toute procédure canonique.

Le parlement avait très vivement protesté contre les différentes taxes que le Saint-Siège prélevait dans certaines circonstances, sur les évêchés et les cures ; à plusieurs reprises il avait sommé la couronne, avec

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