LA. FORMATION DES CENTURIES ÉQUESTRES
cadron de trente hommes (1). Il y eut donc trois cents nouveaux cavaliers qui, ajoutés aux trois cents de Romulus , formèrent un total de six cents. L'effectif de chacune des centuries avait été doublé et porté de cent à deux cents.
Il le fut une seconde fois sous Tarquin TAncien. « Tarquin ne changea rien à Torganisation des centuries , mais il doubla le nombre des chevaliers , de façon que dans les trois il y en eût douze cents. Il conserva le nom de Ramnes , de Tities , de Luceres aux nouveaux incorporés, en y ajoutant seulement la qualification de derniers (posteriores). Ces trois centuries sont les mêmes que Ton appelle aujourd'hui les six centuries, parce que, depuis, elles ont été scindées (2). »
Ce calcul est aussi celui de Cicéron (3). Tarquin essaie en vain de changer les cadres mêmes de la chevalerie. Il doit se contenter d'ajouter un deuxième corps à chacun des corps anciens. L'effectif des trois centuries ou des six demi-centuries , devenues avec le temps des centuries distinctes , est ainsi porté à douze cents chevaliers, quatre cents par centurie , dont deux cents posteriores et deux cents priores.
Il saute aux yeux que les historiens se sont imposé de maintenir un rapport constant entre les progrès du Sénat et ceux des centuries. Plutarque , qui fait doubler une première fois les centuries après l'introduction des Sabins, fait en même temps doubler le Sénat. Tite-Livo , au contraire , qui ne fait doubler le nombre des sénateurs de Romulus qu'après l'introduction des Albains , attend ce même événement pour faire doubler le nombre des chevaliers. Le même roi qui , dans Tite-Live et Cicéron ajoute aux sénateurs des anciennes familles [patres majorum gentium) ceux des familles nouvelles {patres minorum gentium) , ajoute aux chevaliers priores les chevaliers posteriores.
Enfin Cicéron , qui ne dit pas comment s'est formé ce Sénat de cent cinquante membres qu'il fait doubler par Tarquin l'Ancien, n'est pas plus explicite sur la manière dont s'est formé le corps de six cents chevaliers qu'il fait doubler par le même Tarquin. Mais ici il est à remarquer que Tite-Live n'a pas , comme Cicéron , augmenté le Sénat et les centuries dans les mêmes proportions. Tandis que la première fois il a porté les sénateurs et les
(2) T. L., I, 36. — Sur le texte « mille ac ducenti, » V. Belot, Chet>al. rom*, I , p. 385-386.
(3) De Aep., II. 20.
chevaliers de chaque centurie de cent à deux cents, la seconde, il X)orte ceux-ci de deux cents à quatre cents , et ceux-là seulement de deux cents à trois cents. La centurie est augmentée de la moitié et le Sénat du tiers.
C'est que la centurie, ayant été portée de cent cavaliers à quatre cents, a pu être deux fois multipliée par elle-même, tandis que cette opération est impossible pour le Sénat. Il devait lui aussi partir du nombre initial cent. Un curieux passage de Denys montre combien cette condition était rigoureuse. Il était difficile à Denys de s'y astreindre , du moment où il admettait, dès le début, avec la coexistence des trois tribus, leur représentation égale dans le Sénat. Il le fallait pourtant. C'est alors qu'il imagine la combinaison suivante. Chacune des trois tribus nomme trois sénateurs, ce qui en fait neuf. Chacune des trente curies en nomme autant ce qui fait un total de quatre-vingtdix-neuf. Le centième est à la nomination du roi (1). On cherche la raison de cette opération compliquée. Elle n'en a d'autre que l'embarras de l'historien en face d'un problème dont les termes s'excluent. Mais si le Sénat partait, comme la centurie, du nombre cent , il ne devait arriver qu'à un effectif de trois cents, et par conséquent la loi de progression ne pouvait être la même pour les deux corps. Il était facile à Cicéron , qui ne mentionnait que le deuxième accroissement, de maintenir ce rapport, mais il n'aurait pu s'empêcher d'y être infidèle , s'il avait mentionné le premier. 11 n'échappe pas à la difficulté par son silence ; il la déplace. La preuve , c'est qu'il retombe , malgré lui , dans le calcul reproduit par Plutarque. Il ne peut recevoir que cinquante Sabins. Mais ce que Plutarque énonce maladroitement, Cicéron, plus discret, le sous-entend.
Ce n'est pas au hasard qu'il procède ainsi. Le deuxième accroissement de la centurie ayant abouti à un partage égal entre l'ancienne et la nouvelle noblesse , il fallait que le deuxième accroissement du Sénat eût amené dans ce corps une distribution semblable. Mais pour cela le Sénat devait avoir atteint un total de cent cinquante membres avant d'être augmenté par Tarquin. C'est la combinaison à laquelle s'est rangé Cicéron, désireux, avant tout, de mettre en pleine lumière ce fait capital. Tite- Live, qui ne l'ignore pas plus que lui, est réduit pourtant à le reculer jusqu'à la chute de la royauté , quand les cent sénateurs créés par Tarquin F Ancien durent être renforcés par suite des