‹ Les origines du sénat romain:Chapitre 39 sur 116 · DU ROLE POLITIQUE DES SIX CENTURIES · texte numérisé non relu

DU ROLE POLITIQUE DES SIX CENTURIES

huit centuries équestres. Tite-Live dit de même en décrivant Tordre du vote : « On appelait les chevaliers les premiers. » a Equités enim vocabantur primi (1). »

La réforme de l'an 513 u. c. = 241 déplaça le tour des six centuries. Non seulement elles cessèrent d'être prérogatives avec l'ensemble des centuries équestres , mais elles passèrent au deuxième rang après les douze autres. Cette situation secondaire, que M. Mommsen leur attribue dès l'origine , sans parvenir à en trouver la raison, n'a rien que de fort explicable après une révolution qui substitua le gouvernement des classes moyennes à celui de Toligarchie patricienne et sénatoriale. Il est étonnant seulement que les historiens ailciens n'aient pas su faire la différence des époques, car on ne peut nier que l'erreur où est tombé M. Mommsen ne soit de leur fait. Ils ont vu la place assignée aux six centuries dans les comices réformés , d'où l'idée qu'elles s'étaient toujours trouvées dans cet état d'infériorité. Cicéron dit en décrivant la constitution de Servius : « Les centuries équestres avec les six suffrages , « Equitum conturiae cum sex suffragiis (2) , » semblant , par le tour de sa phrase , reléguer les six suffrages au dernier plan. Mais M. Belot montre fort bien que cet anachronisme n'est pas le seul qu'on puisse relever dans ce passage souvent étudié. En Cicéron, l'intuition directe du présent a souvent fait tort à l'observation du passé. L'homme d'Etat domine l'historien (3). La méprise de Festus est plus grave. De ce que les six centuries ont un rang secondaire, il a l'air de conclure qu'elles sont d'institution plus récente. A moins cependant que par ce mot adjectœ il ne veuille dire simplement que le vote des six centuries s'ajoute à celui des douze autres, en quoi il dirait vrai , si toutefois il n'a pas confondu les dates. Cette interversion de l'ordre ancien a laissé une trace jusque dans le langage de Tite-Live , quand il dit : « Servius leva parmi les premiers de la cité douze centuries de chevaliers , et des trois que Romulus avait organisées, il en forma six (4). »

Il reste à confirmer les observations qui précèdent en établissant par des faits la composition des six centuries. Il suffira pour cela d'un texte de Tite-Live déjà signalé. Il se rapporte à l'année 585 u. c. == 169, c'est-à-dire à une époque où la nouvelle organi-

(2) De Rep., Il , 22.

(3) Cheval rom., I,*p. 236-245. .

(4) 1 , 43. — V. Belot, Cheval, I, p. 375, 376.

sation des comices fonctionnait depuis longtemps. Les deux censeurs, C. Glaudius et L. Sempronius Gracchus, avaient été traduits devant le tribunal populaire par le tribun P. Rutilius. L'accusation produisait divers griefs. Au fond, il n'y en avait qu'un : les deux censeurs avaient lésé les intérêts des publicains." G. Glaudius surtout, de la vieille maison patricienne des Glaudii, avait à redouter les ressentiments de cet ordre dont l'antagonisme avec la noblesse sénatoriale devenait tous les jours plus aigu, a II comparut le premier; déjà huit des douze centuries équestres et beaucoup d'autres de la première classe avaient voté ::)our la condamnation , quand tout à coup les plus nobles citoyens {principes civitatis) déposèrent leurs anneaux d'or , prirent des habits de deuil , et, dans cet appareil suppliant, sollicitèrent la plèbe en faveur des accusés (t). » D'où vient que Tite-Live ne mentionne que le vote des douze centuries , sans parler des six autres ? M. Mommsen, suivant l'hypothèse de Niebuhr, suppose qu'elles votaient avec les centuries de la première classe dont elles ne se distinguaient pas , ou même après ces centuries (2). Mais cette opinion, qui s'appuie sur une fausse interprétation d'un texte de Gicéron (3), ne peut se soutenir en présence des témoignages formels des anciens. Les six centuries ne pouvaient être placées en dehors de la preinière classe, puisque les classes étaient recrutées suivant le cens et que le cens équestre et celui de la première classe étaient identiques (4). Elles ne pouvaient pas davantage être isolées de l'ensemble du corps équestre, puisque Gicéron les y rattache étroitement dans une phrase où il est clair qu'il pense moins à l'organisation contemporaine de Servius qu'à celle qu'il avait sous les yeux (5). M. Peter (6) a, le premier, donné la véritable explication, qui a été reproduite par M. Becker(7) et développée par M. Belot (8). Tite-Live, dans tout ce récit, s'attache aux symptômes qui font pressentir la condamnation imminente de Glaudius, Or, le lecteur, instruit de la démarche des nobles en faveur de ce personnage , n'avait pas besoin de l'être du vote des

(1) xuii , 16.

(V) Rôm. Tribus, p. 97. Cf. Niebuhr, VI, p, 30, trad, Golbéry. Huschkc, Verfass, des. Serv. TuU,, p. 612, etc.

(3) Philipp.y II, 33. — V. Becker. AUerth., II, III, p. 16.

(4) Belot, Cheval rom., I, p. 231-272.

(5) De JRep., II, 22 : « Equitum centuriae cum sex suffrages. » — Y. suprà.

(6) Epochen der Verfassungs,,^. 60.

(7) AUerth., II. 1, p. 249.

(8) Cheval rom., h p. 223-226

Page 1