‹ Les origines du sénat romain:Chapitre 41 sur 116 · DU ROLE MILITAIRE DES SIX CENTURIES · texte numérisé non relu

DU ROLE MILITAIRE DES SIX CENTURIES

étaient aussi des corps militaires. Mais la distinction entre les deux classes de chevaliers ^(/uo publico ne se montre pas à Tarmée comme au Champ de Mars. C'est un point qui a été contesté (1) et qu'il importe de mettre en lumière.

La formation d'une cavalerie légionnaire, recrutée dans la première classe du cens, ouvre une période nouvelle dans l'histoire de.la chevalerie. Cette mesure est rapportée à l'an 354 u. c. = 400 (2). A partir de cette date, les chevaliers equo publico servirent en dehors des rangs, tous les chevaliers, et non pas seulement ceux des six centuries (3). Les uns formaient une garde d'honneur autour du général avec l'élite de la cavalerie extraordinaire des alliés , les autres étaient appelés à remplir les grades de tribun légionnaire , de préfet d'aile, etc. Sans doute, il est certain que ces grades étaient confiés de préférence aux chevaliers de famille sénatoriale ; mais à part cette distinction , qui n'avait rien d'absolu (4) , on ne voit pas qu'il y ait eu aucun privilège en faveur de ces derniers ni aucun corps qui leur fût spécialement afiFecté. M. Belol (5) nous paraît donc faire erreur quand, dans les volontaires campés autour du prétoire, il ne voit que des chevaliers illustres. A ce compte , on se demande quelle aurait été la place

avoir le même sort. Quant à L. Cornélius Scipio, qui déjoua les projets de Metellus (T.-L.; XXII, 53), il est naturel qu'on l'ait épargné.

(1) V. Belot, Cheval rom., I, p. 154-174 et 211-216.

(2) Ibid., p. 175, etc.

(3) T. L., XXV, 37 : < L. Marcius Septimi filius, eques romanus, impiger juvenis, animique et ingenii aliquanto quam pro fortuna. in qua erat natus, majoris, ad summam indolem accesserat Cn. Scipionis disciplina , sub qua, per tôt annos, omnis mililiœ artis edoctus fuerat. » L. Marcius était un chevalier equo publico de condition médiocre. Eques romanus n'a pas d'autre sens dans Tite-Live (XXII. 14. 49; XXXIX, 31 etc.). Quand il veut parler de la cavalerie légionnaire, il dit : « Equités » tout court ou quelquefois « équités leglonariî » (XXXV, 5; XL, 40). Or, L. Marcius avait servi « sub Cn. Scipionis disciplina,» c'est-à-dire à Pécole de Scipion , sous ses yeux , dans son entourage. — On peut se demander pourquoi ce titre de eques romanus , restreint aux chevaliers equo publico , comme si les cavaliers légionnaires n'étaient pas également romains. Il vient sans doute de l'époque où l'armée romaine n'avait pas d'autre cavalerie que la* cavalerie equo publico. C'étaient les cavaliers romains, par opposition au contingent des alliés. Le nom leur en est resté. Cicéron fait de L. Marcius un primipile {Pro BaUf., 15); Valère Maxime un tribun légionnaire (II, VII, 15). Mais Cicéron, dans le discours où il cite le fait en passant, n*était pas tenu à une grande exactitude ; et quant à Valère Maxime . que vaut son témoignage auprès de celui de Tite-Live ? D'ailleurs les tribuns légionnaires étalent des chevaliers equo publico,

(4) Marquardt, Staatsvervo.f II, p. 355.

