‹ Les origines du sénat romain:Chapitre 10 sur 116 · LA DIVISION TBRNÂIRB A ROME. H · texte numérisé non relu

LA DIVISION TBRNÂIRB A ROME. H

et Servius. Les Tables eugubines mentionnent les trois portes de la ville ombrienne d'Iguvium (1). Varron dit que les rites étrusques étaient pratiqués, aussi dans le Latium (2), et c'est un fait notoire qu'ils avaient présidé à la fondation de Rome (3). On trouve à Rome le triple sanctuaire dos trois divinités de Jupiter, Junon et Minerve, y constituant la triade capitoline (4). Pline (5) et Varron (6) rappellent que la ville de Romulus comptait trois portes, et ce dernier n'oublie pas la triple division du sol correspondant au fractionnement de la population en trois (7). Enfin , et bien que le système duodécimal paraisse en général étranger aux institutions des Latins , Rome offre aussi une division topographique reposant sur la multiplication de trois ou six par quatre. C'est celle qui résulte du groupement des chapelles des Argées. Elles étaient vingt-quatre, six dans chacune des quatre régions serviennes, dont elles représentaient , au dire de Varron , les subdivisions (8). Pourtant, elles ne peuvent être considérées comme contemporaines de ces mêmes régions ; autrement elles auraient fait double emploi avec les Lares compitales dont l'avènement est inséparable de l'ordre de choses établi par Servius (9). Tite-Live rapporte l'institution des Argées à Numa (10), ce qui n'est pas assez dire peut-être, car ce culte est trop obscur dans ses origines et trop énigmatique dans ses cérémonies , il évoque le souvenir de mœurs trop barbares, pour figurer parmi les créa-

pompéiennes , mais nous ne le suivrons pas dans sa théorie plus ingénieuse que solide , et qui va même contre l'objet de sa démonstration , car si Pompéi a été fondée par les trois villes de Noie , de Nucérie et d'Acerrae , et si les trois tribus viennent de là, le système tripartite y est un pur accident. Il ne parait pas moins aventureux de chercher l'application de ce système dans le camp romain ou dans le plan de la maison particulière.

(1) Bréal, TaUes euguh,, Inlrod.f XX.

(2) L, L,j V, 143. Cf. Serv., En., V, 755. Nibby remarque qu'Ardée, la capitale des Rutules, se composait de trois quartiers très reconnaissables {Annalisi délia carta dei dintomi di Roma, I, p. 241). Il observe la inéme disposition à Cora, où les trois quartiers ont chacun leur enceinte (tbid., p. 506).

(3) Plut., Rom., 11. Varr., l. c.

(4) V. Daremberg et Saglio, art. Capitale. Preller, Rom. MythoL, p. 58.

(5) H. N., III, 9, édit. Detlefsen.

(7) Und,, 55 : « Âger romanus primum divisus in partes très, a quo tribus appellata^Tatiensium, Ramnium, Lucerum. » Varron ajoute que ces noms sont étrusques.

(8) Ibid., 45-55.

(9) Denys, IV. 14. Pline, H. N., XXXVI, 70.

tioDS religieuses dont la tradition fait honneur à ce roi. C'était un legs des vieux âges, que la conscience timorée des Romains avait recueilli et transmettait scrupuleusement aux générations à venir (i). S'il en est ainsi, on peut dire que les sanctuaires des Argées étaient fondés depuis longtemps quand on ne connaissait encore d'autre division que celle des tribus génétiques, et, probablement, ils étaient partagés entre ces tribus huit par huit ou quatre par quatre , soit que les Argées fussent associés deux à deux, comme les Lares, dont ils offraient en quelque sorte l'image anticipée (2), soit que le nombre en ait été doublé plus tard seulement, quand se produisit, dans les institutions de Rome patricienne, ce dédoublement général dont il sera question ailleurs. De toute manière , Rome , avec ses trois tribus et ses douze ou vingt-quatre quartiers, donne l'idée d'une ville conçue sur le même plan que Mantoue et Pompéi. Il y a pourtant quelques difficultés. La première est d'accorder avec ce système la subdivision de la tribu en dix curies. D'autre part, il est évident que les points occupés à cette époque par les Argées ne pouvaient être les mêmes que ceux qui sont fixés par Varron, car la région Colline, comprenant le Quirinal et le Viminal, était encore en dehors de la ville.Ce fut la dynastie des Tarquins qui, en annexant ces deux hauteurs, bouleversa du même coup, de fond en comble, l'antique organisation urbaine (3). Mais cette vieille Rome léguait à l'autre des devoirs qu'il eût été imprudent de négliger. Au premier rang figuraient ceux que réclamait le culte des Argées. Aussi, pour faire participer à ces derniers la ville entière, de manière à cimenter l'union de tous les habitants, dut-on déplacer les sanctuaires argéens et les répartir également entre les circonscriptions nouvelles. Ce sont là des conjectures; mais, qu'on les tienne ou non pour justifiées, les faits qui ont été relevés , tant en Orient et en Grèce que dans l'Italie et à Rome, gardent leur valeur, et la conclusion qui en ressort reste intacte.

(1) Bouché-Leclercq, Les pontifes de l'ancienne Rome, p^ 270-274.

(2) Ihid.

(3) V. le chap. suivant.

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