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LES LÉGIONS URBAINES

même nombre avait été fourni par les colons et les alliés (1). » Ces alliés sont-ils les Latins et les Herniques dont il est question plus haut? Que deviennent dans ce cas les a sujets » dont la place a été marquée tout à Theure à côté des Colons? Ou bien supposera-t-on que ce mot « alliés » est mis pour celui de « sujets » ? Mais il est clair qu'il s'applique encore moins bien que l'autre aux Romains de la campagne. Car ces Romains sont des sujets, à la rigueur, mais ce sont des Romains. Toutefois on ne peut s'empêcher de remarquer que ces alliés sont opposés avec les colons aux légions de la ville comme tout à l'heure les « sujets: » On le voit, l'interprétation de ce passage n'est pas si simple qu'il paraît d'abord, et celle même du précédent n'est pas exempte de difficultés. Admettons pourtant que, dans le second comme dans le premier, Denys ait voulu distinguer entre une armée romaine exclusivement recrutée dans la ville, et une autre au dehors. Un texte aussi manifestement dépourvu d'autorité l'emportera-t-il sur tous les autres* qui le contredisent? N'est-on pas en droit de supposer que Denys s'est trompé sur le sens de ce mot a légions urbaines » en croyant qu'il faisait allusion à la composition de ces troupes, au lieu qu'il en rappelait simplement la destination? On remarquera en effet que ces légions urbaines sont, dans son récit, des légions actives. L'armée de réserve existe. Elle comprend deux légions de juniores campées en avant de Rome, et deux de seniores qui tiennent garnison dans l'enceinte (2). Mais Denys ne dit en aucune façon qu'elle ait été levée dans telle ou telle fraction de la population.

Il y a un dernier texte de Tite-Live qui réclame une explication. C'était en l'an 405 u. c. = 349. Rome, pressée d'un côté par les Gaulois, de l'autre par les pirates grecs, vient d'apprendre que les Latins refusent de fournir leur contingent : a Le Sénat ordonne aux consuls de mettre sur pied toutes les forces de la République. On enrôle de toutes parts, non pas seulement la jeu nesse de la ville, mais aussi celle de la campagne. On rapporte qu'on leva ainsi deux légions (3). » Remarquons d'abord que de toute manière ce texte ne prouve rien pour la théorie de M. Belot.

(L) IX, 13 : « AOtcÔv (tàv Y^p '^<<^v èx t^c TcéXftcoc P(id4J.a((i>v ii xpaTCcrcv) Tt xal éicC- Xextoc àx(Lifj 6i(T(tup((ov (i^XiffTa litXjSiN âyévero , xal tcov 9uvteTaY(jiivb)v toTç T^ttapat Tàyiiaaiv iTCicécûv 6(mO ti xi^^c^v xal dtaxoaCoyy, &ico(x«dv 5è xal ov(t|j.dx(dV ixépa Toaa^TiQ. »

(3) y II , 25 : « Undique , non urbana tantum , sed etiam agre»ti ]uTen« tute »

Si en effet les gens de 'la campagne formaient Tarmée active et si ceux de la ville n'étaient appelés que pour la réserve, Tite-Live n'aurait pas dû dire : « non urbana tantum sed etiam agresti » mais : a non agresti tantum sed etiam urbana. » La même observation vaut contre M. Weissenborn quand il suppose que Tite- Live fait allusion à Tenrôlement des capite censi^ plus nombreux à Rome qu'ailleurs. Que signifie donc cette opposition? Il faut se rappeler ce qui a été dit plus haut des levées faites sur place dans les circonstances extraordinaires (1). Or, il n'est pas douteux qu'il ne s'agisse ici d'une levée de ce genre. On était en présence d'un iumuUus gallicus. Le mot se trouve quelques lignes plus bas. S'il en est ainsi, on peut se permettre une hypothèse. L'annaliste que Tite-Live avait sous les yeux disait que la levée s'était faite en ville, pour les habitants de la ville, au dehors, en différents endroits, « undique » pour ceux du dehors. Mais Tite- Live l'a mal compris ou l'a mal rendu.

Du moment où les légions urbaines ne se recrutaient pas exclusivement dans la ville (2), il n'y pas lieu de leur adjoindre les six centuries , sous prétexte que ces dernières , par leur organisation et leur composition , étaient des corps exclusivement urbains. II importe, du reste , de ne pas oublier que l'organisation des centuries ne répondait nullement à celle de la cavalerie légionnaire. Chaque légion comptait trois cents cavaliers (3). Or , les six centuries primitives qui représentaient la force en cavalerie de quatre légions, avaient chacune un effectif de deux cents chevaux (4). Quant aux douze autres , il est vrai qu'elles étaient fortes chacune de la moitié (5) , et que , par conséquent , la réunion de trois d'entre elles pouvait former la cavalerie d'une légion ; mais ce n'était pas en trois groupes de cent que les trois cents cavaliers légionnaires étaient distribués. Us formaient dix escadrons ou turmes, de trente hommes chacun , commandés par un décurion (6). Les centuries n'étaient donc pas des corps prêts à marcher à l'ennemi , mais simplement des cadres mettant à la disposition des tribuns des hommes tout équipés et tout armés. Sur la manière dont l'enrôlement s'opérait , on n'a qu'une

(2) Il nous suffit d'avoir mis en lumière ce point. Sur le rôle et la compositioa des légions urbaines, v. le travail de M. Stelnwender cité p. 73 , n. 1.

(3) Marquardt, Staatwem,y II, p. 337, 338.

(4) Belot, ChevaU rom., I, p. 100, 101.

(6) Marquardt , l, c.

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