‹ Les origines du sénat romain:Chapitre 62 sur 116 · DE LA CONSTITUTION DELA6BNS · texte numérisé non relu

DE LA CONSTITUTION DELA6BNS

Ce n'est pas tout. On se demande ce que devenait ce lot après la mort du père. Puisqu'il était à peine suffisant pour l'entretien de deux ou trois personnes, on ne peut croire qu'il filt partagé entre les fils du défunt , s'il en avait plusieurs. Le sens exact du mot heredium s'oppose d'ailleurs à ce morcellement, sans compter qu'il eût abouti à des parts dérisoires. Avec V heredium , on pouvait établir un fils, l'aîné. Quant aux autres, ils devaient être pourvus sur le domaine commun. Mais ici il y a une autre difficulté. Ce domaine commun , quelque vaste qu'on le suppose , ne pouvait suffire à une population qui serait allée sans cesse en augmentant, car il aurait fini par être réduit tout entier en herediaj et la fortune de tous aurait été tarie dans sa source. Que seraient devenus d'ailleurs les clients qui vivaient sur ce domaine, que l'on ne pouvait déposséder sans sacrilège, dont on devait au contraire, par un intérêt bien entendu , favoriser l'accroissement , puisque une nombreuse clientèle était la force et l'honneur de la gens dont elle dépendait? Or, cette nombreuse clientèle ne pouvait s'obtenir qu'en limitant le nombre des patriciens , car tout ce qui était accordé aux uns était autant de retranché aux autres. La gens^ dirat-on , trouvait un débouché dans la conquête , dans les colonies qui permettaient d'assurer le sort des cadets, dans les occupations du domaine public qui 'ajoutaient aux ressources de la communauté. Mais nous parlons d'une époque où le territoire de Rome n'avait encore reçu qu'une très faible extension (1). Les conséquences d'un tel régime sont partout les mêmes. Sitôt qu'une nation, une classe, une famille ne peut se multiplier qu'aux dépens de son bien-être, la force de reproduction qui réside en elle tend à décroître. Ainsi il a dû arriver que les heredia retournaient par extinction au patrimoine commun dont ils étaient détachés. Quant à les faire entrer dans une gens voisine , il n'en pouvait être question. Le droit successoral ne le permettait pas.

VIII, 11. V. C. /. L., I , l. c). V. la note de M. Mommsen, Hist. rom., I, p. 251, trad. Alexandre.

(1) La période conquérante de Rome royale ne commence guère qu'avec Ancus Marcius, le fondateur d'Ostie. Les essais de colonisation dont Tite-Live et Denys font honneur à Romulus sont du domaine de la fable. En tout cas, ces colonies auraient été dans le voisinage immédiat de Rome. La tradition n'attribue de colonies ni à Numa ni à Tullus Hostilius. La chute d'Albe n'enrichit pas le patriciat romain , s'il est vrai qu'elle laissa subsister le patriciat albain en tout ou en partie (V. 2* partie, ch. I, § 1). Mais avec Ancus Marcius, le régime de la cité commence à se modifier. La plèbe apparaît. On verra du reste comment ce changement n'influa pas tout de suite sur les conditions d'existence de la gens. V. 2* partie , ch. II , g 3.

Ces vues sur la gens romaine ont une telle importance pour rhistoire du Sénat patricien , de sa constitution et de ses transformations qu'on ne saurait trop y insister. Au premier abord lès témoignages des anciens y paraissent aussi contraires que les préjugés des modernes. On se figure Volontiers la gens coraine une vaste famille , composée d'une branche aînée et de beaucoup de cadettes, et formant à elle seule, en dehors des clients, un groupe très nombreux. On cite les trois cent six Fabii et leur mort glorieuse sur le Crémère. Trois cent six , c'est , à une unité près, le nombre des soldats pris en 396 u. c. = 358 sous le commandement du consul C. Fabius et immolés par les Tàrquiniens (I). La coïncidence est au moins surprenante. Mais passons. Tite-Live voit dans ces Fabii autant de patriciens, tous dignes de servir de chefs au Sénat (2). Ces derniers mots suffiraient pour mettre en défiance. Ce n'est pas un historien qui parle. C'est un rhéteur, ou plutôt c'est un panégyriste, c'est l'annaliste Fabius Pictor, chantant les louanges de sa race. Mais la première assertion paraît-elle plus digne de foi? Une gens Fabia composée de trois cent six individus en état de porter les armes suppose un minimum de douze cents têtes. Or, cette mâme gens n'a laissé derrière elle qu'un enfant , seul gage de l'avenir dans le désastre où ont péri tous les siens (3). Denys lui-même n'y peut croire (4). Il imagine, pour rendre cette tradition plus vraisemblable , qu'elle s'applique exclusivement aux trois branches consulaires, représentées par les trois frères Caeào, Qùintus et Marcus , les seuls Fabii que l'histoire nous fasse connnaître

