SITUATION MATÉRIELLE ET MORALE DES MONASTERES
GO maisons appartenaient aux différentes branches de la famille de saint François d'Assise, dont les fils étaient très populaires en Angleterre. Nous avons vu que les 7 couvents des franciscains de la stricte observance furent fermés, au lendemain du schisme, et les héroïques frères envoyés au gibet, à la Tour, en exil ou soumis à un emprisonnement très sévère dans les maisons des conventuels. Les dominicains, qui possédaient 53 maisons, se distinguaient des précédents par quelque chose de plus fier, de plus aristocratique. Les augustins avaient 42 couvents et les carmes, 36. Ces derniers constituaient presque une famille religieuse indigène, parce qu'ils comptaient parmi eux beaucoup d'anglais. Des instituts de moindre importance, trinitaires, frères de la croix, etc., occupaient les autres couvents.
Quelques documents permettent d'évaluer d'une manière malheureusement encore fort vague, la richesse détenue par l'ensemble de ces instituts religieux au moment de leur disparition.
Un acte du parlement ayant donné au roi, en 1536, les monastères qui n'avaient pas 200 livres sterling ou 5.000 francs de revenus annuels, 376 maisons dont 103 couvents de femmes se trouvèrent dans ce cas. D'autre part, nous savons que de grandes abbayes avaient 2 ou 3.000 livres sterling de revenus annuels; Westminster 4.000. Chacun de ces chiffres doit être multiplié par 12 si on veut en connaître d'une manière approximative la valeur en monnaie actuelle. Enfin, les 200 couvents de frères mendiants n'avaient pas de revenus fixes.
Des commissions d'enquête furent chargées au commencement de l'année 1535 d'estimer le revenu annuel de toutes les propriétés ecclésiastiques et monacales du royaume. Les enquêteurs, choisis dans la classe
moyenne, n'étaient pas favorables à TÉglise, mais les résultats de leur travail, consignés dans le « Valor ecclesiasticus » d'Henri VIII, sont probablement exacts, les enquêteurs n'ayant pas intérêt àgrossirles revenus; de plus, les commissions se contrôlaient mutuellement. Ils ont estimé le revenu brut de toutes les propriétés ecclésiastiques et monacales à 320.280 livres sterling 10 shillings *. En prenant ce chiffre pour point de départ, Tanner fixe à 142.914 livres 12 shillings le revenu des maisons religieuses, Speed propose 171.312 livres 4 shillings, et Blunt2 200.000 livres.
Malgré ces beaux revenus, il est certain que les monastères étaient dans une situation financière déplorable. Beaucoup d'entre eux détenaient d'immenses domaines, mais les terres, privées de leurs tenanciers par la grande peste qui avait emporté, au milieu du quatorzième siècle, plus des deux tiers de la population du royaume et parles guerres civiles, furent négligées et cessèrent de produire. Les monastères contractèrent de lourdes dettes pour satisfaire aux demandes du roi qui distribuait des pensions sur les revenus et les propriétés des moines. Les papiers d'État du règne de Henri VIII sont remplis de ces demandes. Le roi obligeait les abbés à doter les boursiers de l'université nommés par lui3 ; il agit ainsi pour son cousin, Reginald Pôle. Des pensions étaient faites sur les monastères
1. Les commissaires partageaient ce revenu entre 12.47 i établissements, soit : 21 archevêchés et évêchés, 11 doyennés, 60archidiaconé8, 394 canonicats et prébendes, 8.803 bénéfices, 005 maisons religieuses, 1 10 hôpitaux, 9G collèges, -2.374 chapelles libres et oratoires. Le revenu total du royaume sous Henri VIII ayant été évalué à 3.000.000 livres sterling, la propriété ecclésiastique et monacale en représentait les s,7:>m,,\ Nous sommes loin des exagérations déloyales de Simon Fish dans la • Supplication des mendiants » qui maintient que l'église possédait la moitié des richesses totales du royaume.