‹ Les origines du sénat romain:Chapitre 22 sur 116 · LA CONSTITUTION DBS TROIS TRIBUS · texte numérisé non relu

LA CONSTITUTION DBS TROIS TRIBUS

resta toujours, au moins pour la forme, un des rouages essentiels de la constitution (1).

Les faits que Ton a pu relever, loin d'évoquer le souvenir d'un antagonisme quelconque entre les trois tribus, les montrent, dès le début, fondues Tune dans l'autre à Tétat de nationalité une et compacte. Toutefois, il y a une réflexion à laquelle on ne peut se soustraire. S'il était de règle, chez les Romains, de^ôler sous les drapeaux les contingents des divers territoires, de manière à rendre plus sensible et plus présente Tidée supérieure de la patrie, de manière aussi à répartir plus équitablement le lourd fardeau des charges militaires , il ne semble pas que la même règle ait prévalu dans la composition des assemblées politiques. 11 est vrai que les tribus locales ne tiennent aucune place dans l'assemblée centuriate ; mais c'est que tout était combiné dans cette assena- Wée pour assurer la prépondérance à la richesse. En revanche, elles étaient à la base des comices tributes, elles, et non pas leurs subdivisions, vici ou pagi^ disposées par le sort dans un ordre toujours variable, de telle sorte qu'il devînt impossible à la tribu de ressaisir et de ramener à l'unité les éléments épars de sa personnalité morale. C'est là un système propre aux comices curiates et qui ne se retrouve nulle part ailleurs. Faut-il donc y voir, non l'application d'un principe abstrait de gouvernement , mais une mesure prise, à l'origine de la cité, pour hâter les progrès d'une assimilation imparfaite? On peut proposer cette explication ; mais ce n'est qu'une conjecture à laquelle il est aisé d'en substituer d'autres également vraisemblables. Par exemple, on peut dire que la différence que l'on observe entre la constitution des comices curiates et celle des comices tributes tient à la formation tumultuaire et extralégale de ces derniers. Quand les plébéiens , au lendemain de la révolution de 260 u. c. = 494 , après la retraite sur le mont Sacré, se donnèrent une organisation indépendante de la cité patricienne , ils trouvèrent dans les vingt et une tribus des cadres tout prêts et les mieux appropriés pour fonder une assemblée à l'usage exclusif de leur caste. Mais ils ne soumirent pas cette assemblée au principe qui régissait les comices patriciens. Ils ne se préoccupèrent pas de faire ressortir le caractère national du suffrage au détriment des influences locales. Ce souci ne pouvait venir qu'à l'Etat, et l'assemblée tribute s'était fondée en dehors de l'Etat.

(1) Pour la promulgation de la loi De imperio.

II. — La formation des corps sacerdotaux. — Les vestales. — Les

augures. — Les pontifes.

L'histoire des trois tribus n'est pas épuisée après qu'on les a considérées en elles-mêmes. Il faut encore les étudier dans les corps religieux et politiques où elles sont représentées, et dont la constitution offre un rapport exact avec celle de la cité. Ce n'est donc pas s'éloigner de l'objet de ce travail que de rechercher comment ces corps se sont formés. Mais ici la question se complique, car on ne peut douter qu'ils ne se soient formés successivement.

Les vestales , desservant l'autel où les Romains "adoraient le symbole de la patrie, méritent de fixer d'abord l'attention. Denys et Plutarque conviennent qu'elles étaient primitivement au nombre de quatre, et que plus tard seulement ce nombre fut élevé à six (1). Ils rapportent cotte augmentation, le premier à Tarquin l'Ancien , l'autre à Servius , et leur témoignage est complété par un texte de Festus (2), d'où il résulte que le nombre six fut établi pour que chacune des parties du peuple romain eût une prêtresse chargée de son culte, « Car la cité romaine est partagée en six parties , qui sont les premiers et les seconds Ramnes , Titienses et Luceres. » En d'autres termes, les trois tribus étaient divisées chacune en deux, depuis la création d'un .patriciat nouveau sous les derniers rois. Mais, s'il en est ainsi , le nombre des vestales a été porté à cette époque, non de quatre à six, mais de trois à six. C'est une erreur commune à tous les historiens anciens, et qu'on verra se répéter plus d'une fois, de n'avoir pas vu quand et pourquoi s'est opéré dans l'ensemble des corps patriciens le passage du nombre trois à son multiple. Heureusement, elle est facile à rectifier ici. Les vestales , qui n'étaient pas plus de trois avant Tarquin et Servius, ont été deux à une date encore plus reculée, et c'est l'institution de la troisième qui a été confondue avec la mesure prise par l'un ou l'autre de ces rois, comme une conséquence du dédoublement général de la cité. En effet, il est inadmissible que les vestales aient échappé plus que les autres corps patriciens aux conséquences de ce grand fait, et, d'autre part, il faut bien qu'il y ait un fond de vérité dans la tradition qui veut que, pendant un temps , leur nombre n'ait pas correspondu à celui des

(1) Denys, II, 67; III, 67. Plut, Numa, 10,

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