LE COGNOMEN DANS LA GENS PATRICIENNE
Cette assertion ne résiske pas à Texamen des faits. Si nous prenons la listé des consuls de 400 u. c. = 354 à 500 u. c. = 254 , nous n'y trouvons, à la vérité, aucun nom qui n*ait été mentionné déjà dans la période précédente ; mais il y en a deux qui ne sont pas accompagnés du surnom. Ce sont ceux de C. Duilius (494 u. c. = 260) et Q. Caedicius (498 u. c. = 256). Le second est flls ou petit-fils de Q. Caedicius cos., en 465 u. c. = 289 et qui a le surnom de Noctua (1). On ne peut donc pas dire que la gens Csedicia fût dépourvue de surnom. On remarque au contraire que sur deux Caedicii , qui , à notre connaissance , sont arrivés aux dignités curules, c'est le premier en date qui en a un, tandis que l'autre , pour une raison qui nous échappe, paraît s'être contenté du gentilicium. Le consul Duilius compte parmi ses ascendants , en ligne droite ou collatérale, K. Duilius qui exerça le consulat soixante et seize ans avant lui, quarante-sept ans avant Q. Caedicius Noctua, en 418 u. c. = 336 et qui n*a pas plus de cognomen que le Duilius de l'an 494 u. c. = 260 (2). Ainsi, de ces deux familles , la seule qui n'ait pas de cognomen est précisément celle dont la noblesse est la plus ancienne. Ajoutons que les Duilii n'ont pas fourni moins de trois tribuns de la plèbe avant de parvenir à la magistrature suprême (3), tandis que les Caedicii n'en ont donné qu'un (4).
Le sixième siècle offre cinq consuls sans cognomen : C. Elaminius cos. I en 531 u. c. = 223 et II en 537 u. c. = 217; C. Flaminius en 567 u. c. = 187; C. Servilius en 551 u. c. =203; C. Laelius en 564 u. c. = 190 ; et Cn. Octavius en 589 u. c. = 165.
C. Servilius est un patricien qui, de son chef ou par son père , a passé à la plèbe. Il appartient à la branche des Gemini (5). On pourrait voir dans la suppression du cognomen une conséquence de cette désertion si le frère du même personnage, devenu également plébéien (6), et consul l'année suivante, 552 u. c. =202, ne s'appelait tout au long M. Servilius Pulex Geminus. Cn. Octavius
(i) Dans le Çhron. de 354 , ainsi que dans les Fasti Hisp., qui suppléent à la lacune des Fastes Capitolins. On sait que ces deux listes , ainsi que la liste connue sous le nom de Chronique Paschale , désignent par leur cognomen tous les consuls qui en ont un. Ici la Chron, Pasch, donne Moùffcovoç ?
(2) V. Willems, Sénat, I, p. 56. Les Fastes Capitolins de cette année sont perdus, mais les Fasti Hisp. portent Crasso et DuliUo ; la Chron, Pasch, : Kpàaffou %ai Ao\»Xe(ou (AouiXXio^). Pourtant le Chron, de 354 porte HeUa î
(3) V. Willems , l. c.
(4) T. L., II, 52. Denys, IX, 28.
(5) Y. Mommsen, Mm, Forsch,^ I, p. 118.
(6) Ibid,
130 LES ORiaiNBS DU SÉNAT ROMAIN.
a pour pèfre Cn. Octavius préteur en 549 u.c. = 205, et pour grand père Cn. Octavius Rufus questeur en 524 u. c.=230 (1). Ce n'est donc pas, à proprement parler, un homme nouveau. Celui qui doit être qualifié ainsi est son père le préteur, le premier de la famille qui ait été honoré d'une magistrature curule (2). Or, si ce dernier , ainsi que son fils et tous ses descendants , n'a point de cognomen (3), en revanche le questeur de l'an 524 u. c. = 230, le premier Octavius dont l'histoire fasse mention en a un. C'est la même particularité qui a déjà été signalée à propos des deux Csedicii. Restent deux consuls sans cognomen qui sont des hommes nouveaux : C. Flaminius (4) le père, et G. Laelius. Mais d'un autre côté, il y a, dans la même série, treize consuls de noblesse également récente et qui ne sont pas , en ce qui concerne le cognomen^ plus déshérités que les représentants des plus vieilles familles. Ce sont : C. Aurelius. Cotta en 502 u. c. = 252 ; C. Fundanius Fundulus en 511 u. c. = 243 ; G. Lutatius Catulus en 512 u. c. = 242 ; M. Poblicius Malleolus en 522 u. a = 232 ; L. Apustius FuUo en 528 u. c. = 226 ; C. Terentius Varro en 538 u. c. = 216 ; P. Villius Tappulus cos. en 555 u. c. = 199 (5); M. Porcins Cato en 559 u. c. = 195; M' Acilius Glabrio en 563 u. c. 2= 191 (6); Cn. Baebius Tamphilus en 572 u. c. = 182 (7) ; Q. Pefcillius Spurinus en 578 u. c. = 176 ; C. Cassius Longinus en 583 u. c. = 171 (8) ; C. Fannius Strabo en 593 u. c. = 161 (9). Peut-être faut-il ajouter à cette liste M' Pomponius Matho en 521 u. c. = 233, si toutefois il ne descend pas de M. Pomponius Rufus tribun consulaire en 355 u. c. = 399 (10). De 600 u. c. = 154 à 700 u. c. =54, on rencontre vingt-deux
(1) V. Drumann. IV, p. 218-221.
