‹ Les origines du schisme anglican, 1509-1571Chapitre 95 sur 253 · Le fodder valait environ 19 quintaux · texte numérisé non relu

Le fodder valait environ 19 quintaux

— « Eh bien, alors, repris-je, comment se fait-il que vous ayez été si empressé à détruire et piller ceux que vous estimiez tant?

— « Ne pouvais-je pas, comme les autres, profiter des dépouilles de l'abbaye? dit-il, car je voyais que tout allait partir, et ainsi, je fis comme les autres... »

« Sans nul doute, des milliers et des milliers se sont repentis de cela depuis, mais trop tard. Et voilà ce que je sais touchant la ruine de l'abbaye de Roche qui existait depuis environ trois cents ans, car l'église avait été consacrée par un certain Ada, évêque de Coventry, en 1244. Parla destruction de cette abbaye, on pourra juger de la façon dont furent traitées toutes les autres. »

A partir du milieu de l'année 1538, la croisade contre les reliques et les images miraculeuses avait marché de pair avec la destruction des monastères. Quelquesunes des reliques que l'on vénérait n'étaient pas authentiques : tel, par exemple, le précieux sang d'Hailes* , qui avait été donné au monastère de ce nom par son fondateur, Richard de Cornouailles. Le peuple croyait avoir sous les yeux le sang de Jésus-Christ ; ce qui était manifestement faux. Mais il n'y avait pas de supercherie de la part des autorités ecclésiastiques comme le montre une lettre écrite par l'abbé d'Hailes, avant la suppression de la maison 2. La fameuse « Croix de Boxley3 », en grande vénération dans le comté de Kent, était une statue articulée qui n'était plus en usage depuis longtemps, au dire des commissaires eux-mêmes. Elle fut exhibée sur la place du marché de la ville voisine, transportée à Londres où les agents du roi la montrèrent au peuple devant Saint -Paul pendant qu'à

1. Letters and papcrs, Henry VIII, t. XIII, part. I, nos 34Ï, B6t, BM part. U. n [86, 109, 488, 709-10, 056. & Record Office, State papers, Domestic I5a8, t. il, p. a 3. Letters and papcrs, Henry VIII, t. XIII, part. I, n° -23! , etc.

l'intérieur de l'église, Févêquc Ililsey ' prêchait contre le culte des reliques et des images. Le sermon iini, la statue fut jetée à la population qui la mit en pièces.

11 y avait certainement parmi le peuple, en particulier dans les campagnes, des pratiques superstitieuses, comme la dévotion des gens du pays de Galles à une statue en bois appelée Darvell Gadarn 2 à qui ils attribuaient le pouvoir de retirer les âmes de lenfer. Darvell Gadarn fut apporté à Londres et brûlé à Smithfield. Pendant que la statue flambait on attacha au-dessus d'elle, par les aisselles et le milieu du corps, le franciscain de la stricte observance, Forest, qui était en prison depuis le martyre de ses frères et dont rien ne put briser la constance, pas même l'éloquence fougueuse de Latimer qui prêcha en face du bûcher.

A côté de ces dévotions superstitieuses ou de ces reliques apocryphes, il y avait des dévotions célèbres où la superstition n'avait pas de place et des reliques rappelant les noms d'hommes et de femmes qui avaient illustré en même temps l'Église et leur patrie. Parmi les premières, il faut citer Notre-Dame de Walsingham, aussi fameuse dans l'Europe du xvie siècle que l'est Notre-Dame de Lourdes actuellement, la vierge d'Ipswich et la statue de sainte Anne, à Buxton. Ces centres de pèlerinages furent tous indignement profanés 3. Les agents du roi s'attaquèrent, en même temps, aux châsses de saint Swithun, à Winchester, de saint Cuthbert, à Durham, où Legh et Henley profanèrent le corps du saint, trouvé intact, et de saint

1. Letlers andpapers, Henry VIII, t. XIII, part. I, nos Gi)i, 864-ï ; pari. II. Q* 111.

-2. Les documents qui concernent la destruction de toutes ces reliques cvlebres se trouvent dans Letters and papers, Henry VIII, t. XIII.

3. Wright, Three chapters of letters, p. -218 et Williams, Monastic treasures, p. 40.

Thomas Beckett. Ce dernier avait été proclamé traître, en septembre 1538. Sa châsse, la plus riche1 du monde, où les trésors de toutes sortes s'amoncelaient depuis trois siècles, fut démolie et les dépouilles, entassées dans des coffres, avaient une très grande valeur puisque aucun métal moins précieux que l'or pur n'avait servi à orner la châsse. Le corps du saint fut brûlé et ses cendres jetées au vent.

5. — Le sort des moines et religieuses ; le partage des dépouilles.

Les sources diverses d'information, listes des monastères rendus, listes des pensions accordées, etc., permettent de fixer d'une manière assez précise le nombre total des religieux et des religieuses chassés de leurs maisons par la destruction complète de tous les instituts monastiques. Les chanoines et moines expulsés des petits monastères en vertu de la loi de 1534 étaient 1.500. Les religieux, victimes de la suppression des grands monastères, se classent de la façon suivante : les frères mendiants étaient à peu près 1.800; les bénédictins, 1.300. Il y avait 596 cisterciens, 773 chanoines augustins, 108 moines de Cluny, 159 prémontrés, 151 gilbertins, 134 chartreux. On comptait dans toute l'Angleterre environ 1.560 religieuses. Soit un total général de 8.081 religieuses, moines et frères.

Après la dissolution des petits monastères, leurs supérieurs seuls reçurent une pension; il n'y a pas d'exemple connu d'une communauté entière qui ait élé pensionnée. Les moines qui rentrèrent dans le monde reçurent quelquefois une petite somme, mais

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