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LE GOGNOMEN DANS. LA GENS PATRICIENNE

compact pour prendre et imposer des décisions communes, ce fut FEtat qui hérita de sa compétence dans quelques-unes des circonstances où elle s'était jadis exercée. Tandis que , en 370 u. c. = 384 , tous les Manlii se réunissaient pour proscrire le prénom Marcus, sous Auguste et sous Tibère, c'était le Sénat qui décrétait l'abolition du même prénom chez les Antonii et celle du prénom Cnaeus chez les Calpurnii Pisones (1). A plus forte raison était-il appelé à régler les cas intéressant la généralité des citoyens. Dion Cassius cite un sénatus-consulte de Tan 514 u. c. =240 d'après lequel les noms du père n'étaient transmissibles qu'à l'aîné (2). Mais ce n'est pas au sixième siècle seulement que l'on peut constater l'intervention de la haute assemblée en ces matières. Elle résulte dès le principe de cet ordre rigoureux qui régna longtemps dans le système des noms propres et qui n'a pu ni s'établir ni se maintenir tout seul. Peut-être même est-il permis d'affirmer qu'elle a été plus active à l'origine , s'il est vrai que, plus on remonte vers les premiers temps , plus on trouve ce système sévèrement constitué. Ainsi tout porte à croire que le cognomen fut réservé aux patriciens par une disposition formelle prise de très bonne heure, car, si loin que pénètrent les regards, la vulgarisation du prénom paraît un fait accompli. Le client du décemvir Appius Claudius s'appelle Marcus (3). Puis il en fut de cette prérogative comme de celle du prénom. Elle alla s'étendant peu à peu , par une marche irrésistible et lente , passant de la noblesse patricienne à la noblesse plébéienne , de la noblesse plébéienne à l'aristocratie municipale , de l'aristocratie municipale à la petite bourgeoisie et à la classe des affranchis jusqu'à ce que le cognomen^ étant revenu à son point de départ , retomba enfin dans le domaine commun d'où il était sorti.

On voudrait suivre dans ses phases successives ce mouvement où se reflète celui de la société romaine. Mais il faut se contenter d'en éclairer l'ensemble par quelques observations partielles. Les Fastes consulaires semblent le premier document à consulter. C'est celui qui remonte le plus haut et le seul en même temps où Ton soit sûr de trouver la série des noms au complet. Malheureusement, c'est une question de savoir si elle reproduit textuellement, pour les temps les plus reculés , l'exemplaire primitif. Ou plutôt

(1) Plut, Cic, 49. Dion Caas., LI, 19. Tac, Ann,y III, 17.

(2) Dion Cass., I. L. I-XXXVI. § 155, p. 25, édit Gros. V. Mommsen. o. c, p. 53, et Borghesi, Op., III, p. 208.

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la question est tranchée, s41 est vrai, comme on le montrera tout à rheure, que lé cognomen n'apparaît guère dans les actes publics avant l'époque de Sylla. Quand donc on le rencontre, dès le début des Fastes^ associé aux noms des consuls, on ne doutera pas qu'il n'y ait été introduit par les rédacteurs du dernier siècle de la république; mais leur initiative sera jugée plus ou moins légitime suivant qu'il s'agit de personnages patriciens ou plébéiens. En ce qui concerne les premiers, du moment où l'on reconnaît dans chaque cognomen l'équivalent d'un brevet de noblesse, on ne fera pas difficulté de tenir pour authentiques tous ceux qui sont assignés à des magistrats patriciens. S'ils ne figuraient pas dans les archives de l'Etat , ce n'est pas une raison pour que les annales privées ou publiques n'en aient pas conservé la mémoire, en attendant qu'ils finissent par passer dans le catalogue consulaire officiel. Mais on éprouvera plus de scrupules touchant les magistrats plébéiens. Sans doute , il se peut que dès lors les chefs de la plèbe aient partagé le privilège du cognomen avec les membres du patriciat , de sorte qu'il n'y aurait eu, pour les uns comme pour les autres , qu'à combler, sur ce point , les lacunes de l'ancienne liste ; mais il se peut aussi que leurs descendants , par une sorte de vanité rétrospective, aient cru relever l'éclat de leur race en la représentant dès le principe pourvue d'un surnom dont elle n'aurait été autorisée à se prévaloir que par la suite. C'est assez de cette alternative pour qu'il n'y ait pas lieu d'invoquer dans aucun sens cette partie du monument capitolin. La plus récente, se rapportant à une époque où le cognomen avait pris droit de cité partout, serait plus instructive, si elle n'en montrait l'emploi sujet à des variations qui dénotent l'absence de toute règle fixe. Il est clair que, dès le sixième siècle, le cognomen a beaucoup perdu de son prix dans les classes élevées. Ceux qui l'ont reçu de leurs ancêtres le gardent comme un titre d'honneur dont ils sont justement fiers. Mais ceux qui n'en ont pas ne semblent pas très désireux de s'en procurer un à mesure qu'ils sortent de la foule. Leur • indifférence s'explique si l'on considère que le troisième nom, sans être encore accessible aux éléments inférieurs de la population , commençait cependant à se répandre dans un monde placé fort audessous de l'aristocratie sénatoriale. Il était naturel que celle-ci n'y tînt plus autant depuis qu'elle ne s'en parait plus exclusivement. M. Mommsen prétend que la privation du cognomen distingue en général les familles de noblesse récente et d'extraction obscure (1).

(1) Adm. Forsch., I, p. 57.

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