(5) Cheval. rom,y I, p. 215, 216.

des autres (1). Il est vrai qu'il y a ces paroles de Persée à ses sdidats : « Vous avez mis en déroute l'élite de Tarmée ennemie, cette cavalerie romaine qui se prétendait invincible. Les chevalierssont la fleur de leur jeunesse, la pépinière de leur Sénat. C'est là qu'ils vont chercher, après les avoir faits sénateurs, leurs consuls et leurs généraux (2). » Malgré une inexactitude, peut-être voulue de Tite-Live (3), on entend clairement que Persée fait allusion à la chevalerie equo publico placée au centre, auprès du consul. Or il est certain que tous ces chevaliers n'étaient pas de futurs sénateurs , encore moins de futurs consuls. Ces expressions ne. pouvaient guère s'appliquer en toute justesse qu'aux chevaliers de famille sénatoriale. Mais c'est prendre trop à la lettre les félicitations d'un général victorieux à ses troupes. Il est naturel que Persée ne fasse allusion qu'à ceux dont la défaite était la plus glorieuse pour ses armes. Il prend la partie pour le tout, artifice de rhétorique fort excusable en pareil cas. D'ailleurs il n'est pas absolument faux de présenter Tordre équestre tout entier comme une sorte de réserve où s'alimentait l'ordre sénatorial. N'est-ce pas de là que sortaient les hommes nouveaux qui, en dépit d'une oligarchie jalouse, fondaient la noblesse de leur race? Ce mélange des deux classes de chevaliers paraîtra tout simple si l'on considère que les centuries n'étaient plus que des cadres où les consuls allaient chercher les jeunes gens dont ils voulaient former leur garde. Mais ces deux classes, confondues à l'armée, restaient distinctes dans les comices où la distribution par centuries n'avait pas cessé d'être une réalité.

En remontant à l'organisation militaire antérieure à l'an 354 u. G. = 400, M. Belot croit retrouver, et plus tranchée encore, la même Jigne de démarcation entre les chevaliers des six centuries et ceux des douze autres (4). Mais la théorie qu'il expose fait naître bien des scrupules. La voici en quelques mots.

L'armée comprend en tout huit légions de juniores , quatre ti-

(1) Polybe (VI, 3t) fait camper des deux côtés du prétoire quelques-uns de ceux qui servaient volontairement pour faire plaisir aux consuls :. « xCve^ twv èOcXovTTiôàv (TTpaTeuojiévwv t^ tôv CjTtàrwv x^piTi. » — Il les app'elle volontaires, non qu'ils fussent dispensés du service , mais parce que, dans la liberté laissée à leur choix, ils s'attachaient de préférence à la personne de tel ou tel consul. Au reste, il pouvait y avoir parmi eux de vrais volontaires, comme ces sénateurs qui se firent tuer à Cannes (T. L., XXIÎ , 49). Polybe dit « xCveç, » parce que les autres exerçaient des commandements.

(3) Belot, \, c.

(4) Chwah rom,, I , p. 154-174.

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rées de la plèbe rustique-, et formant deux par deux les deux armées consulaires actives, quatre autres, recrutées à Rome même, restant en réserve à la disposition du Sénat , et , au besoin, mises en mouvement par le préfet de la ville ; ce sont les légions dites urbaines, dont il est souvent question dans Tite-Lite (1). A côté de ces huit légions se rangent les deux mille quatre cents chevaliers equo publico^ seule cavalerie romaine avant 354 u. c. = 400. Les douze cents chevaliers des douze dernières centuries forment la cavalerie permanente des quatre légions consulaires. Les six - centuries sont la cavalerie des légions de réserve. Essentiellement urbaines par leur composition et leur organisation, elles sont naturellement adjointes à celles des légions qui participent du même caractère.

