‹ Les origines du sénat romain:Chapitre 38 sur 116 · DU ROLB POLITIQUE DES SIX CENTURIES · texte numérisé non relu

DU ROLB POLITIQUE DES SIX CENTURIES

premières (et prssrogativœ et primo vocatœ omnes centuriœ) avaient nommé L. Volumnius et Q. Fabius, quand ce dernier prit la parole. Il commença par refuser ; puis, cédant au vœu général, il se borna à demander P. Decius pour collègue. On procéda le lendemain à une élection nouvelle qui se fit conformément aux désirs de Fabius. La question est de savoir quelles sont les deux sortes de centuries ainsi qualifiées. C'est une opinion très répandue qu'il faut entendre par les premières les dix-huit centuries équestres et par les autres les quatre-vingts de la première classe. Le discours de Fabius se serait donc placé entre le vote de la première classe et celui de la seconde. Toutefois, si Ton considère comment les choses se passaient dans ces comices, on est porté plutôt à le placer dans un autre moment. Il est bien vrai qu'avant de passer au vote de la deuxième classe, on devait proclamer celui de la première; mais on n'attendait pas jusque-là pour préjuger du résultat, car le vote de la première classe ellemême était précédé par la proclamation du vote des centuries privilégiées. L'importance que les Romains attachaient à ce premier vote était extrême. Ils y voyaient une inspiration des dieux, un présage envoyé d'en haut et se croyaient tenus de s'y conformer. Cicéron nous apprend que jamais candidat élu par la centurie prérogative n'échoua (l). Faisons la part de l'exagération oratoire. Admettons, comme Cicéron lui-même semble le dire ailleurs, que ce préjugé était surtout vivace dans les temps anciens (2), et convenons avec le Pseudo-Asconius, qu'alors même il ne l'emportait pas toujours (3). Le vote des dix-huit centuries n'en avait pas moins une influence considérable, si bien que le même Asconius compte deux élections dont la seconde n'aurait eu d'autre objet que de ratifier la précédente (4). N'estce pas entre ces deux élections que dut se produire l'intervention de Fabius ? Verrius Flaccus, cité par Festus, croit que les candidats étaient désignés d'abord par les prérogatives afin que les votants pussent apprécier entre eux leur valeur ou leur indignité (5). Il se trompe évidemment s'il ne voit pas d'autre raison au privilège des centuries équestres, mais il ressort de son observation qu'il y avait, après la proclamation de leur vote, un temps

(1) Pro Plane., 20, — Cf. T. L., XXVI, 22. Cic, De divin,, I. 45.

(2) De divin., ibid., « Majores voluerunt. »

(3) Ad, Verr,f p. 139. Orell. : « Ut saepe contigit. »

(4) L, c, «bina... de llsdem candidatis comitia fieri. •

donné à la réflexion et dont Fabius ne put manquer de profiter. Car à quoi bon attendre que le vote fût définitif et eût Tautorité de la chose jugée? On n'ignore pas en effet que dans les comices tels qu'ils existaient alors, Taecord des centuries de la première classe, en y comprenant les centuries équestres, suffisait pour former la majorité et pour dispenser d'appeler les classes suivantes. L'élection eût donc été acquise, au moment où Fabius aurait pris la parole pour la combattre. Sans doute elle n'eût été valable qu'après que le consul qui la présidait eût fait connaître les noms des deux élus , et il pouvait s y refuser (1) ; mais il eût été imprudent d'y compter, d'autant plus que ce même consul , qui venait d'être réélu, était celui que Fabius répudiait pour collègue. La tentative de Fabius n'avait donc de chance d'aboutir qu'autant qu'elle ne se heurtait pas à un fait accompli, et si, au lieu de laisser continuer le vote, s'en fiant à la force de ses raisons et de son éloquence pour en changer le résultat final , il aima mieux s'arranger de manière à faire traîner les choses jusqu'au soir et tout recommencer le lendemain , c'est que les centuries privilégiées s'étant prononcées, il y avait fort à craindre que le reste ne suivît. Mais la remise au lendemain, annulant les opérations de la veille , permettait de revenir sur le vote. Il suit de là que les centuries prérogatives et les centuries appelées les premières ne sont autres que les dix-huit centuries équestres, et dès lors la distinction établie par Tite-Live ne peut porter que sup les six centuries anciennes et les douze nouvelles. Il faut bien en effet que les premières aient eu un vote particulier pour justifier leur nom de -six suffrages, et quant à la place où elles votaient, on se persuadera difficilement qu'elle n'ait pas été la plus honorée. L'organisation des comices centuriates en 458 u. c.=296 était encore la même qu'à la chute de la royauté, et la prééminence des centuries issues des trois tribus patriciennes est aussi peu contestable pour cette époque que celle du patriciat sur la plèbe. Cette expression : « les centuries appelées les premières , » apparaît déjà quelques chapitres plus haut à propos de circonstances semblables. Il s'agit encore d'une discussion, ouverte après le vote de ces centuries, pour décider s'il faut revenir sur ce vote ou le confirmer (2). Mais cette fois la distinction marquée ailleurs est omise , de telle sorte que par les centuries appelées les premières on doit entendre d'une manière générale les dix-

(1) V. pourtant sur ce droit Willems , Droit public , p. 243 , n. 4.

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