‹ Les origines du sénat romain:Chapitre 40 sur 116 · DU ROLE POLITIQUE DES SIX CENTURIES · texte numérisé non relu

DU ROLE POLITIQUE DES SIX CENTURIES

six centuries , car il savait que c'étaient ces mêmes nobles dont ces six centuries étaient formées. Que les sénateurs fussent inscrits dans les centuries équestres, c'est un fait attesté par plusieurs exemples qu'on verra plus loin (1). Et s'ils étaient inscrits dans les centuries , ils votaient avec elles au Champ de Mars. Mais les sénateurs n'avaient pas seulement leurs votes particuliers au milieu des membres des dix-huit centuries. Le Sénat, en tant que corps, avait son vote collectif, Auti*ement Cicéron n'aurait pas pu faire dire à Scipion Emilien : a Le corps équestre où sont aussi les suffrages du Sénat. « Equitatus in quo sufTragia sunt etiam senatus (2). » Du Sénat , et non des sénateurs. Or, ces suffrages du Sénat , quels peuvent-ils être , sinon ces six suffrages que Cicéron détache de l'ensemble du corps équestre dans les mêmes termes où il vient d'en détacher les suffrages du Sénat ? « Equitum centuriae cum sex suffragiis (3) ? » Mais s'il est vrai que les cadres de la chevalerie étaient encore les mêmes au deuxième siècle avant Jésus-Christ qu'au temps de Tarquin (4) , les trois cents sénateurs ne pouvaient pas seuls composer l'effectif des six centuries, lequel devait être égal à celui des douze autres, c'està-dire égal à douze Cents. Il y avait donc dans ces centuries toute la jeunesse sénatoriale. C'est là cette élite de l'ordre équestre que les auteurs ont soin de distinguer et qui se distinguait en effet, non pas seulement par l'usage exclusif de l'anneau d'or et par une place spéciale dans l'assemblée centuriate, mais aussi par les sentiments politiques. Tandis que les chevaliers des douze centuries, rattachés au Sénat par leurs inclinations aristocratiques , aux publicains par leurs rancunes et leurs intérêts , se portaient plus d'une fois du côté de ces derniers ^ le choix de ceux qui formaient les six suffrages n'était pas douteux. Leur origine décidait de leurs opinions. Ils étaient les auxiliaires du Sénat. Ils étaient le Sénat lui-même. Aussi n'est-il pas étonnant que la réforme de 513 u. c. = 241 ait eu pour résultat de réduire leur importance en leur enlevant, si l'on peut parler ainsi, la maîtrise des comices.

Parmi les griefs de l'ordre équestre contre les deux censeurs Claudius et Sempronius , Tite-Live cite la rigueur avec laquelle ils avaient procédé à l'épuration des chevaliers equo publico'. Mais si l'on en juge par les sympathies que leur témoignèrent les

(2) De Rep., IV, 2.

(3) Ihid., II, 22.

(4) Belot, Cheval rom,, I, p. t02-i04. Cf. p. 388.

70 LLs oriCtInes du sénat romain.

membres des six centuries, il est à croire que leur sévérité s'était exercée plutôt contre l'autre fraction de la chevalerie. M.* Belot signale, dans le cours de la deuxième guerre punique, un curieux exemple de la partialité du Sénat en faveur de ces centuries , où il retrouvait son image (1). Tite-Live raconte que les censeurs de Tan 540 u. c. = 214 notèrent d'infamie et privèrent de leur cheval les chevaliers qui avaient comploté d'abandonner Tltalie après le désastre de Cannes. Il ajoute qu'un sénatus-consulte les envoya servir à pied en Sicile sans espoir d'honneur ni de congé, avec les débris de l'armée vaincue (2). Ce qu'il ne dit pas et ce (jui résulte indirectement du discours des députés des légions de Lilybée à Marcellus , c'est que cette dernière mesure épargna les chevaliers sénateurs et fils de sénateurs (3). D'ailleurs le fait est là. Ce discours est de l'an 542 u. c,= 212. Un an auparavant, en 541 u. G. = 213 , on trouve au consulat Q. Fabius Maximus, le fils de l'un des consuls de 540 u. c. = 214 , et un de ceux qui avaient partagé la panique (4).

III. — Les six centuries sénatoriales, — Si elles avaient un râle militaire spécial. — Les légions urbaines.

Les centuries équestres étaient des unités électorales. Elles

(1) Cheval, rom.y I. p. 226-229.

(2) XXIV, 18. - Cf. XXV, 7; XXVII, 11.

(3) XXV, 6. « Ceteros item ex reliquiis cladis ejus , quos tribunos militum habuimus, honçres petere et gerere et provincias obtinere audivimus; an vobis vestrisque liberis ignoscitis facile, P. C, in hsec vilia capita saevire libet?»

(4) XXII. 53. — L. Csecilius Metellus, l'auteur du complot, questeur en cette année 540 u. c. = 214, avait trouvé moyen de passer la même année de la questure au tribunat de la plèbe (V. Willems, Sénat, I, p. 290). Inviolable durant l'exercice de ces deux magistratures , il ne pouvait dans rintervalle, qui du reste fut court (l. c), être expédié en Sicile, lui magistrat désigné. Tout ce qu'on put faire, ce fut d'épuiser, en ce qui le concernait, toutes les ressources de la juridiction censoriale. Son exemple n'est donc pas à citer. Il en est autrement de Fabius , dont l'élection est placée par Tite-Live (XXIV, 43) postérieurement à la mesure prise par les censeurs et au sénatus consultequien fut la suite et l'aggravation. Il ne semble pas , i) est vrai , que Fabius ait trempé dans le complot. Il échappait donc à la dégradation , mais il devait être envoyé en Sicile avec ceux de ses compagnons d'armes qui s'étaient , comme lui , sauvés du champ de bataille. Là, il aurait continué de servir avec Vequus puhlicus comme ces primores equitum qui furent délégués à Marcellus par les légions déshonorées (T.-L. , XXV, 6), puis il aurait été avec eux réduit à Vequus privatus par un redoublement de sévérité de la part des censeurs de 545 u. c. = 209 (T.-L., XXVII, Il ). Terentius Varro, qui fut prorogé chaque année dans son commandement (T.-L., XXV, 6), aurait dû, en toute justice,

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