(1) T. L., Vil. 15. On remarquera aussi que le môme nombre rappelle les trois cents Spartiates de Léonidas morts dans des conditions à peu pr^ semblables. Ces analogies ne permettent-elles pas de soupçonner quelque arrangement ingénieux dans les récits des annalistes?

(3) T. L., II, 50; III, 1. Denys . IX, 22. Ovid., Foil., II, 235, etc. Zonaras, VII, 17, etc.

(4) L. c. On a contesté (Schwegler, Rôm, geseh,, II, p. 526), Tauthenticité de cette tradition, sous prétexte que cet enfant ne serait autre que Q. Fabius, consul en 287 n. c. = 467 , dix ans après la catastrophe (277 u. c. = 477) et douze ans après le départ de la gens (275 u. c. = 479). Mais on oublie que les lois annales n'existaient pas encore et que l'on pouvait arriver fort jeune au consulat M. Valerius Ck>rvuS fut consul à vingt-trois ans, en 406 n. c. = 348 (T. L., VII. 26. Cf. Cic.,PWl., V, 17. Tac, Ann., XI. 22). Supposons que Fabius ait eu entre douze et quinze ans , au moment oti les siens allaient combattre sur le Crémère. Il était « puer impubes et (Sdhuc non utilit armit » (Ovide, I. c), ce qui n'empêche pas qu'il ait pu être consul dix ou douze ans plus tard.

à cette époque. Hypothèse juste , si elle ne s'arrêtait à moitié chemin. Car il ^'sigit bien de la gens entière. Le langage des historiens est formel. Mais la vérité est que la gens ne comprenait que les trois branches en question. Tout s'explique ainsi de la façon la plus simple. Parmi les trois cent six Fabii il y a les clients. Leur devoir était d'accompagner leur patron à Ja guerre, et Denys (1), Aulu-Gelle (2), Servius (3), Festus (4) racontent qu'ils n'y manquèrent pas en cette circonstance. Ils se trompent seulement quand ils les comptent à part des trois cent six combattants dont les archives des Fabii font mention. Mais l'erreur n'est pas de leur fait. Elle vient des Fabii eux-mêmes , intéressés à rehausser le prestige de l^ur gens en en multipliant l'effectif. Pour cela leur orgueil ne répugnait pas à transformer en patriciens tous leurs clients , et ils le pouvaient d'autant mieux que patriciens et clients portaient le même nom (5).

Une preuve que les gentes patriciennes ne comprenaient pas un très grand nombre d'individus, c'est leur rapide extinction. Le patriciat romain est constamment en voie de décroissance, et, par un phénomène remarquable , cette décroissance s'accélère à mesure qu'on remonte vers les temps de sa prospérité et de sa grandeur.

M. Mommsen (6) a donné une liste des gentes patriciennes connues suivant un critérium que M. Willems juge avec raison trop étroit (7). De son côté, M. Willems nous paraît en avoir adopté un beaucoup trop large , quand il ajoute à tous les noms gontilices patriciens ceux qui sont mentionnés comme ayant été portés par des plébéiens avant le milieu du quatrième siècle de Rome.

(2) XVII, n,

(3) En., VI, 846.

(5) Dans le récit qui nous montre toute la gens Potitia , détruite pour avoir négligé les devoirs de son culte envers Hercule , la gem se compose de douze familles et compte trente pubères ; mais , outre que ce fait tient plus de la légende que de l'histoire , il est censé se passer au milieu du cinquième siècle de Rome (T. L., IX, 29. Fest., p. 237. Val. Max., T. I, 17). A cette époque, les causes qui entravaient le développement de la gens n'existaient plus, ainsi qu'on le montrera plus loin.