(2) C'est dans ce sens que les Romains entendaient (Willems, VroH pudiie, p. 122) et que nous entendons ici ce mot : a homme nouveau. »
(3) y. Drumann , l, c, p. 218.
^4) Le premier de sa famille dont l'histoire fasse mention. Quand, en parlant d'un homme nouveau , on omettra cette indication » c'est qu'elle sera sous-entendue.
(5) App. Villius trib. pleb. en 305 u. c. = 449. T. L., III, 54.
(6) a M' Acilius (?) triumvir agris dandis assignandis » en 536 u. c. =s 2tô. T. L., XXI, 25. Peut-être identique au sénateur de 544 u. c. =3 210 (T. L., XXVII, 4, cf. 25) , et, dans ce cas, au consul. V. Willems, Sénat , I, p. 295.
(7) Q. Bœbius Herennius trib. pL en 537 u. c^ =± 217* T. L., XXII, 34. L. Baebius, lieutenant de Scipion r Africain (552 u. c. = 202). Polybe, XV, 1, 3. T. Li, XXX, 25i Peut-être identique à L. Bœbius Dives, préteur en 565 n. 0. s 189. T. L., XXXVII, 47. Est contemporaiu du. consul.
(8) Qi Cassius Longinus trib. mil. en 502 u. 0. = 252. Zon., VIII, 14.
(9) Fils de 0. Fannius trib. pleb. en 567 u. c. = 187. T. L., XXXVIII, 60.
(10) Sur ce personnage et sa descendance » v. Drumann ^ V, p. 1-3.
LE GOGNOMEN DANS LA GENS PATRICfENNE. 131
noms de consuls sans cognomen dont neuf d'hommes nouveaux et treize de nobles.
Ces derniers sont : L. Mummius qui s'appela plustard Âchaicus COS. en 608 u. c. 146 (1); G. Laelius en 614 u. c. = 140, M. Aquilius en 625 u. c. = 129 (2) ; Gn. Octavius en 626 u. c. = 128 ; L. Opimius en 633 u. c. = 121 ; P. Manilius en 634 u. c. = 120; M. Aquillius en 653 u. c. = 101 ; M. Antonius en 655 u. c. = 99 (3) ; M. Perperna en 662 u. c. = 92; Cn. Octavius en 667 u. c. = 87 ; G. Marins en 672 u. c. =82 (4) ; Gn. Octavius en 678 u. c. = 76 ; L. Octavius en 679 u. c. = 75 (5).
Les hommes nouveaux sont : Q. Opimius. cos. en 600 u. c. = 154 (6); M' Manilius en 605 u. c. = 149 (7) ; Q. Pompeius en 613 u. c. = 141 (8) ; M. Perperna en 624 u. c. = 130 (9) ; G. Marins cos. I en 647 u. c. = 107 ; T. Didius en 656 u. c. =s 98 (10);
(1) Fils de L. Mummius, préteur en 577 u. o. =: 177, le premier du nom avec son frère Quintus , trlb. pleb. en 567 u. c. =s 187. Willems, Sénat , I» p. 346* Nw 204 et 205.
(2) Les Fast. cons. Capitol, manquent ; mais les Fast. triompha de 628 n. c. = 126 suppléent à cette lacune. Au reste, la gem Aquillia n'était pas dépourvue de eognomen , témoins G. Aquillius Florus cos. en 495 n. c. = 259 , L. Aquillius Gallus, préteur en 578 n. o. = 176 (T. L., XLI, 15). G. Aquillius Oallus, préteur en 688 u. c. = 66 (Cic, Pro Cluent., 53. V. Willems, Sénat, I, p, 461 , n» 84). P. Aquillius Gallus, trib. pleb. en 699 n. c. = 55 (DionGass., XXXIX» 32. Wiliems, ibid, , p. 496, n<* 205). Rien, du reste, ne prouve que les A^uilUi Galli fussent parents des Fiôri| ni que les uns et les autres le fussent des deux con* suis qui n'ajoutent pas de eognomen au gentilicium Aquillius. L'identité du gentilieium ne prouve pas nécessairement une origine commune. En tout cas i elle peut ne témoigner que d'une parenté très lointaine et tout à fait oubliée.
