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quand le roi, au commencement de l'automne, se rendit à Winchester. Il fit, dans cette ville, un premier essai de spoliation. « Le roi, écrit Chappuys', une fois arrivé à Winchester, ordonna qu'on dressât un inventaire des trésors de l'Eglise, parmi lesquels il prit plusieurs magnifiques cornes de licornes et une grande croix d'argent ornée de pierres fines. » En manière de compensation, il donna à la communauté divers moulins qu'il prit à l'évêque.
Une enquête sur les monastères avait été proposée dès la fin de l'année 1534 et le décret qui, en janvier 1535, nommait Cromwell vicaire général lui donnait, dans ce but, les pouvoirs les plus étendus. On ne fîtrien jusqu'au commencement de l'été parce que les évêques, dont plusieurs visitaient à ce moment leur diocèse, n'étaient pas disposés à abandonner leur juridiction sur les maisons religieuses. En juin, un des clercs du Conseil, Richard Layton, suggéra à Cromwell de le charger, avec Thomas Legh, de visiter les monastères du nord : ils avaient des amis dans cette région qui les aideraient à découvrir les abus. Cromwell se décida, en juillet, à leur donner les pouvoirs demandés.
Mais ils commencèrent par les monastères du sud. Layton, après avoir visité les diocèses de Bath et de Bristol, vint en septembre à Oxford où il institua des conférences de grec et de latin, abolit l'étude du droit canon et fit brûler tous les ouvrages de Duns Scott. Son collègue Legh, accompagné du notaire John Ap Rice, parcourait plusieurs comtés et désorganisait de son mieux l'université de Cambridge.
Les commissaires devaient s'enquérir des revenus des maisons religieuses, des pèlerinages, des supers-
\. Ibid.. ii
titions dont elles étaient les centres ou l'occasion, mais leur principal objet était de rechercher les fautes morales commises par leurs habitants. Ils étaient porteurs d'un questionnaire en quatre-vingt-seize articles et d'une liste de vingt six règles à imposer, dont ils pouvaient augmenter le nombre, leurs pouvoirs n'ayant pas de limites. Les questions étaient extrêmement inquisitoriales ; les novices étaient invités à accuser les moines et leurs supérieurs. Legh, particulièrement, imposa des règles strictes et minutieuses, impossibles à observer. Les religieux et religieuses de moins de vingt-quatre ans, qui avaient prononcé leurs vœux avant la vingtième année, devaient quitter leur monastère et rentrer dans la vie civile; ceux qui restaient furent traités en prisonniers. Personne ne pouvait franchir l'enceinte du monastère. Des portiers nommés par les commissaires et qui étaient, en réalité, des geôliers, furent chargés de veiller à l'observation de cette règle impraticable. Tout moine qui désirait se plaindre à Cromwell de son supérieur ou de l'un de ses frères était autorisé à se rendre à Londres, aux frais du monastère. L'ordre et la discipline devenaient impossibles surtout dans les monastères de femmes *. De pareils règlements n'avaient qu'un but : désorganiser la vie religieuse et forcer les moines à quitter d'eux-mêmes leurs maisons. Legh en faisait l'aveu dans une lettre à Cromwell 2 : « Par cela vous verrez qu'il n'y aura pas besoin de les chasser, ils solliciteront d'eux-mêmes leur congé et leur action leur sera imputée à eux, non à d'autres. » Ap Rice ajoutait en post-scriptum à la même lettre : « Quoique je pense qu'ils méritent tous d'être expulsés, cependant je considère qu'il vaudrait mieux, pour éviter la calom-
4. lbid.t Q°" 139, 630, i-2. 632, 87;*, etc. -2. Ibid., n° 708.
nie et l'envie, qu'ils fussent licenciés sur leur pressante requête, et vous verrez qu'ils agiront de la sorte avant peu, si nous les contraignons d'observer ces règles. Et le peuple saura d'autant mieux qu'ils sont congédiés sur leur propre demande, si cela n'arrive pas juste au moment où nous sommes ici. »
Avant la fin de l'année, Layton et Legh, ayant visité séparément une grande partie des provinces du sud, se rencontrèrent à Lichfîeld pour inspecter ensemble le nord du royaume. Au mois d'octobre, ils avaient obtenu de Cromwell que la juridiction des évêques fût suspendue pendant tout le temps que durerait leur enquête. Ils visitèrent en quinze jours 88 monastères de la province ecclésiastique d'York.
Les résultats de l'enquête sur les maisons religieuses du sud furent transmis à Cromwell sous la forme de lettres écrites au jour le jour •. Ceux de la province d'York, del'évêché de Conventry et Lichfield formèrent un abrégé des rapports 2 sur le modèle d'un rapport sommaire écrit de la main d'Ap Rice après la visite du diocèse de Norwich. Ces documents, si nous devions les accepter comme vrais, laisseraient croire que l'immoralité régnait dans une partie notable des maisons religieuses anglaises.
Ils eurent une influence décisive sur le vote qui supprima les petits monastères. Legh et Layton achevèrent leur enquête en février 1536. Le parlement était déjà en session. Le roi lui proposa de dissoudre les monastères qui n'avaient pas 200 livres sterling do revenus. Henri avait ordonné à un certain nombre do
l. Beaucoup de ces lettres ont été publiées par Wright, TJa- ttij pression of tnonasteries d'après les manuscrits Cotton du nritish Muséum ; un grand nombre d'autres sont inédites au Public Record Office, à Londres.
fc c'est le Compendium compertorum qu'on trouve aujourd'hui dans Letters <m<i i><ij>c>s. Henry VI IL t. \. n* 364,
membres des deux Chambres qu'il savait hostiles à ses projets de rester chez eux; il avait certainement eu l'intention d'interdire aux abbés l'entrée de Westminster. Une tradition recueillie par un contemporain affirme que le roi menaça la Chambre des Communes de couper la tête de quelques députés si son projet de loi n'était pas accepté f. L'exposé des motifs de la loi déclare que l'immoralité est commune dans les monastères qui ont moins de 20 religieux ou religieuses, le roi l'a appris par les rapports des dernières enquêtes. Le seul moyen de remédier au mal semble être de supprimer ces petites maisons et de transférer leurs habitants dans des monastères plus considérables où « la religion, heureusement, était mieux observée ».
Des écrivains postérieurs à cette époque ont parlé d'un Livre noir qui aurait contenu la liste des fautes relevées par les commissaires dans tous les monastères de l'Angleterre et qui aurait été lu aux membres du parlement. Rien ne prouve que pareil livre ait jamais existé. Il est même à peu près certain que les documents dont nous parlions tout à l'heure ne furent pas lus aux députés. On leur dit d'une manière vague et générale que des actes d'immoralité avaient lieu dans beaucoup de monastères. Ils votèrent la loi sur cette affirmation des ministres parce qu'on les obligea à le faire.
Pendant trois siècles, l'Angleterre protestante a accepté comme l'expression de la vérité les rapports des visiteurs sur la perversité des moines et des religieuses. Ces rapports, que personne ne connaissait dans leur intégrité, avaient créé une de ces légendes vagues qu'il est si difficile de détruire. Depuis que les documents