LA CONSTITUTION DES TROIS TRIBUS
autres (1), les tribuns, devenus plus nombreux, cessèrent d'être les magistrats suprêmes des trois tribus ; et quand même ils auraient continué d'en être tirés par nombre égal , quand même ils auraient encore associé à leurs fonctions militaires les fonctions civiles , qui en étaient pour ainsi dire le complément , ce système n'aurait pu en tout cas se prolonger au delà de la création des tribus serviennes et de leur substitution aux tribus génétiques comme base d'opération administrative. A partir de ce moment , du moins , les tribuns légionnaires ne furent plus que des officiers nommés librement par le roi ou le consul , et tout à fait indépendants des anciennes divisions de la cité et même des nouvelles.
A leur côté, cependant, et sous une forme de plus en plus amoindrie, le tribunat delà vieille Rome subsistait. M. Mommsen a démontré que le iribunus celerum, dont il est plusieurs fois question sous les rois , n'est autre qu'un des trois tribuns mis à la tête des trois centuries équestres et celui des trois que l'alternance du commandement avait mis temporairement à la tête de la cavalerie entière (2). Mais il n'a pas vu que la coexistence de deux tribuns dans la même tribu, l'un pour la cavalerie, l'autre pour l'infanterie , est inadmissible à l'origine. En effet , c'est un magistrat unique que Denys (3) , d'accord avec Pomponius (4) , prépose sous le nom de tribun à chacune des trois tribus , et ces trois magistrats sont très certainement identiques aux trois chefs militaires dont parle Varron (5). Mais quand le développement des institutions les eut dépouillés du commandement de la légion proprement dite, ils gardèrent celui de la cavalerie, où les trois tribus se survivaient à elles-mêmes au milieu "des ruines de la cité patricienne (6). Ce refuge même leur manqua après la chute de la royauté. Alors , pour des raisons qui nous échappent , la charge exercée alternativement par les tribuni celerum fut attri-
(1) Marquardty Staatsvervo,, IT, p. 312.
(2) Staatsr,,n, p. 169. HisU rom., trad. Alex., I, p. 102. n. 2. — Cf. Marquardt. Staatsvérw.y II, p. 312, n. 2. Genz, Vas patricische Rom^ p. 104, 106. Madvig, Die Verfassung und Verwaltung des rômischen Staates , I, p. 157, *\
(4) Dig., I, II, 2, 20. (5)1. I., V, 81.
(6) V. 1" partie, ch. IV. — On peut remarquer que , dans le premier livre de Tite-Iiive, il n'est pas question des trois tribus qui ne sont mentionnées qu'incidemment au dixième (c. 6). Les Ramnes , les Tities , les Luceres , ne sont nommés dans ce premier livre qu'à propos des centuries équestres (c. 13), tant il est vrai que les tribus n'existaient plus que dans ces centuries.
buée au magister equitum quand il y avait uu dictateur, ou , autrement, à celui des deux consuls, qui, pour le moment, cédait à son collègue le commandement en chef (l), et ainsi, les anciens tribuns, expulsés peu à peu de toutes les fonctions actives, réduits, comme les curions, à un vain sacerdoce (2) , et plus oubliés que ceux-ci, parce que les tribus étaient plus oubliées que les curies, ne durent plus qu'au respect des Romains pour les débris de leur passé de ne pas périr tout entiers. Ce n*est pas sans surprise qu'on les trouve encore mentionnés sous Auguste, dans le calendrier prénestin, à propos d'une fête à laquelle ils assistaient avec les pontifes (3).
La division par tribus n'était pas plus apparente aux comices qu*à l'armée. Ce n'est pas xjarce que Ton disait les comices curiatesetnonlestributes. L'assemblée centuriate, ainsi appelée parce qu'on y votait par centuries, n'en était pas moins l'assemblée des classes , car c'étaient les votes collectifs des classes , formés des votes des centuries comprises dans chacune d'elles , que l'on proclamait successivement. Mais rien de semblable ne se passait dans les comices curiates, s'il est permis d'en juger par les indices suivants. On voit, par les lois données aux municipes de Salpensa et Malaga, que les curies y votaient simultanément et que leurs votes étaient proclamés dans un ordre fixé par le sort (4). Or on n'ignore pas que les municipes reproduisaient assez fidèlement l'imago de Rome patricienne. D'ailleurs il y a un texte de Tite-Live qui confirme cette induction (5). Rappelant une décision des comices curiates en 444 u. c. = 310, il signale cette particularité : « Faucia curia fuit principium. » Ce qui veut dire : la curie Faucia fût désignée par le sort pour être nommée la première dans la proclamation des votes (6). Les citoyens, en votant ]3ar curies, ne votaient donc nullement par tribus, et c'est là sans doute la raison pour laquelle les curies ont conservé un reste de vie, quand depuis longtemps les tribus ne représentaient plus qu'une curiosité archéologique. Car les tribus n'étaient plus rien, une fois l'action administrative transportée dans les circonscriptions de Servius, tandis que l'assemblée curiate continua d'être et
(1) Momins., Staatsr., £. c, et I , p. 49.
(2) Fastes de Préneste, C. I. L., I, p. 315. Cf. Denys, II, 64.
(3) C. L I., l. c. — Qui sait pourtant s'ils n'ont pas été rappelés à la vie par Auguste, conformément au plan de restauration religieuse qu'il s'était tracé?
(4) Lex. Malacit., 57, C. /. I., Il, p. 256. V. Willems, Droit public , p. 50.
(6) Cf. la tribus principium, Willems, Droit public , p. 170.