^3) V. Sphem. epigr.y IV, p. 253.
(4) Les Fast. capitol. qui sont intacts ne donnent pas de eognomen. Le Chron* de 354 donne Gratillianus (?).
(5) Sur l'origine de la gens Octavia, v. plus haut , p. 130. Sur celle des gentes Manilia, Opimia, Perperna, v. plus bas, notes 7, 6, 9 et page 135.
(6) L. Opimius, questeur en 460 n. o. = 294. T. L., X, 32. Opimia, vestale en 538 n. c. = 216. T. L., XXII, 57.
(7) L'anecdote rapportée par Plutarqne au sujet d'un certain Manilius , exclu du Sénat par Gaton le Genseur, en 570 u. c. = 184, alors qu'il semblait destiné au consulat {CaU maj,, 17), est.'controuvée. Du moins ce personnage n'était pas prxtoriiu ou ne s'appelait pas Manilius (Willems, Sénat, I, p. 299). En 587 u. C. == 167, P. Manilius, député en lUyrie. T. L., XLV, 17. G'était, à ce qu'U semble, un sénateur de rang inférieur.
(8) L. Pompeius, trib. mil. en 583 u. c. = 171 . T. L., XLII, 65.
(9) M. Perperna , député auprès du roi Gentius en 586 u. c. = 168. T. L., XLIV, 27, 32. App., De R. Maeed,, 16. Père du consul (?). Gf. Val. Max., Ill, IV, 5.
(10) Fils de T. Didius, trib. pleb. en 611 u. c. = 143. V. Pauly, Eneykl, II, p. 1008.
M. Herennius en 661 u. c. = 93 (1) ; L. Afranius. en 694 u. c. = 60 (2); A. Gabinius en 696 u. c. 58 (3).
Les hommes nouveaux avec cognomen sont au nombre de six, savoir : P. Rupilius Calibo cos. en 622 u. c. = 132 ; C. Cœlius Caldus en 660 u. c. = 94 (4); C. Norbanus (5) Bulbus en 671 u. c. = 83 ; M. TuUius Decula en 673 u. c. = 81 ; L. Gellius Publicola en 682 u. c. = 72 (6) ; M. TuUius Cicero en 691 u. c. = 63.
La liste des membres du Sénat en Tan 575 u. c. = 179, telle qu*elle est reconstituée par M. Willems (7), est un document moins sûr que les Tables Capitolines. Sauf pour les personnages *^ consulaires, tous les éléments en sont fournis par les auteurs
qui négligent souvent de donner le cognomen et dont les omissions ne sont que très rarement réparées par des témoignages épigraphiques ou numismatiques antérieurs. Néanmoins, sous cette réserve, elle est encore intéressante à consulter. On va voir qu'elle ne conduit pas à des résultats plus décisifs que les Fastes.
Cette liste nous fait connaître vingt-trois gentes dépourvues de cognomen, dont seize qui ont acquis récemment la dignité sénatoriale, et sept qui la possèdent depuis plus ou moins longtemps, mais toutes avant le sixième siècle (8).
(1) Noble famille samnite. V. Pauly, Ëncykl,, III. p.-1202-1203.
(2) Ne paraît pas descendre des Afranii connas antérieurement. V. Drumann, I, p. 34 et 35. V. plus loin, p. 136.
(3) Un Gabinius figure dans la guerre de d'Illyrie en 587 u. c. ~ 167. T. L., XLV, 26. — A. Gabinius, trib. milit. en 615 d. c. = 139. — A. Gabinius, légat en 670 u. c. = 84. — A. Gabinius, trib. milit. en 673 ù. c. = 81. — Y. Drumann, III, p. 39, 40. — Cicéron cite un P. Gabinius Capito « ex ordine equQStri » et un P. Gabinius Cimber, tous deux complices de Catilina. V. OnO' masticon TuUianum, Orelli.
(4) L. Cœlius, légat dans la guerre contre Persée en 585 u. c. = 169. T. L., XLIII, 21. — M. Cœlius, trib. pleb., au temps de Caton le Censeur. Aul. GelL, I, 15.
(5) Norbanus, de Norba dans le Latium, n'est peut-être qu'un cognomen qui, dans l'usage, a fini par se substituer au gentilicium.
(6) Noble famille samnite. V. Pauly, Encykl., III, p. 661. Le premier marquant à Rome est Cn. Gellius, contre lequel Caton le Censeur prononça un discours. Peut être identique à l'annaliste. V. Téuflfel, Litt laU, 137.
(7) Sénat, I, p. 303-371.