(6) Rom. Forseh., I, p. 102-123.

(7) SéMt, I, p. 49-88.

Il ne fait en cela que se conformer à un système d'après lequel les plus anciennes familles plébéiennes ne seraient autres que des familles clientes émancipées. Mais , pour qui n'attribue pas à la plèbe cette unique origine (l) , il est clair que cette deuxième partie de la liste doit être rejetée. On s'en tiendra ici à la première , en y pratiquant seulement trois suppressions , dont les motifs ont été exposés ailleurs avec différentes observations se rattachant au môme sujet (2).

Réduite ainsi , la liste comprend les soixante- treize gentes dont les noms suivent :

1. iEbutia. 2. iEmilia. 3. Antonia. 4. Aquilia. 5. Aternia. 6. Atilia. 7. Gamilia. 8. Ganuleia.(?)9.Cassia. lO.Cispia. 11. Claudia. 12. Glœlia. 13. Gaelia. 14. Gominia. 15. Cornelia. 16. Guriatia. 17. Gurtia. 18. Diulia. 19. Fabia. 20. Foslia. 21. Fulcinia. 22. Furia. 23. Galeria. 24. Gegania. 25. Genucia. 26. Hermenia. 27. Horatia. 28. Hostilia. 29. Julia. 30. Junia. 31. Lartia. 32. Lemonia. 33. Lucretia. 34. Manlia. 35. Marcia. 36. Menenia. 37. Minucia. 38. Mucia. 39. Nautia. 40. Numicia. 41. Oppia. 42. Orbinia. 43. Papiria. 44. Pinaria. 45. Pœtelia. 46. PoUia. 47. Pompilia. 48. Postumia. 49. Potitia. 50. Pupinia. 51. Quinctia. 52. Quinctilia. 53. Raboleia. 54. Racilia. 55. Romilia. 56. Roscia. 57. Sempronia. 58. Sergia. 59. Servilia. 60. Sestia. 61. Siccia. 62. Sulpicia. 63. Tarpeia. 64. Tarquinia. 65. Tarquitia. 66. Tullia. 67. Valeria. 68. Verania. 69. Verginia. 70. Veturia. 71. Vitellia. 72. Voltinia. 73. Volumnia.

Sur ce nombre , on en trouve quatorze survivant dans le dernier siècle de la république. Ge sont les gentes :

1. iEmilia. 2. Glaudia. 3. Gornelia. 4. Fabia. 5. Julia. 6. Manlia. 7. Pinaria. 8. Postumia. 9. Quinctia. 10. Quinctilia. II. Sergia. 12. Servilia. 13. Sulpicia. 14. Valeria (3).

Rien ne prouve que les Furii du septième siècle aient été patriciens (4). Mais comme rien non plus ne prouve le contraire, on peut ajouter à ce tableau le nom de la gens Furia. On ne sait pas du reste si les Furii Gamilli qui jouèrent un assez grand rôle sous Tibère et sous Glande (5) descendaient du vainqueur des Gaulois. Tacite semble le croire (6). Mais la résurrection de

(1) V. 2- partie, chap. Il, J 1.

(2) y. notre article cité p. 16, n.4.

(3) Mommsen, o. c, p. 122.

(4) Willems, Sénat, I, p. 520, n» 322.

(5) Tac, Ann., II, 52; VI, 1 ; XII, 52. Suet., Claud., 13.

(6) ilnn., II, 52.

LA OÉGROISSANGE DU PATRIGIAT. 115

cettefamille, après une si longue disparition, est bien surprenante. Ces Furii ne sont peut-être que des plébéiens qui, par des généalogies supposées et par l'usurpation du surnom de Camillus , ont essayé de donner le- change sur leur véritable origine. Peut-être aussi sont-ce les Furii du septième siècle qui ont abandonné leur surnom de Grassipes pour faire revivre cet autre plus illustre (1).

Sur les quatorze ou quinze gentes que nous venons d'énumérer, on ne trouve plus, après Auguste et Tibère, que les ^Emilii, les Claudii, les Cornelii, les Fabii, les Sulpicii, les Valerii. Les Manlii, les Postumii, les Servilii ne survivent pas à la république. Les Quinctilii,ies Quinctii s'éteignent sous Tibère. Les Julii ne durent au delà de César que par l'adoption. Les Furii CamiUi sont douteux.

