‹ Les origines du sénat romain:Chapitre 106 sur 116 · DANS QUEL SENS ROME ÉTAIT UNE CAPITALE · texte numérisé non relu

DANS QUEL SENS ROME ÉTAIT UNE CAPITALE

les forces matérielles et morales du pays , où réside la pensée directrice, le chef de TEtat, le gouvernement. Elle était la ville dominante et conquérante ; elle le resta toujours. Devenue la tête d'un vaste empire après avoir été une cité comme tant d'autres , elle ne comprit jamais que ses anciennes institutions ne répondaient plus aux nécessités qu'elle avait elle-même créées. Elle conserva, sans y rien changer, ses assemblées locales, ses comices curiates , centuriates et tributes , comme si une constitution qui avait suffi à quelques milliers d'hommes épars dans un rayon de cinq ou six lieues pouvait suffire encore à des centaines de mille et à des millions. Tout ce qu'elle imagina , ce fut d'admettre les peuples vaincus à se faire dans cette organisation une place qui ne pouvait être que dérisoire. Cette impuissance de Rome républicaine à sortir des limites étroites où elle avait pris son premier développement, et, pour tout dire en un mot, cette inaptitude à transformer son régime municipal en un régime représentatif, ne fut pas une des moindres causes de la chute de ses libertés, car, du jour où la distance écarta de ses comices la plus grande et la meilleure partie de ses citoyens, ces comices, livrés à la populace de la ville, n'intéressèrent plus personne. Mais de même que Rome se refusait à cette idée qu'une action politique quelconque pût avoir un autre point de départ que le Forum ou le Champ de Mars, de même il lui était impossible d'admettre qu'un sénateur pût ne pas être un bourgeois romain. Ajoutons que le Sénat, étant antérieur à la première extension du territoire, se trouvait avoir, par ses origines et son institution, un caractère plus particulièrement urbain. Il est digne de remarque qu'il resta tel , sous l'empire, à une époque où l'ordre sénatorial se répandait dans tout le monde romain. Un texte du Digeste nous apprend que tout sénateur était censé avoir son domicile à Rome , en outre de celui qu'il avait à son lieu d'origine (1). Trajan obligea les candidats aux magistratures à placer le tiers de leur patrimoine en biens-fonds italiens. Il ne voulait pas , dit Pline le Jeune , qu'on pût aspirer aux honneurs quand on voyait dans Rome et dans l'Italie, non point une patrie, mais un lieu de passage et une hôtellerie (2). C'est en vertu du même principe que les sénateurs devaient être inscrits dans une des trente curies.

(1) I, IX, il.

(2) Epist.f VI, 19. Cf. Capitolin, Mare-Àurèlet 11. « Leges... addidit... ut... seaatores peregriai quartam partem in Italia possiderent. »

298 LES ORiaiNES DU SÉNAT ROMAIN.

VI. — Confirmation de ce qui précède par deux textes de Denys d'Halicarnasse touchant la procession des chevaliers le jour des ides de juillet. L'inscription dans les curies des sénateurs et des chevaliers.

L'histoire , qui nous aurait laissé ignorer cette obligation sans un mot déchiffré à grand'peine dans un texte mutilé de Festus , nous permet du moins un rapprochement instructif. Il résulte de deux passages de Denys, fort obscurs il est vrai, que la même condition était imposée à tous les chevaliers equo publico (1), c'est-à-dire à tous ceux des douze centuries, car pour les six premières il ne saurait y avoir de doute, leur relation avec les tribus primitives et les curies étant manifeste. Denys décrit ainsi qu'il suit le cortège triomphal des chevaliers lors de la fête des ides de juillet : a Après le sacrifice, on assiste à la procession de tous ceux qui ont reçu le cheval de l'Etat. Rangés par tribus et par curies (xaxi (puXdî; t8 xal Xrfj^ouç) ils s'avancent à cheval , au grand complet et en ordre de bataille, comme s'ils revenaient de la guerre (2). » La difficulté porte sur l'interprétation de ces mots : xaxi (puXdtç xe xal \6)(p\)(;. Par le premier, on peut entendre les tribus primitives ou les tribus locales. Mais les tribus locales étaient des divisions administratives que le censeur pouvait utiliser en vue de l'épuration quinquennale de l'ordre équestre, sans qu'il y eût à en tenir compte quand cet ordre se produisait en grande pompe avec tout le prestige de ses vieilles traditions. On devait se rappeler alors qu'il était sorti de la triple cité patricienne et qu'il correspondait aux trois tribus , ou plutôt aux six demi-tribus des Ramnes, des Tities et des Luceres. En fait, on ne l'oublia jamais. Sous l'empire , nous voyons encore l'ordre équestre distribué en six escadrons ou turmes que l'on appelait quelquefois les tribus. Zonaras racontant que Gains César fut nommé sévir d'une turme, traduit a tXapj^oç çuX^ç (3). » Denys n'emploie pas autrement le mot

(1) Nous suivons ici l'opinion de M. Belot, Cheval, rom,, I, p. 189, n. 3, p. 193-196.

(3) X, 35. — Suivant une explication de M. Hirschfeld (Untertuchungen aufdem Gebiete der Eômischen VerwaUungsgeschichte ^ I, p. 243, n. 1), les X6xoi auraient été les douze centuries des seniores complétant , avec les six turmes (9uXaO des junioreSt les dix-huit centuries équestres de la république. Mais, outre que le texte grec se prête difficilement & cette interprétation , le relatif ot paraissant se rapporter aux mômes hommes inscrits à la fois dans les çuXaC et

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