II. — La division ternaire en Grèce
Les Etats grecs mieux connus donnent lieu à des observations plus nombreuses et moins conjecturales. Il n'est pas nécessaire de remonter jusqu'aux trois fils d'Hellen qui rappellent de si près les trois fils de Mann. L'histoire est plus significative que la légende. Les Ioniens, les Achéens, les Eoliens, les Dorions sont soumis à la tyrannie des systèmes numériques. Elle a laissé chez eux des traces qui ne peuvent échapper à Tobservateur le plu« superficiel.
Le nombre douze est le nombre sacré des Ioniens (3). Le nombre trois qui est à la base, bien que dissimulé le plus souvent, apparaît lui-même quelquefois. Les Ioniens. d'Asie Mineure forment une confédération de douze villesl Hérodote les énumère trois par trois (4). L'Attique est divisée par Cécrops en douze cantons (5). Athènes est partagée en quatre tribus dont chacune comprend trois phratries. Les douze phratries comprennent chacune trente gentes composées de trente chefs de famille (6). Lorsque les Alcuiéonides furent accusés de sacrilège, ils comparurent devant un tribunal de trois cents eupatrides (7). Lorsque Clisthène fut banni par la faction oligarchique» Isagoras voulut substituer au sénat de Selon un conseil de trois cents membres (8).
(l) VI, 51.
(i) PoUtiqm, II, 8. 1. Didot.
(3) Curtius, Histoire grecque^ trad. Bouché-Leciercq, I, p. 134.
(4) Hérod., I, 142, 143, 145. Strabon, XIV, l, 3, 4. — Sur l'exclusion de Smyme, v. Niebuhr, Eist rom,j III, p. 29, trad. Golbéry.
(5) V. Hermann, Lehrbuch der Grieeh, ÀntiquitéUenf t. I, § 9t.
(6) V. Hermann, ibtd., J 93, 94, 97. — V. encore, § 92, la division du pays en quatre sous les quatre fils de Pandion , et, § 95, les trois ordres de Thésée.
(7) ï>lutarq., Solon, 12.
(8) Hérod.. V, 72. — V. les quatre tribus ioniennes à Cyzique, en Mysie» Bœckh, C. i. G., 3665.
6 LES ORmiNES DU SÉNAT ROMAIN.
Le nombre douze est aussi le nombre des Eoliens. Leur coufédération d'Asie Mineure comprend également douze villes (1). Il est celui des Achéens dont la confédération est de douze peuples (2). Ce sont douze peuples qui font partie de Tamphictyonie delphique (3). Ils se répartissent en trois groupes : le groupe thessalien, le groupe œtéen, et le groupe parnassique (4).
Les Maliens, les Etoliens sont , au temps de Thucydide, fractionnés en trois (5). La Triphylie s'appelle ainsi parce qu'elle a été peuplée par trois races (6). Démonax, appelé de Mantinéepour donner des lois aux Cyrénéens, les divise en trois tribus (7). Marseille a un sénat de six cents membres (8) qui paraît avoir été à Torigine moins nombreux, peut-être de moitié (9). En tout cas, il est certain que ce sénat de trois cents ou de six cents membres nous donne une idée exacte de celui de la métropole , de Tancienne Phocée. L'île de Chypre renfermait neuf villes principales qui en avaient d'autres moins considérables sous leur dépendance (10).
Pans quelques villes cariennes, àMylasa,à Olymos, les anciennes familles étaient distribuées en trois tribus qui plus tard formèrent une assemblée aristocratique, par opposition à Vecclesia où figurait l'ensemble des citoyens (11). Homère montre Tîle de Rhodes partagée en trois tribus qui occupent les trois villes de Lindos, dialyses, de Camire (12). Mais si à Chypre la division ternaire remonte très probablement aux Phéniciens, à Rhodes et en Carie il faut sans doute Tattribuer à la colonisation dorienne (13).
Nulle part en eCFet elle n'a laissé une empreinte plus durable
(t) Hérod., 1. 149.
(2) Id. I. 145. Polyb., II. 41. Slrabon, VIII, 7, 3-5. Pausaniag, VII, 6. Sur la persistance du nombre douze, v. Niebuhr, l, e.
(3) V. Hermann, o. c, I, S t2.
(4) Curtius, Hist. grecque, trad. Bouché-Leclercq, I, p. 131, etc.
(5) Thucyd.. III, 92, 94.
(6) Strabon, VIII, 3, 3.
(7) Hérod., IV. 161.
(8) Strabon, IV, 1. 5.
(9) Arist., Polit, V, V, 2.
(10) Diod., XVI, 42.
(11) Lebas et Waddington, Inscriptions grecqties et latines recueiUdes en Grèce et en Asie-Mineure^ 377-379.
(12) lliad., II. 653-670.
(13) Strabon le conteste pour Rhodes, XIV, II, 6. - Prusias, sur l'Hjpius, comptait primitivement quatre tribus, et en eut plus tard dix ou douze. II en était de même dans d'autres cités. V. Perrot, Exploration archéologiqw de la Galatie et de la Bithynie, p. 33, etc. Leb. Waddington, 1176.