Ces quatorze ou quinze gentes sont représentées dans le Sénat de 699 u. c. = 55 par quarante-six sénateurs (2), à l'exception de la gens Sergia qui s'est éteinte un peu plus tôt , en 691 u. e. = 63 , dans la personne de L. Sergius Catilina , et de la gens Pinaria dont le dernier rejeton patricien connu est L. Pinarius Natta, pontife en 696 u. c. = 58 (3).

Cent vingt-quatre ans plus tôt , en 575 u. c. = 179 , le Sénat compte quatre-vingt-huit patriciens (4) et le patriciat dix-huit gentes. Ce sont , en outre des quinze précédentes , les gentes JEhn^ tia, Papiria, Veturia (5). Ce chiffre peut être porté à vingt, on y ajoutant la gens Clœlia, dont le dernier représentant, P. Clœlius Siculus, est mentionné un an auparavant (574 u. c. = 180) en qualité de roi des sacrifices (6), et la gens Marcia qui donne un titulaire du même sacerdoce en 544 u. c. = 210 et qui prolonge peut-être son existence jusqu'au septième siècle (7).

La gens Papiria disparaît à partir de 578 u. c. = 176 (L. Papirius Maso , préteur) (8). La gens iEbutia, à partir de 586 u. c. =

(1) Oq verra plus loin (§ 5), que c'était assez Tusage chez les familles patriciennes.

(2) Willems, Sénai, I, p. 556. (En comptant les trois Furii.)

(3) Mommsen , o. c, p. 90, n. 38, et Bardt, Die Priester der vier grosten Collégien y p. 15.

(4) Willems, Sénat, I, p. 366.

(5) Ihid.

(7) Par les Marcii Reges. V. Pauly, Encykl, IV, p. 1533.

(8) T. L., XLI, 14. Au temps de Cicéron, il n'y avait plus de Papirii patriciens. Àd Famti., IX, 21.

168 (M. iEbutius Helva, préteur) (1). La gem Veturia, à partir de 641 u. c. = 113 (L. Veturius Philo, questeur) (2).

Dans l'intervalle deux fois séculaire environ qui s'étend entre l'an 575 u. c. = 179 et l'an 388 u. c. = 366 ^ date des lois liciniennes , on compte vingt-quatre gentes patriciennes qui sont, en outre des vingt précédentes , les gentes Foslia, Potitia, Verginia, Nautia. Elles disparaissent , la gens Foslia, à partir de 436 u. c. = 318 (M. Foslius, cos.), la gens Potitia, à partir de 442 u. c. = 312, dans une catastrophe dont la légende s'est emparée (3), la gens Verginia , à partir de 458 u. c. = 296 (Verginia A. F., épouse du consul plébéien L. Volumnius) (4) , la gens Nautia, à partir de 467 u. c. = 287 (G. Nautius Rutilus, cos.).

Tl n'est pas possible de déterminer pour cette période le nombre des sénateurs patriciens avec une approximation aussi juste que tout à l'heure. Néanmoins , M. Willems a pu établir que de 442 u. c. = 312 à 538 u. c. = 216, les gentes Cornelia, Fabia, Valeria , iEmiUa , Claudia , Manlia , Postumia , Servilia , Sulpicia , Papiria , Furia , Julia , Nautia , Quinctia , Veturia ont fourni soixante-treize sénateurs curules contre soixante-quinze tirés de la plèbe (5). L'équilibre est établi entre les deux ordres. La gens Foslia a disparu avant l'ouverture de cette période , la Verginia et la Clœlia sont sorties de la carrière des honneurs, la Potitia et la Marcia ne paraissent pas y être jamais entrées , P^Ebutia, la Sergia, la Pinaria, la Quinctilia subissent une éclipse

relative.

Ainsi, au lendemain des lois liciniennes, sur soixante-treize gentes patriciennes connues , nous n'en trouvons plus que vingtquatre. A partir de cette époque, le patriciat décroît, suivant une loi constante et dans des proportions assez faibles. En effet , de 544 u. G. = 210 à 696 u. c. = 70, il perd cinq gentes. De 388 u. c. = 366 à 544 u. c. =210, il en perd quatre. C'est la moyenne pour une période d'environ un siècle et demi. La mortalité de-

(1) T. L., XLIV, 17. V. Mommsen, o. c, p. 112, n. 90. Willems, Sénat, I, p. 350, n° *234.