(8) Dans les notes qui vont suivre, on indique le premier du nom ayant figuré dans le Sénat. Si ce personnage est un des sénateurs de l'an 179, on renvoie au numéro d'ordre donné par M. Willems. On mentionne, s'il y a lieu, les personnages qui, antérieurement à celui-ci, figurent dans l'histoire sans être entrés au Sénat.
LE GOaNOMBN DANS LA OfiNS PATRICIENNE. 133
Les premières sont les gentes : Aburia (1), Arrenia (2), Aurunculeia (3), Catia (4), Cicereia (5), Digitia (6), Duronia(7), Flaminia (8), Helvia (9), Lœlia (10), Numlsia (11), Orchia (12), Plsetoria(13), Raecia (14), Stertinia (15), Tuccia (16).
Les autres sont les gentes : Antistia (17), Antonia(18), Hortensia (19), Maenia (20), Pœtilia (21), Piipia(22), Sicinia (23).
On émettra un doute au sujet de la gem Pœtilia. Si elle est identique à la gens Pœtelia , ainsi qu'il semble résulter du classe-
(Ij N« 207. Le cognomen Geminus, pour ce personnage, est douteux.
(2) No 187.
(3) N» 90 et n. 132.
(8) C. Fiaminius cos. en 531 u. c. = 223, mag. eq. en 533 u. c. == 221, cens, en 534 u. c. = 220, cos. II en 537 u. o. == 217.
(9) Nw 113 et 114. — M. Helvius, trib. milit. en 545 u. o. = 209 (T. L., XXVII, 12), et C. en 551 u. c. = 203 (T. L., XXX, 18).
(10) V. plus haut.
(14) N»» 251 et 288.
(15) N°* 137 et 253. .
(17) Sex Antistius, trib. pi. en 332 u. c. = 422 (T. L., IV, 42). L. Antistius, trib. mil. c. p. en 375 tr. c. = 379.
(18) M. Antonius, mag. eq. en 420 u. c. = 334 (T. L., VIII. 17).
(19) L. Hortensias, trib. pleb. en 332 u. o. = 422 (T. L., IV, 42). Q. Hortensius, dictât., en 468 u. c. = 286. V. Pauly, EncykL, III, p. 1496.
(20) C. Maenius cos. en 416 u. c. = 338 , dictât, en 434 u. c. = 320 et en 440 u. c. = 314, cens, en 436 u. c. =318. P. Mœnius Antiaticus Megellus (?) (Eckh., D. N, F, p. 240) , descend de C. qui a triomphé des Antiates. (Fast. Triumph. Capitol.)
(21) V. plus bas.
(22) P. Pupius, questeur en 345 u. c. = 409, T, L.. IV, 54.
(23) C. Sicinius, trib. pleb. l en 260 u. c. = 494. et II en 263 u. c. == 491. C. Sicinius, trib. pleb. en 283 u. c. = 471. Le premier a dans la tradition le cognonem de Bellutus. Mais le second ne Tapas, pas plus que C. Sicinius, trib. pleb. en 305 u. c. = 449 et T. Sicinius, trib. pleb. en 359 u. c. = 395 , et L. Sicinius, trib. pleb. en 367 u. c. = 387. V. Pauly, Encykl., VI, p. 1166 et 1167. Il n'est pas douteux que le tribunat de la plèbe n'ait donné droit à l'entrée au Sénat, tout au moins depuis la loi Ovinia (entre 436 u. c. =318 et 442 u. c. = 312. V. Willems, Sénats 1, p. 156). — V. pourtant le fameux soldat L. Sicinius. Il a le cognomen Dentatus (Pauly, L c). Mais s'appelait-il SicciusTou Sicinius? V. Momms., Rôm, Forsch.y I, p. 109, 111.
134 LES ORIGINBS DU SÉNAT ROfilAIN.
ment de M. Willems, elle ne peut être mise au nombre des gentes nobles^dépourvues du cognomen, car elle figure à quatre reprises dans les Fastes consulaires du cinquième siècle avec le double cognomen de Libo et Visolus (1). Si au contraire, elle en est distincte, elle doit être rejetée parmi les gentes nouvelles. D*une manière ou de l'autre, il semble qu'il faut la rayer de la catégorie où elle vient d'être placée , ce qui réduit le nombre des gentes nobles sans cognomen à six. Il se ramène à cinq si Ton défalque encore la gens Sicinia (2).
Cette fois leur nombre est sensiblement inférieur à celui des gentes nouvelles qui se trouvent dans le même cas. Mais cette disproportion perd toute importance et paraît purement accidentelle, si Ton considère qu'il n'y a pas, dans la même liste, moins de vingt sept gentes également nouvelles et dont on peut citer un cognomen ou plusieurs cognomina.
