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SI LA POPULATION DU QUIRINAL FORMAIT UNE VILLE SABINE

lative et de leur génie pratique, les Romains ne prétendaient pas à la gloire de Tinvention. Ils se contentaient d'avoir fait à Tétranger des emprunts heureusement adaptés à leur nature et à leurs besoins. En matière religieuse , moins encore qu'en toute autre , ils ne se piquaient pas d'être originaux. Mais cette idée, juste en elle-même et qui, fécondée par des recherches plus étendues, pouvait aboutir aux larges vues des modernes, ne les conduisit qu'à des conclusions incomplètes et erronées. Car, dans le cercle étroit où ils enfermaient leurs observations, se bornant à un coup d'œil jeté sur leurs voisins , dès qu'ils avaient retrouvé chez ces derniers leurs institutions et leurs croyances, ils se figuraient que, venues de là, elles y étaient nées, et ne songeaient pas à en suivre la trace plus loin. C'est ainsi qu'ils se croyaient redevables de l'appareil de leur culte aux Etrusques et de leurs dieux aux Sabins. Il semble, à les entendre, que tout rOlympe romain soit descendu des hauteurs d'Amiternum et de Réate. Etaient d'origine sabine, suivant Varron (1), Vesta, r'Eoria grecque, dont l'image plane sur toute la race aryenne, depuis les bords du Gange jusqu'à ceux de la Méditerranée (2), Vesta, adorée depuis les temps les plus reculçs à Albe (3) et à Lavinium (4) ; Jupiter, le grand dieu pélasgique, symbole de la lumière, dont l'autel, situé au sommet du mont Albain, servait de point de ralliement, bien avant la fondation de Rome (5), à toute la race latine; Diana, dont le temple, élevé sur l'Aventin par Servius TuUius, succéda à l'importance politique du sanctuaire de Jupiter Ijatiaris (6); Janus, expression masculine du même principe que Diana (7), et dans lequel Denys reconnaît une divinité nationale des Romains (8); Junon, la Junon de Laurentum (9), de Gables (10), la Junon Caprotina dont Varron nous dit lui-même qu'elle était particulièrement en honneur auprès des femmes du

(2) Y. Fustel, Quid Ve$tsB cultus in insiitutis veterum privatis puhlieisque valuerxL 1858. Cf. Cité antique, 1. I. ch. III.

(3) T. L., I, 20; Denys, II, 65. Juven., IV, 61.

(4) Serv., En., II, 296. V. Ambrosch, Studien und Andeutungen, p. 142; Prel- 1er, Rom. Mythol, p. 536-539.

(5) V. Prelier, o. c, p. 186. Ambrosch, o. c. p. 144-145.

(6) Prelier, o. c, p. 282. Ambrosch, o. c, p. 161. Cf. Varron lai>méme, L. £., V, 68. qui dit de ce nom qu'il est latin.

(7) V. Prelier, o. c, p. 149 et 277.

(8) III, 22. V. Ambrosch, o. c, p. 143.

(9) Macrob., Saturn., 1, 15. V. Ambrosch, o. c, p. 146, n. 64.

(10) Serv. En,, VÏI, 682.

218 LES ORIGINES DU SÉNAT ROMillK.

Latium (1); Minervo qui , avec Jupiter et Junon, forme la triade capitoline dont les rituels étrusques déclarent qu'aucune ville ne saurait se passer (2); Védius, auquel rendaient hommage les Julii de Bovillae (3) ; Marc, si étroitement lié à la légende de Romulus et de Remus (4); Saturne enfin, qui régna sur les Latins dans la période de Page d*or (5) et qui donna son nom à tant de villes de la vieille Italie (6), et à une bonne partie de l'Italie elle-même (7). Et Ton ne parle pas de la déesse Ops (8) , du dieu Vulcain (9) , des Lares (10), d'Hercule, un nomsabin à en croire Varron (11) ! La vérité est que tous ces dieux , grands ou petits , sortis de la même pensée religieuse, exprimant, sous une forme abstraite, une force du monde physique ou moral, ont leur place plus ou moins large dans le panthéon commun des nations italiques (12). Pour en revenir à ceux qui avaient un sanctuaire dans le quartier prétendu sabin, ou n'ignore pas qu'ils en avaient d'autres en dehors de ce quartier, en dehors même de la ville , dans tout le pays latin, et ailleurs. A Rome, sans compter celui du Quirinal, on ne montrait pas moins de trois temples de la Fortune , tous trois, construits par Servius TuUius, l'un sur le Forum boarium (13), l'autre sur la rive droite du Tibre (14) , le troisième sur le Capitole (15). La même divinité était adorée par les Etrusques, qui lui avaient élevé des autels à Volsinies (16), à Faléries (17), à Ferentium (18) et qui la plaçaient au nombre des Pénates (19). Hais

{i)L L., VI, 18. V. Preller, Rom. Mythol., p. 255-256. Ambrosch, Studien und Andeutungen^ p. 146.

(2) Serv., En., I. 422. V. p. 10

(3) C. /. I., I, 807. V. Preller, o. c, p. 235-236.

(4) V. Preller, o. c, p. 295-296. Ambrosch, o. c, p. 150.

(5) V. Schwegler, Rom, Gesch., 1, p. 212-214. l6) ûenys, I, 34.

(7) Denys, ibid. V. Schwegler, l. c. Preller, o. c, p. 409. Ambrosch. o. c, p. 148.

(8) V. Ambrosch, ibid.

(9) Epoux de la Déesse latine Maia. Y. Preller, o. c, p. 527.

(10) Leur nom est étrusque. V. Preller, o. c, p. 487.

(11) L. L, V, 74. Preller montre qu'il est grec, o. c, p. 640.

(12) V. Schwegler, Rom, Gesch,, I, p. 248-250.

(13) Denys, IV, 27. V. Becker, Àlterth., I, p. 478, n. 998. Preller, o. c, p. 553.

(14) Varr., L L, VI, 17. Plut., de fort. Roman., 5. T. L.,X,46. V. Becker et Preller, l, c,

(15) Plut., 0. c, 10. Ce dernier est contesté par Becker, t'Hd., p. 404.

(16) T. L., Vil, 3.

(17) Id., XXII, 1. Cf. Plut., Fah.y 1.

(18) Tac, Ànn.f XV, 53. V. la note de Nipperdej.

(19) Serv., En., II. 325.

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