(2) V. Pauly , Encykl. , VI , p. 2540 , n« 18. Si ridentification proposée par Pighias n*est pas fondée , la gens Veturia disparaît environ un siècle plus tôt (L. Veturius Philo cos. 548 u. c. = 206. T. Veturius Philo, flamen Martialig 550 u. c. = 204. T. L., XXIX, 38).

(5 Sénat, I, p. 279-283.

vient plus forte dans les dernières années de la république et les premières de Tempire. On en devine la raison.

Elle sévit aussi avec une grande intensité dans la période qui précède les lois de Licinius. Il suffit , pour s'en convaincre , de rapprocher ce nombre de vingt-quatre gentes , existant encore après ces lois , du nombre total de soixante-treize que l'histoire nous fait connaître. Dix-neuf ont disparu durant les quatre-vingtcinq ans qui se sont écoulés entre la première année du décemvirat (303 u. c. = 451) et le triomphe de la plèbe. Ce sont les gentes Sestia, Romilia, Curiatia, après 303 u. c. = 451, les gentes Oppia, Pœtelia, Raboleia, après 304 u. c. = 450, la gens Herminia, après 306 u. c. = 448, la gens Curtia, après 309 u. c. = 445, les gentes Roscia , Fulcinia , après 316 u. c. = 438 (1) , la gens Antonia, après 332 u. c. = 422, la gens Genucia , après 358 u. c. = 396, la gens Lucretia , après 361 u. c. = 393 , la gens Sempronia, après 374 u. c. = 380, la gens Horatia, après 376 u. c. = 378, la gens Menenia., après 378 u. c. =376, la ^'ms Gegania, après 387 u. c. = 367. Les cinquante-huit ans qui se sont écoulés entre l'établissement de la république et le décemvirat ont vu disparaître dix-huit gentes : les gentes Tarquinia, Junia, Vitellia (2), après 245 u. c. = 509 , la gens TuUia, après 254 u. c. = 500 , la gens Lartia , après 256 u. c. = 498 , la gens Cominia, après 261 u. c. =. 493 , les gentes Aquilia , Siccia , Mucia , après 267 u. c. = 487 (3) , la gens Cassia , après 268 u. c. = 486 , la gens Orbinia , après 282 u. c. 472 (4) , la gens Numicia , après 285 u. c. = 469 , la gens Volumnia, après 293 u. c. = 461 , les gentes Tarquitia , Racilia (5), après 296 u. c. = 458, la gens Minucia, après 297 u. c. = 457, les gentes Aternia et Tarpeia, après 300 u. c. = 454 (6).

Les gentes Pompilia, Canuleia, Verania, Hostilia sont signalées par la tradition comme contemporaines des origines de Rome. Les gentes Gaslia , Cispia , Camilia , Galeria , Lemonia , PoUia , Pupinia, Voltinia sont connues seulement pour avoir donné leur nom à un quartier de la ville ou à une tribu rustique. Les unes et les autres sont placées en dehors de toute donnée chronologi-

(1) T. L., IV, 17, Pline, H. N., XXXIV, 5, édit. Detlefsen. Cic, Phily IX, 2.

(2) Deoys, V, 6. Plut., Public,, 3. T. L., II, 4.

(3) V. notre article cité p. 16, n. 4.

{4) Denys , IX, 40.

(6) Pour les dates qui ne sont pas confirmées en note par un texte , v. les Fasti consulares inter se eoilati, C. L L.,1,

que. Cela fait douze gentes sur soixante-treize dont on ne peut dire à quel moment elles sont ou paraissent éteintes.

