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chester, mais les lettres traitaient d'affaires privées. Une seule fois, Fisher lui avait demandé le sens de ses réponses au premier interrogatoire. Il lui avait répondu : « J'ai formé ma conscience et je vous engage à faire de même. »
Sur le troisième chef d'accusation, il répondit simplement qu'on avait détourné le sens de ses paroles : il n'avait jamais rien dit ou fait avec une intention malveillante contre le statut sur la trahison.
Le compte rendu officiel ne parle pas d'un incident dramatique entre l'accusé et l'avocat général Rich. Celui-ci avait inséré, dans l'acte d'accusation, le récit, odieusement travesti, d'une conversation privée qu'il avait eue avec More, le 12 juin. Le prisonnier se souvient de ses succès oratoires d'autrefois : en quelques phrases d'une ironie hautaine et cinglante, il rappela au magistrat, qui s'abaissait au rôle d'espion, certains incidents peu honorables de sa carrière. Les deux hommes se connaissaient depuis longtemps; More affirma que jamais personne, dès l'époque où Rich était simple étudiant en droit, ne le croyait sur parole.
Un huissier, l'interrogatoire achevé, fit entrer douze jurés; on leur fit la lecture de l'acte d'accusation et des réponses de l'accusé. Après un quart d'heure de délibération , ils déclarèrent que More avait mérité la mort pour avoir contrevenu malicieusement à la loi sur la trahison.
More, invité à dire s'il avait quelque chose à ajouter, s'exprima ainsi : « Puisque je suis condamné ' — et Dieu sait comment — je désire parler librement de votre loi. pour le soulagement de ma conscience. Durant les sept aimées pendant lesquelles j'ai étudié la question, je n'ai
1. Ibid., n° 996, truductio Q anglaise des Mémoires, en français, de Caste luau.
lu, dans aucun docteur approuvé de l'Église, qu'un prince séculier pouvait ou devait être le chef de l'Église.
— « Eh quoi! dit le chancelier, vous voulez qu'on vous considère comme plus sage et plus consciencieux que tous les évêques et tous les nobles du royaume?
— « Mylord, pour un évêque de votre opinion, j'ai une centaine de saints de la mienne ; et pour votre parlement — et Dieu sait de quelle espèce il est — j'ai tous les conciles généraux depuis mille ans; pour un royaume, j'ai la France et tous les royaumes de la chrétienté.
— « Votre malice est maintenant évidente », dit Norfolk.
More répondit : « Ce que je dis est nécessaire à la tranquillité de ma conscience et à la satisfaction de mon âme, j'en appelle au témoignage de Dieu, qui seul scrute le cœur des hommes. Je dis, de plus, que votre loi est mal faite, parce que vous avez juré de ne jamais rien faire contre l'Église, qui, à travers toute la chrétienté, est une et indivisible. Le parlement ne peut pas, sans le consentement de tous les chrétiens, faire une loi qui brise l'union de la chrétienté. Je sais bien que la raison pour laquelle vous m'avez condamné, est que je n'ai jamais voulu consentir au second mariage du roi. J'espère de la bonté et de la miséricorde de Dieu que, de même que saint Etienne et saint Paul sont maintenant un dans le ciel, unsi nous, malgré nos divergences d'opinions en ce monde, nous serons unis dans la charité parfaite dans l'autre. Je prie Dieu de protéger le roi et de l'entourer de bons conseils. »
« Après la sentence, lisons-nous dans la narration de Roper, le marideMeg, More quitta la salle, accompagné à la Tour par sir W. Kingston... son ami très cher. Celui-ci, arrivé près de l'auberge du Vieux Cygne, le cœur gros, les larmes coulant le long des joues,
lui dit adieu... « Mon bon Kingston, ne vous tour- « mentez pas ainsi, mais réjouissez-vous, car je prierai « pour vous, et votre excellente femme afin que « nous soyons réunis au ciel, où nous nous réjouirons « durant toute l'éternité ».
« Sa fille se tenait près de laTour, épiant son passage. Dès qu'elle le vit, après avoir reçu sa bénédiction à genoux, elle se précipita vers lui, oublieuse d'ellemême, se frayant un chemin au milieu de la foule et des gardes, qui l'entouraient armés de haches et de hallebardes. Elle s'élança, et, à la vue de tous, jeta ses bras autour de son cou et le baisa. Le père, charmé de sa tendre affection, lui donna sa bénédiction paternelle. Après l'avoir quitté, sa fille, désolée de ne l'avoir vu qu'une fois, et comme inconsciente d'elle-même, toute perdue dans l'ardent amour pour son père, sans faire attention à elle-même ou à la foule, se retourna brusquement, revint sur ses pas, courut à son père comme auparavant, le prit par le cou et l'embrassa tendrement à plusieurs reprises; enfin, le cœur gros, elle fut obligée de se séparer de lui. Cette scène était si touchante que beaucoup des assistants sanglotaient. i>
Le condamné écrivit, le lundi 5 juillet ', sa dernière lettre à Meg, à l'aide d'un morceau de charbon. Il chargeait sa fille préférée d'un mot de tendresse pour chacun de ses enfants, de ses petits-enfants, des familiers et même des domestiques de la maison ; il désignait le souvenir particulier qu'il laissait à quelquesuns d'entre eux et il ajoutait :
« Ma bonne Marguerite, je serais attristé si ce n'était pas pour demain, car c'est la veille de la fête de saint Thomas el l'octave de saint Pierre; c'est pour-