‹ Les origines du schisme anglican, 1509-1571Chapitre 77 sur 253 · Ibid., n · texte numérisé non relu

Ibid., n

martyrs coula à Tyburn. C'est vers le milieu du mois d'avril 1534, après un long interrogatoire, que le lieutenant de la Tour avait reçu Tordre de s'assurer de sa personne1. De nombreux amis essayèrent de briser la résistance de ce vieillard presque octogénaire, dont les infirmités étaient singulièrement aggravées par les rigueurs d'une longue détention. Quand le parlement eut voté les monstrueux statuts sur la trahison, Fisher, qui savait dans quelles intentions bienveillantes les députés avaient inséré dans le texte les mots « avec malice », se renferma dans un silence complet. Il était, dans sa prison, l'objet de la haine particulière d'Anne Boleyn, qui ne pouvait pardonner au confesseur de Catherine sa courageuse défense de l'infortunée reine. Quand vint l'hiver, il fut obligé d'écrire à Cronnvell pour lui demander des vêtements et une nourriture suffisante. Il le priait également de lui permettre de se confesser pour la fête de Noël, de lui faire remettre quelques-uns de ses livres de piété. Il ne semble pas qu'aucune de ces demandes, modestes et touchantes, lui ait été accordée; ses livres et ses vêtements avaient été saisis par ordre du roi.

Le 12 juin 1535, Fisher comparut devant une commission spéciale. Il était si faible, qu'il pouvait à peine se soutenir. On lui reprocha d'avoir dit : « Le roi. notre souverain, n'est pas le chef suprême de l'Église d'Angleterre ». C'était l'avocat général Rich, qui l'accusait d'avoir prononcé ces paroles. « Je m'étonne. répondit l'évêque, que vous portiez témoignage contre moi au sujet de ces paroles. Cet homme est venu à moi, porteur d'un message secret du roi, par lequel Sa Majesté désirait connaître mon opinion sur la question en litige. Je lui rappelai le nouvel acte du parlement.

i. Statuteê "f the reafm, i6, Henry YllL chap. xxn.p. 537. Loi contre Fisher.

LE CARDINAL FISHBR. 133

([iii pouvait me menacer beaucoup, si je disais n'importe quoi qui serait jugé contraire à ses prescriptions. Sur ce, il m'assura que le roi désirait me faire savoir, sur son honneur et sa parole de roi, que rien de ce que je pourrais dire ne tomberait sous le statut de trahison. C'était une déclaration de mon opinion faite au roi en personne. Le messager ajouta sa promesse solennelle que mes paroles ne seraient répétées à nul être vivant en dehors du roi. »

Rich ne nia point; mais, tout en reconnaissant que le récit de Fisher était vrai, il soutint que cette conversation privée était une violation formelle du statut sur la trahison. Le chancelier Àudley parla dans le même sens, et la commission spéciale prononça que l'éveque s'était rendu coupable de haute trahison. Le pape l'avait créé cardinal le 20 mai; Henri VIII était entré en fureur en apprenant cette nouvelle et avait juré de faire tomber la tête de son prisonnier avant qu'elle n'eût reçu le chapeau rouge.

L'exécution eut lieu le 22. Les détails en sont très touchants. Le roi ayant commué la peine, le cardinal, au lieu de subir toute la série des supplices dont nous avons parlé, devait être simplement décapité. Le 19 juin, jour du martyre du deuxième groupe des chartreux, le cuisinier de la Tour ne lui donnant pas son déjeuner à l'heure accoutumée, il en demanda la raison. On a dit, répondit le serviteur, que vous devriez mourir aujourd'hui.

Le lieutenant de la Tour vint l'avertir, dans les premières heures du 22 juin, qu'il devait être exécuté dans la journée. « Si c'est là votre commission, répondit le prélat, vous ne m'apportez pas une grande nouvelle ; il y a longtemps que j'attends ce message. Je remercie très humblement Sa Majesté de me débarrasser de toute affaire terrestre, et je vous remercie aussi de

m'apporter cette nouvelle. Mais, je vous prie, à quelle heure dois-je sortir d'ici? — A neuf heures. — Et quelle heure est-il? — A peu près cinq heures. »

11 manifesta le désir de se reposer : ses infirmités étaient si graves qu'il craignait de manquer de forces physiques pour ce dernier et court voyage. 11 dormit, en effet, plus de deux heures, d'un sommeil profond. Il se leva avec une vivacité qu'on ne lui connaissait plus et fit sa toilette avec beaucoup de soin. Comme son domestique s'en étonnait : « Ne vois-tu pas, lui dit-il, que c'est mon jour de noces ; il convient d'y mettre quelque solennité » ; et il demanda son manteau fourré.

Les privations de son long emprisonnement l'avaient affaibli au point qu'il ne pouvait ni se tenir debout, ni marcher. Deux hommes le transportèrent sur un fauteuil. On fut obligé de s'arrêter un instant pour attendre le lieutenant de la Tour; Fisher se leva et, appuyé contre le mur, il ouvrit son Nouveau Testament et lut, dans saint Jean, chapitre xvne, les versets 3 et 4 : « Ceci est la vie éternelle : qu'ils te connaissent. « toi seul Dieu et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ. « Pour moi, je t'ai glorifié, j'ai achevé l'œuvre que tu « m'avais confiée... » Assez, dit-il, voilà qui suflit à mon enseignement jusqu'à la fin de ma vie. »

Quand on arriva au pied de l'échafaud, les soldats voulurent laider à monter. « Non, mes enfants, dit-il, laissez-moi seul et vous verrez que je monterai sans secours. » Et il monta sans aide les degrés, avec tant de vivacité que ce fut un étonnement pour ceux qui connaissaient sa faiblesse et sa débilité. Comme il arrivait sur la plateforme, le soleil illumina son beau visage de vieillard, il leva les mains et s'écria :

Venez à lui, vous serez éclairés et vos visages ne seront pas confondus ». « Peuple chrétien, ajoutat-il d'une voie haute et claire, je suis venu ici mourir

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