Ce sont les gentes : iEbutia (Carus) (3), Afrania {Stellio) (4), Allia (Ligm, Pxtus, Catus, Tubero) (5), Baebia {Herennius, Sulca^ Tamphilus) (6), Calpurnia (Piso) (7), Caninia (Rebilus) (8), Cassia (Longinus) (9), Cincist, {Alimentus)(\0), Cluvia (Saxula) (11), Decimia. (Flavus) (12), Faunia (Strabo) (13), Fonteia (Balbus, Capito, Crassus) (14), Furia (Aculeo^ Crassipes ^ Luscus) (15), Hostilia {Cato j Mancinus ^ Tubulus) {\Çi) ^ Juventia (Thalna) (17), Lucretia
(2) V. plus haut.
(3) N« 260. — P. iSibutius , chevalier et fils de chevalier en 568 u. c. = 186 (T. L., XXXIX, 9).
(6) N»- 180, 270, 42, 43, 296 ; — V. plus haut , p. 130, n. 7.
(7) No* 86, 255.
(8) No 284.
(9) N«' 272, 302; — V. plus haut, p. 130, n. 8. (ÎO) No- 88, 188.
(11) No 262.
(12) C. Decimius Flavus. préteur en 570 u. e. = 184. V. Willems, p. 339, n. 6 et n« 292.
(13) NO206. V.p. 130, n. 9.
(14) No« 299, 261, 295, 242.
(15) Branche plébéienne, no» 259, 141, 178. C. Furius Aculeo est peut-être patricien.
(16) No« 95, 96, 163, 89. — Un L. Hostilius Manclnus figure dans la deuxième guerre punique (T. L., XXII, 15. 537 u. c. = 217).
(17) N-»' 271 . 303. — Il est douteux qu'un Juventius ait été le premier édUe plébéien curule. V. Cic, pro Plane,, 24.
LB GOGNOMEN DANS LA 0BN8 PATRICIENNE. 135
(Gallus) (1), Mucia (Scxvola) (2) Nœvia {Crista. Matho, Balbus)(3), Petillia (Spurinnits) (4), Postumia (rcmp5anw*)(5), Salonia (Sarra) (6), Scribonia (Curio , Libo) (7) , Terentia (Culleo , Istra , Massaliota , Karro) (8), Tremellia (Flaccus) (9) Valeria (Tappo, infîo*) (10).
On dira qu'il s'agit moins de compter les génies que de mesurer leur importance relative. Ainsi , parmi les gentes nouvelles, celles qui ont un cognomen sont peut-être d'une origine plus relevée que celles qui n'en ont pas. Mais c'est encore là une illusion qu'il est nécessaire de dissiper. M. Mommsen cite l'exemple des Marii^ des Sertorii, des Afranii, des Didii, des Gabinii, des Hortensii,desPompeii, desPerpernae (11). Ces noms ne paraissent pas très bien choisis. On ne sait rien sur l'origine des PerpernaB, sinon qu'ils venaient d'Etrurie(i2), rien non plus sur celle des Didii, car on ne peut entendre dans un sens méprisant la qualification iHgnobiles que leur applique Cicéron (13), rien enfin sur celle des Hortensii, mais il y a peu de familles dans la plèbe qui se soient illustrées plus tôt et par de plus signalés services. Dès la première* moitié du quatrième siècle^ ils fournissent un tribun , défenseur intrépide des intérêts de son ordre. Puis , cent trente ans plus tard environ , c'est le grand dictateur Q. Hortensius dont le souvenir est lié à celui d'une des plus éclatantes défaites du patri-
(1) N« ?83. L. Lucretius, questeur en 536 u. o. = 218 (T. L., XXI. 59).
(2) Q. Mucius, député h Garthage en 536 u. o. =s 218? V. Pauly, EneykU, V. p. 180. Q. Mncius Bcœvola, préteur en 539 u. o. = 215 (T. L.. XXIIl. 24). père des n<»* 165, 166. Sur le prétendu Mucius, trib. pleb. en 269 n. c. = 485, v. notre article cité p. 16. n. 4.
(3) N» 149, Cn. Nœvius le poète, mort en 555 u. c. = 199. (V. Teuflfel, Ltll. lat. . 95). Q. Nœvius Crista, prœf. soc. en 540 u. c. = 214, T. L., XXIV, 40. Q. Nœvius centurion en 543 n. o. = 211. Val. Max., II. III, 3. Frontin, Strat,, IV, 7, 29. Q. Nœvius, III vir colon, deduc. en 560 n. c. = 194 et en 562 u. c. = 192. T. L., XXXIV, 53 et XXXV, 40. L. Nœvius Balbus quinquevir, pour trancher le différend entre Pise et Luna. T. L., XLV. 13, en 586 n. c. ^ 168.
(4) N» 158. V. plus haut.
(6) N« 127. P. Salonius trib. mil. en 412 u. c. = 342. T. L., VII, 41.