Il faut répondre aux objections qui pourraient menacer la solidité de ces résultats. Denys compte de son temps près de cinquante familles dites troyennes (1). Or, sur les quatorze ou quinze gentes patriciennes dont nous constatons la durée jusque vers la fin de la république , il y en a trois seulement qui rentrent dans cette catégorie, la Julia, la Sergia, TiEmilia (2). S'il en est ainsi, récart entre les gentes que nous connaissons et celles qui existaient en effet est tel que Thistoire du patriciat ne peut manquer de nous échapper. Mais il faut remarquer d'abord que Denys ne parle pas des gentes^ mais des branches des gentes (oTxoi). Il faut examiner ensuite quelle peut être la valeur de cette assertion. Il n'est pas douteux qu'elle ne s'appuie sur le livre de Varron : Des familles troyennes (3). Bien que cet ouvrage soit perdu , on s'en fait une idée par les emprunts de Virgile. Us montrent assez quelle en était la méthode et qu'il se bornait à enregistrer les fables forgées par la vanité nobiliaire de quelques Romains. Ce n'étaient pas seulement des maisons patriciennes qui se vantaient de remonter jusqu'aux compagnons d'Enée. Des plébéiens affichaient la même prétention , les Caecilii (4) , les Cluentii (5) , les Memmii (6), et d'autres sans doute que nous ne savons pas. Dans ces conditions, il n'y a pas lieu d'opposer le témoignage de Denys aux données fournies par l'histoire du patriciat.

11 est certain que nous sommes loin de connaître toutes les gentes patriciennes , que beaucoup ne sont pas arrivées au consulat, ou n'ont joué qu'un rôle insignifiant, ou n'ont laissé d'autre souvenir que leur nom, ou n'ont pas su préserver leur nom même de Toubli. Sur nos soixante-treize gentes j il y en a cinquante consulaires , quinze qui figurent dans l'histoire d'une manière plus ou moins brillante, huit qui n'y figurent pas du tout. Mais, même en opérant exclusivement sur la première catégorie , les résultats auxquels on est conduit ont encore une portée générale, et l'on est autorisé à conclure de la partie au tout. Le nombre des gentes n'était pas illimité. Il résulte de l'ensemble de ces recher-

(2) Paul Diac, p. 23. Virg., En., % 121.

(3) Serv., En., V, 704.

(4) Paul Diac, p. 44.

(5) En., V, 123.

(6) /btd., 117.

ches qu'il n'a pas dépassé trois cents. Ainsi les observations ne portent jamais sur moins ducinquième ou du sixièmedu nombre total.

Autre objection : les dates mentionnées plus haut sont celles qui marquent la dernière apparition des génies en question. Mais s'ensuit-il que ces gentes aient à la même époque cessé d'exister? Nul ne le prétendra. Il est trop clair que le silence qui se fait autour d'elles , s'il est le signe irrécusable d'une déchéance sans espoir, ne prouve point qu'elles n'aient pas traîné plus ou moins longtemps encore leur existence amoindrie. Il y a lieu seulement de se demander si cette déchéance ne tenait pas à un état d'affaiblissement où l'on pouvait lire les symptômes d'une extinction prochaine.

On dira que si les gentes patriciennes apparaissent en plus grand nombre sur la scène politique durant le troisième et le quatrième siècle de Rome, c'est qu'elles l'occupaient exclusivement, que plus tard, l'entrée de la plèbe dans la carrière laissant un moindre espace à l'activité du patriciat, il n'est pas étonnant qu'il soit représenté par un nombre moins grand de familles , mais que ces familles ne sont pas pour cela les seules survivantes. D'où vient cependant qu'il ne soit question que de celles-ci? Si l'effectif du patriciat était resté intact , il semble que les maisons autrefois en possession des honneurs n'auraient pas cessé d'en prendre chacune leur part , moins large seulement qu'au temps où elles n'avaient pas à lutter contre la concurrence de la plèbe , et dans des proportions inégales et variables. Mais comment expliquer que les dignités se soient accumulées sur une vingtaine d'entre elles , à l'exclusion de tant d'autres non moins illustres? N'est-ce pas un signe que ces dernières étaient éteintes ou tombées dans une décadence pire que la mort ?

Les inductions suggérées par l'étude des faits sont confirmées par le témoignage des historiens. Ce n'est pas seulement à la veille de l'empire qu'ils constatent les pertes du patriciat (1). Cinq siècles plus tôt , au lendemain de la chute de la royauté , ils signalent le même fait. La promotion de sénateurs attribuée aux deux premiers consuls n'a pas d'autre raison. Tite-Live (2), Denys(3), Festus (4), Plutarque (5) sont d'accord sur ce point.

(1) Tac, Annal, XI, 25.

