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LA FORMATION DU SÉNAT BT DES CENTURIES

vides opérés dans Tancien patriciat (1). Mais si les sénateurs de la promotion de Valerius et Brutus doivent être en efiFet classés dans la noblesse nouvelle, ils n'ont point été, comme paraît le croire Tacite (2), cette noblesse tout entière. Ils lui ont apporté du renfort , mais elle existait avant eux , et avant eux elle avait pris possession de la moitié des sièges sénatoriaux. Leur élévation , en un mot, n'eut pas pour résultat d'établir l'équilibre entre les génies majores et les minores , mais au contraire de le rompre au profit de ces dernières.

Telles sont les contradictions au milieu desquelles se débattent les historiens , toutes les fois qu'ils prétendent faire tenir les parties de leur système. Mais ce n'est plus assez, après M. Belot , de les relever ni même d'en démêler le principe. Il faut essayer un pas de plus et porter, s'il y a moyen , un peu d'ordre et de lumière dans ce chaos. L'histoire n'est pas un lit de Procuste où les faits soient à la torture. Quand ils paraissent se combattre, la faute n'en est pas à eux, mais aux hommes qui ne sont pas arrivés à les posséder dans leur entier ou qui n'ont pas su les mettre à leur place. Il s'agit de savoir, dans le cas présent , ce qui en est et si, avec les données fournies par les anciens, il faut désespérer d'approcher plus qu'eux de la vérité.

C'est ici que reparaît l'erreur capitale déjà signalée plus haut et dont les conséquences ne sont pas encore épuisées. La création d'une nouvelle noblesse sous les derniers rois avec le dédoublement des trois tribus qui en fut la suite est le grand fait de l'histoire du patriciat. Mais si ce fait a marqué d'une empreinte ineffaçable toutes les institutions remontant à l'époque où il s'est produit , le vaste ensemble des témoignages par où il se révèle est resté lettre close pour les historiens incapables de les coordonner et de les comprendre. Ainsi les mêmes indices qui auraient dû éclairer leur marche n'ont servi qu'à les égarer , et , la confusion redoublant à mesure qu'ils avançaient , une première méprise sur les accroissements des corps sacerdotaux en a engendré une autre sur ceux du Sénat. L'enchaînement est visible. Us s'étaient persuadé que le nombre des vestales , des augures, des pontifes ayant été élevé de quatre à six par Tarquin, s'était trouvé alors pour la première fois en rapport avec la triplé division de la cité. Dès lors ils devaient penser que le même règne avait coïncidé avec l'achèvement du sénat des trois cents.

(1) II, !• — Cf. 1, 49. — Cf. Denys, V, 13. Plut., PubU, 11. Festus, p. 254.

(2) Awn.f XI , 25.

Mais comment ii'ont-ils pas vu que la création des gentes minores ne pouvait avoir amené ce résultat ? Car enfin, si elles étaient identiques aux seconds Ramnes, Tities et Luceres , les premiers devaient figurer avant elles dans tous les corps patriciens où cette noblesse récente venait à la suite de Tancienne (t). Les trois tribus étaient donc représentées dans le Sénat avant Tarquin , et elles Tétaient par trois cents sénateurs. Car on ne peut oublier qu'il faut partir du nombre cent, et, d'autre part, rien ne permet d'attribuer à une des trois tribus une représentation supérieure à celle des deux autres.

Ce raisonnement conduit plus loin. Si le Sénat ne comptait pas moins de trois cents membres avant Tintroduction des patres minorum gentium^ et si , comme on n'en peut douter , il n'en compta pas davantage après , il faut se faire de cette mesure une idée différente de celle qu'en donnent les historiens. Elle n'a pas été prise pour augmenter l'effectif du Sénat , mais simplement pour reporter au chiffre normal cet effectif amoindri. Par là, on est mis sur la voie d'une vérité, dont la démonstration viendra plus loin, mais à laquelle il est difficile d'échapper dès à présent. C'est que la décadence du patriciat , au lieu de commencer après la chute de la royauté , s'est fait sentir bien plus tôt , et que la création des gentes minores n'a eu d'autre objet que de l'enrayer. Par là aussi on s'explique une singularité, dont il serait impossible de se rendre compte autrement. Il est clair en effet que le dédoublement des tribus n'a pas eu les mêmes conséquences pour le Sénat et les corps sacerdotaux, sans quoi le nombre des sénateurs aurait été porté de trois cents à six cents , comme celui des vestales , des augures , des pontifes l'a été de trois à six. La cause en est que les gentes minores n'ont fait que prendre la place des majores disparues. Elles ont fait , il est vrai , dédoubler les cadres patriciens , mais ce n'était qu'un moyen de marquer la distinction entre les deux noblesses et de maintenir la primauté à l'ancienne. Et ainsi les six tribus de Tarquin n'ont pu manquer d'avoir chacune leur représentant dans les corps sacerdotaux; mais, comme elles ne comptaient pas un nombre de gentes supérieur à celui des trois tribus primitives dont elles étaient issues, elles n'ont pu apporter aucun changement à l'effectif du Sénat. Car on verra que le Sénat n'était autre chose , à l'origine, que la représentation des gentes (2).

(1) Cic, De Rep., II. 20.

(2) V. !'• partie, ch. V,

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