Jusqu'à quel point les douze centuries étaient-elles , plus que les six autres, indépendantes des cadres urbains? C'est une question sur laquelle on aura occasion de revenir (2). On peut, en attendant, l'écarter du débat , et s'en tenir au principal. Si la théorie qu'on vient de résumer est exacte , l'armée était distribuée en deux groupes distincts , représentant chacun une partie de la population totale. Mais alors , il faut renoncer au principe qui , de tout temps, a dominé l'organisation militaire des Romains, et que M. Belot lui-même formule en ces termes : « Chaque partie de l'Etat est également représentée dans chaque corps de l'armée (3). » On a vu cette règle appliquée , dès l'origine , à la formation do la turme équestre et de la légion primitive (4). Cinq siècles plus tard, Polybe montre encore les tribus comparaissant l'une après l'autre devant les vingt-quatre tribuns militaires et fournissant chacune leur contingent aux quatre légions ordinaires (5). Rien n'autorise à croire qu'on ait procédé différemment pour les autres. Comment, dans ce cas, aurait-on pu lever deux armées recrutées, l'une parmi les habitants de la campagne, l'autre parmi ceux de la ville ? On sait que ces derniers formaient les tribus urbaines Palatine , Suburane , Esquiline et Colline. Sans doute, il arriva un temps où, les tribus cessant d'être des divisions territoriales , Rome compta tous les jours un plus grand nombre

(!) VI, 9; XXII, 11; XXIII, 14, 25,31; XXIV, 44; XXV, 3,5; XXVI, 28; XXVII ,3,7,8, etc. V. tous les textes réunis par M. Steinwender , Die légumes urbanx , Philologus , XXXIX , p. 527-540,

(2) V. 2* partie, chap. II , J 6.

(4) V. f partie, ch. 111,8 1,

de gens appartenant aux diverses tribus rustiques. Mais ce mélange ne s'accomplit qu'à la longue , et c'est à Servius qu'on prétend faire remonter le système en question.

Tite-Live ne rappelle qu'une levée à laquelle n'aurait point participé l'eiîsemble des citoyens. Des trois tribuns militaires de l'an 336 u. c. = 418 , L. Sergius Fidenas, M. Papirius Mugilanus et C. Servilius , les deux premiers doivent marcher contre les Eques, tandis que le dernier est désigné pour la préfecture de la ville (1) : a Le Sénat décide que le recrutement ne se fera pas dans le peuple tout entier. On tire au sort dix tribus , parmi lesquelles les deux tribuns choisissent les jeunes gens qu'ils doivent mener à la guerre (2). » M. Belot ajoute le commentaire suivant : a Sergius et Papirius , qui avaient pouvoir consulair-e , ont dû , selon l'usage des consuls, mettre en campagne quatre légions; et, comme.il y avait alors vingt ou vingt et une tribus, les jeunes gens des dix ou onze tribus qui n'avaient pas été soumises au recrutement , ont dû former quatre légions de réserve. ^Servilius , tribun préposé au commandement de la ville, les arma, en effet, pour secourir ses collègues (3). » Ce raisonnement est juste, sauf peut-être en un point. Les deux armées consulaires, levées en vue d'une guerre considérée d'abord comme peu redoutable (4) , n'étaient sans doute pas aussi fortes que d'habitude. Autrement, pourquoi aurait-on restreint la levée à la moitié de la population ? Mais il n'importe. Le texte de Tite-Live suggère d'autres observations plus importantes. D'abord le mode de recrutement employé dans ces circonstances est présenté comme tout à fait anormal. C'est une exception qui confirme la règle. En second lieu , les tribus qui sont appelée^ à former les légions de réserve ne sont point toutes urbaines. Elles sont , en effet, au nombre de dix ou onze, dont six au moins ou sept qui sont rustiques. Et rien absolument ne prouve que les quatre autres ne l'aient pas été également , car Tite-Live a soin de nous apprendre que le partage se fit par la voie du sort ; et , ainsi , il a pu fort bien arriver que les quatre tribus urbaines, étant tombées dans la première catégorie , aient dû servir dans les légions actives et n'aient pas fourni un homme à l'armée de réserve.

Que deviennent , devant ces raisons, les deux textes de Tite-

(4) 45 : « iEquorum jam velut anniversariis armis assueverat ciyitas. *

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