(2) II, 1 : o deminutum patrum numerum ad trecentorum summam

explevit. »

(3) V, 13 : « (jvvenXifiptaaav èÇ aôxwv t^; powX^; toO; xpaxoffCou;. »

(4) P. 254 : « propter iaopiam patriciorum. » Cf. Paul Diac, p. 7 et 41.

(5) Publie. j 11 : a T^v pouX:^v dXiyavSpoOaav. »

120 LES ORIGINES DU flÉNAt ROMAIN.

Pourtant Tauthenticité de cette tradition a été contestée par M. Willems (1). Comme elle est mêlée de faux et de vrai, le faux y a fait tort au vrai. Mais s'il est faux que les nouveaux sénateurs aient été des plébéiens élevés au patriciat ou maintenus plébéiens, si par conséquent la mesure prise par les fondateurs de la république a eu un caractère différent de celui que lui prêtent les historiens , on n'est pas autorisé pour cela à nier les raisons qu'ils en donnent, pas plus qu'on ne peut nier la mesure ellemême. On aura beau montrer , par la composition du Sénat durant la période de la lutte des deux ordres , que l'ordre patricien était assez nombreux pour suffire à cette lutte , ainsi qu'à toutes les charges de la vie publique : d'abord les faits miè en lumière sont postérieurs à cette date de 245 u. c. = 509, et en second lieu la question n'est pas là. 11 ne s'agit pas, en effet, de savoir s'il y avait dans la masse des patriciens les éléments d'un Sénat de trois cents membres, mais si ces trois cents membres pouvaient être encore uniquement des chefs de gentes ; en d'autres termes , si les trois cents génies étaient encore ad complet. Nous essayerons de prouver qu'il n'en était rien , et que le but des premiers consuls fut précisément de parer à cet état de choses en élargissant le recrutement et en admettant pour la première fois au Sénat , non plus môme des patres dans le sens nouveau du mot , c'est-à-dire des chefs de branches cadettes, mais des juniores et des fils de famille (2). Ce fut la suite d'une révolution qui changea la face de la société l'omaine. Festus et Plutarque (3) donnent à ce propos un renseignement qui mérite d'être relevé. Les sénateurs créés en 245 u. c. = 509 auraient été au nombre de cent soixante-quatre. Sans doute, la précision de ce chiffre est suspecte ; mais, au lieu de le rejeter sans autre forme de procès, il vaut mieux se demander comment on y est arrivé. M. Mommsen suppose, avec beaucoup de raison, que c'est en faisant le compte des gentes patriciennes survivantes dans le premier siècle de la république (4). Comme ils n'en trouvaient que cent trente-six , les antiquaires qui voyaient dans les nouveaux sénateurs des plébéiens élevés au patriciat ont imaginé pour eux ce nombi'e de cent soixante-quatre , afin de compléter l'effectif. Le patriciat en était là quand tous ses privilèges étaient intacts. Qu'étaient devenues les trois cents gentes

(1) Sénat, I, p. 47.

(2) V.2- partie, ch. II. § 3.

(4) flôm. Forsch.y I, p. 121.

que nous trouvons au complet quelques générations auparavant , grâce à Télévation des gentes minores par Tarquin TAncien ? Il est vrai que cette dernière mesure ne paraît pas elle-même avoir eu d'autre objet que de combler les vides qui s'étaient déjà faits au sein du patriciat (1).

