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LES TRADITIONS RELATIVES AUX TROIS TRIBUS

quent un lien administratif. Ceux des membres de la gens ou de la tribu supposent une communauté de race. Ils sont patronymiques ou ethniques. Les tribus sont donc, comme les gentesy des agrégats naturels, et les curies, comme les régions, des créations purement artificielles. Les unes remontent à Tépoque où les trois peuples qui devaient constituer la cité se trouvaient encore à rétat de dispersion.. Les autres sont nées quand le législateur imposa à ces trois peuples, réunis en un même corps politique, des divisions administratives communes.

Pour réfuter ce raisonnement, il suflftt de rappeler l'exemple des trois tribus doriennes et des quatre tribus attiques. Elles offrent les mêmes traits qui viennent d'être relevés dans les tribus romaines et paraissent se distinguer des obes et des phratries comme celles-ci des curies. Pourtant, nul ne prétend qu'elles représentent trois ou quatre races hétérogènes ou simplement trois ou quatre petits états autrefois indépendants. Les Athéniens du moins ni les Dorions ne le pensaient , eux qui se les figuraient comme des rameaux détachés d'un même tronc (1). Sans doute, elles ne descendaient ni d'Héraklès, ni d'Ion. Il est trop clair que ce sont là des fables imaginées pour expliquer des mots dont les anciens avaient cessé déjà de se rendre compte (2). Mais ce n'est pas la fable qui importe. C'est la pensée qu'elle exprime et dont elle est sortie. Et cette pensée n'est pas douteuse. C'est que les tribus doriennes ou attiques existaient en germe dans la cité. C'est la cité qui leur a donné naissance en se fractionnant. Pourquoi n'en serait-il pas de même à Rome? L'analogie avec Athènes paraîtra-t-elle contestable? Se prévaudra-t-on des discussions toujours ouvertes sur le sens de ces vieux noms : Géléontes , HoplèkSy jEgicoreSf Argades^ et sur le principe de cette classification (3)? Mais que sait-on de plus des noms latins Ramnes, Tities et Luceres? D'ailleurs, il reste les tribus doriennes dont les noms , bien que fort mystérieux , ne rappellent celui d'aucune profession , et ne permettent pas de penser au régime des castes. Ainsi , les ressemblances signalées entre la gens et la tribu ne supposent pas nécessairement une identité de nature entre les deux institutions. Mais la première a pu être dans une certaine mesure le modèle de la seconde et suggérer pour elle l'idée du

(1) V. Hermann, Lehrhuch der Griech, Antiq.^ I, g 16 et g 94.

(2) Bœckh, C. /. G., 3665, p. 929, col. 1.

(3) V. Uermann, o. c, § 94. Bœckh, C. I. G., 3665. Grote, Hisl. grecque, trad. Sadoux, t. IV, p. 91.

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héros éponyme (1). Quant aux groupes de moindre importance , tels que les obes, les phratries, les curies , s'il n'y a pas de dénomination commune pour ceux qui les composent , c'est peutêtre seulement parce que ces groupes avaient une individualité moins tranchée qui se perdait dans l'unité plus vaste de la tribu. On cite la phrase de Tacite où il est dit que les sodales Titii ont été institués par le roi Titus Tatius pour assurer la perpétuité du culte sabin (2). De la relation verbale qui paraît incontestable entra le nom des Titii et celui des TitieSy on conclut que ces derniers étaient de nationalité Sabine. Mais il faut remarquer que Varron , quand il dit un mot de ce collège , ne fait aucune allusion au caractère sabin de ses cérémonies (3). On a donc le droit de se demander s'il n'y a pas là une pétition de principe , en d'autres termes, si le culte des Titii était réellement sabin, ou s'il n'avait pas fini par passer pour tel , à cause du rapport entre les noms des Titii et des Tities et de l'opinion préconçue sur la nationalité de ces derniers.

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