(7) N<** 122, 103, 123. Les Scribonii figurent dans les guerres puniques. Un L. écribonius pris à Cannes (T. L., XXII, 61). Un Scribonius Libo et un Curio mentionnés par Bilius. V, 411. 208. Cf. 403.
(8) N«- 139, 157, 140, 151. V. plus haut.
(10) N« 126, 202, 239. V. Teuffel, liU, lat,. 155. (U) Bôm. ForseK, I, p. 57.
( 12) Wlllems, Sénat, I, p. 182.
(13) Pro Murena, 8.
ciat (1). Pourtant c'est Torateur contemporain de Cicéron qui porte le premier le cognomen Hortalus(2). Q. Pompeius,le consul de Tan 613 u. c. = 141 (3), Sertorius (4), Marius lui-même, quoi qu'en dît la légende (5), étaient de bonne noblesse équestre, ni plus ni moins que P. Rupilius Calibo (6) , M. Porcins Càto (7) et L. Tullius Cicero (8). Et s'il faut prendre à la lettre les plaisanteries de Cicéron sur Afranius fils d'Aulus (9) , ou ses exagérations évidentes au sujet de Gabinius^ l'auteur de la loi tabellaire (10), il est certain que tous deux n'étaient pas d'une extraction plus humble que ce .fils de boucher dont la présomption amena la catastrophe de Cannes, M. Terentius Varro (11).
Quels sont donc les faits sur lesquels s'appuie la théorie qui a été exposée tout à l'heure? En vertu de quelles inductions se croiton autorisé à marquer dans l'histoire du cognomen ces dégradations successives qui en ont fait descendre l'usage des sommets de la société romaine dans ses couches les plus infimes ? C'est un point qu'on ne peut se dispenser d'examiner, après avoir ébranlé une partie des preuves produites jusqu'à présent.
On se trouve placé entre deux hypothèses : ou bien le cognomen a été dès le principe commun à la plèbe et au patriciat, ou bien c'est l'un des deux ordres qui l'a emprunté à l'autre. Si la première était la vraie, il semble que le cognomen eût dû être également usité partout. Or, parmi les familles où l'on en constate l'absence, on n'en rencontre pas une qui ne soit plébéienne. Au contraire, il n'y a pas une gens patricienne qui ne soit en possession d'un surnom. Les seules auxquelles on n'en puisse assigner sont celles qui n'obtiennent de l'histoire qu'une mention
(1) Y. plus haut.
(2) Pauly, Encykl., III, p. 1496.
(3) Il comptait parmi ses ascendants un tribun militaire. Y. plus haut, p. 13t . n. 8. Cicéron force un peu la note quand il dit : a Q. Pompeius humili atque obscuro loco natus. » In Vcrr,, Y, 70. C'est l'orateur qui abonde dans son sens. Ailleurs, il l'appelle plus simplement « novus homo , » pro. Mur., 7.
(4) Plut. 2.
(5) Y. Belot, Cheval rom,, II, p. ilO.
(6) a Ex publicano dictus consul. » Pseud. Ascon., in Àct. Il Verr,, Orell., p. 212.
(7) Son grand-père servait dans la cavalerie. Plut., I.
(8) Y. Drumann. Y, p. 212.
(9) Àd, AHic, I, 1, 16, 20.
(10) « Homo ignotus et sordidus, » De Leg., III, 16. Y. Drumann. III, p. 39.
(11) T. L., XXII. 25 et 26. « Loco non humili solum. sed etiam sordido. » Ce sont les mêmes expressions que Cicéron emploie à propos de Gabinius (Y. plus haut), mais, à ce qu'il semble, plus justifiées ici. Cf. Yal. Max., III, lY, 4.
LE GOaNOHBN DANS LA GBNS PATRICIENNE. 137
rapide, ou dont le gentiUcium n*a été sauvé de l'oubli que pour s'être imposé à quelque district rural, à quelque quartier de la ville, ou. à quelque emplacement fameux dans les traditions populaires. Ces exceptions , créées par notre ignorance , ne sont donc qu'apparentes, et la règle , reconnue exacte partout où il est possible de la vérifier, n'en reste pas moins d'une application universelle. 11 résulte de là cette conséquence que le cognomen , étant inséparable du titre de patricien et nullement lié à celui de plébéien, a passé du patriciat à la plèbe et non de la plèbe au patriciat. C'était l'aristocratie patricienne qui donnait le ton à l'autre. On combattait ses privilèges plus pour les partager que pour les détruire , et les distinctions extérieures , par où elle manifestait sa supériorité , n'étaient pas celles dont on se montrait le moins jaloux (1).