D'où vient cet épuisement précoce ? Qu'une noblesse déchue de son rang , après des siècles de puissance et de gloire, sente la vie lui échapper en même temps que la fortune , c'est un phénomène dont on trouve plus d'un exemple , bien qu'il soit toujours difficile d'en saisir les causes immédiates. De même que, dans le premier siècle de l'empire , on voit les plus grands noms de Rome républicaine céder peu à peu la place à d'autres nouveaux venus (2) , de même plus d'une gens patricienne , naguère illustre , a dû s'effacer devant cette aristocratie plébéienne pleine de sève et d'énergie , qui s'élançait dans la carrière ouverte à son ambition par les lois liciniennes. Ajoutons , si l'on veut , que l'on se dépouillait volontiers de la qualité de patricien, depuis qu'elle était devenue une véritable entrave dans la vie publique. M. Mommsen cite quelques exemples de patriciens ayant passé à la plèbe (3). Mais ces raisons qui , jusqu'à un certain point , peuvent rendre compte du dépérissement du patriciat dans sa décadence, n'expliquent pas comment ce' dépérissement a été plus marqué dans la période la plus brillante de son histoire. La guerre, les mariages entre soi , avec leurs conséquences funestes pour le renouvellement de la race , voilà sans doute deux causes actives de destruction ; mais n'en faut-il pas chercher une troisième dans le régime économique qu'on vient de décrire et qui , arrêtant net la propagation de la famille , la mettait par là dans l'impossibilité de réparer ses pertes , et la menait , par un chemin plus ou moins rapide, mais sûr , à l'extinction totale? Il reste un point obscur. La religion avait prévu le moment où une famille , menacée de périr , allait laisser ses dieux privés des hommages auxquels ils avaient droit. Pour éviter le malheur qui entraînait ce sacrilège , elle avait inventé l'adoption. Comment se fait-il que le patriciat n'ait pas usé de cette suprême ressource? Faut-il croire avec

(1) V. ch. III, §4.

(2) V. Willems, Sénat, I, p. 618-625. Tacite a raconté la lamentable histoire du petit-fils de l'orateur llortensius {Ann.y II» 37, 38). Pour la décadence du patriciat dans les derniers temps de la république , y. ce que les auteurs nous apprennent de la pauvreté de âergius Silus y le père de Catilina (Cic, De pHii, cofM., 2. Sali., Caiil.t 5} , de l'abaissement des Oornelii Sallœ (Sali., Jug., 95),

(3) Rôm. Forsch., I, p. 75 et n. 9; p. 118, 124, 125,

M. Genz (1) que, le jour où elle fut imaginée, il était trop tard ? Mais cette institution n'est pas particulière aux Romains. On la rencontre en Grèce et jusque dans Tlnde. Elle est liée aux idées religieuses les plus anciennement enracinées dans les nations aryennes (2). Nous sommes plutôt porté à admettre, avec M. Mommsen (3) , que les patriciens ne confiaient pas sans répugnance à des mains plébéiennes le soin de perpétuer leur culte domestique. Si rien, en droit, ne s'opposait à des adoptions de ce genre, si même elles devinrent assez communes par la suite, il est probable qu'elles trouvèrent longtemps plus d'un obstacle dans les préjugés qui élevaient une si haute barrière entre les deux ordres. Les adoptions ne dépassaient donc pas le cercle du patriciat, et ainsi elles étaient moins efficaces et surtout moins fréquentes. Car les pontifes , avant de les autoriser , avaient pour devoir de rechercher si, en assurant la durée d'un culte, elles ne compromettaient pas l'avenir d'un autre (4). Or , la gens n'avait pas trop de toutes ses forces pour lutter contre la mort qui sans cesse l'envahissait.

V. — Les noms propres dans la gens patricienne. — Le praenomen.

— Le cognomen.

Dans les pages qu'on vient de citer, M. Mommsen appelle l'attention sur le secours que l'histoire des noms propres peut prêter à celle des mœurs et des institutions (5). On est surpris tout d'abord du petit nombre des prénoms (6). Varron en compte une trentaine au maximum (7). Mais quand on parcourt les recueils épigraphiques, on s'aperçoit bientôt que la liste de Varron , bornée aux plus usuels, ou du moins à ceux qui nous paraissent tels , parce que les personnages historiques nous les ont rendus familiers , ne les comprend pas tous ; qu'à côté , il y a place pour une autre , infiniment étendue, où puisent les conditions modestes. En d'autres termes , on distingue deux classes de prénoms : les uns en quantité fixe avec un caractère officiel , les autres livrés à l'arbitraire et à peine dignes d'être mentionnés. D'une

(1) Das patricische Rom., p. 36.

(2) V. Fustel, Cité antique, 1. II, c. 4.

(4) V. Bouché-Leclercq , Les pontifes ^ p. 206.

(5) Rom. Forsch., I. Die rôm, Eigennamen, p. 1-68. Marquardt, PrivatUibeny I, p. 1-25.

(6) Sur le prénom , Mommseo, o. c, p. 15-42. Marquardt, o. c, p. 10-13.

(7) Auct, de prxn., 3.

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