OXFORD
teurs furent distribués par nombre égal dans chaque décurie afin de prendre en mains, à tour de rôle, le gouvernement de la •cité. » On le voit, il n'est fait aucune allusion à une deuxième opération qui aurait consisté, les décuries une fois formées, à extraire de chacune d'elles un des dix interrois. Il est vrai que s'il y a omission, il n'y a point négation, de sorte qu'il n'est pas impossible de ramener, même sur ce dernier point, le texte de Tite-Live à celui de Denys. Mais, quand il y aurait divergence sur ce point et sur les autres, il n'y en aurait pas, en tout cas, sur le seul qui nous intéresse, la division du Sénat par décuries.
D'où vient cependant qu'il ne soit pas dit un mot de cette organisation dans Cicéron (1) et dans Plutarque (2)? C'est que Cicéron ne sort pas, à propos de l'interrègne, des généralités. On a eu déjà occasion de le remarquer. Il étudie l'esprit des institutions de son pays. Il n'en fait pas l'histoire. Quant à Plutarque, son silence ne peut être attribué qu'à un malentendu. Il raconte qu'après la mort de Romulus, les sénateurs exercèrent l'interrègne, chacun son tour, six heures du jour et six heures de la nuit. M. Mommsen montre fort bien que ce système, tout extraordinaire qu'il paraisse, n'a pas été imaginé au hasard (3). Plutarque a lu, comme Tite-Live et Denys, que l'interrègne avait duré cinquante jours, mais il ne s'est pas aperçu qu'il s'agissait du temps mesuré à chaque décurie d'interrois. Il a cru comprendre que, dans l'espace de cinquante jours, chaque sénateur avait eu le pouvoir à son tour. Dans ces conditions, il fallait que l'interrègne de chacun des cent sénateurs n'eût pas dépassé douze heures. Tel a été le calcul de Plutarque, ou pilutôt de l'auteur qu'il a copié maladroitement, car il ôte à ce calcul toute raison d'être en comptant cent cinquante sénateurs. Mais sa distraction n'empêche pas de rétablir le raisonnement et de voir d'où il procède, d'une méprise sur un texte où il est question plus ou moins clairement des décuries.
Y a-t-il un rapport entre la division du Sénat par décuries et celle du peuple par curies? La question ne se poserait même pas, si, comme le dit M. Mommsen, les décuries étaient formées par la voie du sort (4). Mais il y a dans cette assertion une singulière
(l)De flép., n, Il
(2) Numa , 2.
(3) Rom. Forsch.f I, p. 221.
(4) Ibid., p. 219.