Franchissons la période où ne peut atteindre l'observation directe et arrivons au temps où apparaissent les premiers textes épigraphiques , c'est-à-dire au milieu du cinquième siècle environ. En prenant le cognomen à cette époque et en le suivant dans son évolution ultérieure, on jugera mieux, par le chemin qui lui reste à faire, de celui qu'il a^ parcouru auparavant. Assez répandu déjà au-dessous de la noblesse romaine pour être devenu presque indifférent à celle-ci, il est loin cependant de la promiscuité où on le verra toml^é à la fin de la république et sous l'empire. Il ne manque pas seulement dans les inscriptions relatives aux affranchis et à ceux des ignobiles dont le prénom , choisi en dehors de la liste patricienne, trahit la très humble origine. Les citoyens de condition simplement médiocre et n'offrant pas ce signe spécial d'infériorité en sont également privés. Parmi les inscriptions d'artistes publiées au tome 1" du Corpus latin (2) on en trouve deux qui donnent, avec le signalement de la tribu, le prénom Caïus et où le cognomen îait défaut (3). Le même tome comprend quatre-vingt onze inscriptions funéraires découvertes à Préneste et dont quatre-vingt-six sont rapportées par M. Monunsen au cinquième , au sixième ou au septième siècle (4). Sauf deux ou trois (5), elles présentent toutes la même
(1) T. L.y XXII, 34. (c.Piebeios nobiles... contemnere plebem, ex quo contemni patribus desierint, cœpisse. »
(2) N«* 51 à 54. Cf. Ephem. epigr,, I, p. 9-11, n«» 7-14.
lacune (1). Elle se retrouve également sur les urnes de San Gaesario où le rapprochement des affranchis et des ingénus montre assez à quelle classe appartiennent ces derniers (2). Toutefois, dans ces inscriptions, qui paraissent être du septième siècle, la mention du surnom est déjà plus fréquente. Sur près de cent soixante dont la lecture est certaine, il y en a une quinzaine avec eogno' men (3). Mais les textes les plus curieux sont ceux qui concernent les collèges où s'était réfugié, après la catastrophe de la deuxième guerre punique , tout ce que les vainqueurs avaient laissé d'autonomie au pays campanien (4). On sait qu'ils rappellent, à propos de certains travaux d'utilité publique , les noms des chefs ou magistri qui y ont présidé. Ces chefs sont encore ou des affranchis ou des ingénus (5), mélange aussi significatif que tout à l'heure, bien qu'il soit moins prononcé , car il arrive rarement que les uns ou les autres soient appelés ensemble à l'administration d'un même collège. Au reste, ces ingénus sont les mêmes hommes que Gicéron caractérise suffisamment en les appelant des soldats, des laboureurs et des plébéiens (6). Le grand intérêt de ces monuments c'est qu'étant datés pour la plupart et se succédant à intervalles à peu près réguliers , ils limitent nos observations à une période qui se trouve être précisément la période décisive. Ils sont au nombre de onze qui peuvent se distribuer en deux séries allant l'un&de 642 ou 643 u. c. = 112 ou 111 à 650 u. c. = 104 (7), l'autre de 660 u. c = 94 à 683 u. c. = 71 (8). La première nous fait connaître cinquante-sept noms de magUtri dont onze accompagnés du cognomen et quarante-six qui sont seuls. La seconde nous en montre quarante et un, mais ici ce sont les noms à cognomen qui l'emportent dans une proportion de trente ou trente et un contre dix. Et tandis que^ dans la première série, le cognomen ne se produit encore que timidement, se dis-
(1) De nouvelles inscriptions ayant môme date et même provenance ont été découvertes depuis. {Bphem. epigr., I , p. 15-31. Tituli sépulcrales Prœnestini.) Elles confirment ces résultats.
(2) 822-1005 et 1539-d.
(5) U y a même un collège dont les chefs, appelés mtnitirt, sont presque tous des esclaves, n' 570. On le laisse de côté , ainsi que l'inscription n« 575 , qui est en trop mauvais état.
(6) De kg. oyr., II, 31. Cf. T. L., XXVI, 16.
LE GOONOMEN DANS LA GEN8 PATRrCIBNNB. 139
simulant en quelque sorte sous des abréviations arbitraires, dans la seconde, il s*étale le plus souvent en toutes lettres, et, même abrégé, ne laisse rien à deviner au lecteur. C'est déjà la règle en vigueur à Tépoque classique. Elle apparaît si brusquement, que M. Mommsen ne craint pas de supposer une loi qui, entre 650 u. c. = 104 et 660 u. c. = 94, aurait autorisé à tous les degrés de l'échelle sociale une nomenclature uniforme (1). Une autre remarque qui vaut la peine d*être faite, c*est qu*il y a beaucoup plus d'affranchis que d'ingénus en possession du cognomen. Les cinquante-sept magistri de la première série se partagent en trente trois ingénus, et vingt-quatre affranchis. Trois ingénus ont un cognomen et trente n'en ont pas. Seize affranchis n'en ont pas et huit en ont. Dans la seconde série ce sont tous les affranchis, au nombre de vingt-cinq, qui portent le surnom, tandis que cinq ou six ingénus seulement sur seize en peuvent dire autant (2). On en conclut que le cognomen a été employé plus tôt et plus fréquemment parles affranchis que parles ingénus appartenant aux rangs inférieurs de la population. M. Mommsen en donne la raison (3). Quand les affranchis commencèrent à ajouter les prénoms romains aux gentilicia qu'ils tenaient de leurs patrons, on sentit le besoin dé se défendre contre les envahissements de cette classe tous les jours plus nombreuse. C'était le même problème qui s'était posé plusieurs siècles auparavant à propos des clients. Les patriciens l'avaient résolu en se réservant l'usage exclusif du cognomen. Mais le cognomen n'était déjà plus le privilège des classes élevées. Une solution différente prévalut donc , et , à l'inverse de ce qui avait été décidé jadis, ce furent les affranchis qui durent prendre un surnom pour éviter la confusion avec les patrons. Ce surnom n'était autre que leur nom servile, reconnaissable ordinairement à son air étranger. On voit par là que la propagation du cognomen ne s'est pas toujours faite en ligne droite, comme on pourrait le croire ; mais cette légère déviation n'empêche pas que dans l'ensemble elle n'ait suivi la marche indiquée plus haut.
Du moment où le patriciat ne voyait plus dans le cognomen qu'un deuxième gentilicium héréditaire à Tégal du premier , il
(1) Rôm. Fonch; I. p. 59.
(2) Les inscriptions de Ban-Caesario sont moins instructives. Sur prës de cent soixante noms, il y en a dix-huit d'affranchis de l'un ou de l'autre sexe, dont six avec cognomen. Restent cent quarante-deux ingénus. Le cognomen accompagne les noms de onze ou douze d'entre eux. On voit pourtant que la proportion des affranchis est de beaucoup la plus forte.
(3) Rôm. ForscKy p. 59, 60.
140 LES ORIGINES DU SÉNAT ROllAIN.
devait songer à s'en servir pour distinguer les familles au sein de la gens, lorsque la gens se fut fractionnée en familles. C'est alors seulement et après ce long détour qu'il se présente sous la forme où on le saisit au premier abord et qui est, à y regarder de près, la dernière. Mais alors même qu'il remplissait cet office, et bien qu'il fît désormais partie intégrante de la série des noms propres, il garda toujours dans ses allures quelque chose d'indépendant et de capricieux qui lui donne une physionomie à part. On ne pouvait avoir, avant l'empire, qu'un prénom et qu'un gentilicium. On était libre d'avoir plusieurs cog^nomma. Le gentilicium devait rester le même à travers la suite des générations. Rien n'empêchait de remplacer un cognomen ancien par un autre plus brillant ou simplement plus nouveau. Du moins il ne semble pas qu'une autorisation de l'Etat fût nécessaire , ou , si elle l'était, on l'accordait souvent. Une dernière anomalie , c'est l'introduction tardive du cognomen dansj la langue écrite et surtout dans la langue officielle. Déjà la place qu'il occupe est significative. Toutes les fois que l'énumération des noms est complète, il reste, pour ainsi dire, en dehors. Il vient après l'indication de l'ascendance et de la tribu ajoutée au gentilidum et au prénom. La cause en est sans doute qu'au temps où les tribus furent instituées, il n'avait pas encore d'existence légale. Car autrement, il eût été plus naturel de le rattacher au prénom et au nom , et de rejeter l'ascendance et la tribu à la fin. Si l'on consulte les témoignages épigraphiqueset numismatiques, on remarque qu'à l'époque où il commence à se montrer sur les monnaies (1), c'est-à-dire vers la deuxième guerre punique, il est généralement absent des inscriptions, de celles même qui concernent les plus grands personnages. Il suffit de signaler les inscriptions relatives à P. Cornélius L. F. (Lentulus) cos. en 518 u. c. = 236 (?) (2), à M. Minucius C. f. (Rufus) dictât, en 537 u. c. == 217 (?) (3) , à M. Claudius M. f. (Marcellus) cos. en 544 u. c. = 210 (4), à M. Fulvius M. f. (Nobilior) cas. en 565 y. c. = 189 (5). Les monuments des Scipions, dont la série commence au milieu du cinquième siècle, font exception, mais on n'oubliera
(1) V. Foacart, Archives des missions seientifiqueSt VII. 2° livr., Sénatus-consulU inéd,, p. 341.
(2) C. L I., I, 41. Cf. 188 : [Jf. Aimjilio M. f. C. An[io C. f. prai]toris, M. iEmilius avait certainement un cognomen,
(3) 1503. Cf. 1504.
(4) 530 et 531.